Sermon – Palm Sunday

Le dimanche des Rameaux                                                                                     le 28 mars 2021

Un article récent dans le Scientific American a rapporté quelque chose que nous avons tous probablement vécu au cours de la dernière année. COVID-19 a modifié non seulement nos moments éveillés, mais aussi le monde de nos rêves : combien de fois nous rêvons, combien de nos rêves nous nous souvenons et la nature de nos rêves elle-même. Il y a eu une vague de rêves partout dans le monde. C’est la première vague de rêve de ce genre à être largement rapportée à l’ère des médias sociaux. Les scientifiques sont divisés sur la question de la fonction de ces rêves pandémiques, mais l’article conclut de façon optimiste : « Les rêves peuvent être vexants, mais ils sont aussi impressionnables, malléables et parfois inspirants. »

La liturgie pour la célébration du dimanche des Rameaux est plutôt onirique. Nous avons commencé par imiter les foules qui agitent des branches de palmier et crient Hosanna afin d’accueillir leur roi à Jérusalem. Mais, tout comme dans l’un de ces rêves pandémiques, le décor s’est brusquement transformé en jardin à minuit, et nous nous sommes remémorés l’histoire de l’arrestation, du procès et de la crucifixion du roi dont nous avons célébré l’entrée triomphale dans la ville quelques instants plus tôt. Notre service est passé d’une grande joie à une souffrance terrible avec une rapidité similaire à celle d’un rêve étrange. Même la façon dont l’histoire est racontée peut vous faire penser à un rêve. Il y a plein de symbolisme : un âne, des branches de palmier, des cris confus, des torches de minuit dans un jardin, un coteau aride ; tous s’empilent les uns sur les autres pour créer des sentiments et des significations. Certains des sentiments que ces symboles évoquent sont si profondément ancrés dans notre subconscient qu’ils ne peuvent être ressentis que dans nos rêves.

L’écrivain franco-américain Julien Green a écrit un jour dans ses journaux : « Dernièrement, j’ai pensé à Jésus en train de chanter. Il chantait avec ses apôtres le Jeudi Saint avant d’aller rencontrer sa mort. Quel type de voix avait-il ? Et il a dû aussi rêver pendant son sommeil. L’Évangile mentionne son sommeil plus d’une fois. De quoi a-t-il rêvé ? » C’est une question intéressante à se poser – et pour certains elle peut même sembler blasphématoire. Nous sommes habitués à apporter un soutien de façade au fait que Jésus était humain tout comme nous : il avait faim et soif, il connaissait la souffrance, il a pleuré la mort de son ami Lazare. Mais quand on essaie d’imaginer ses rêves, on devient mal à l’aise. Les rêves peuvent être des choses très personnelles à partager.

Nous sommes familiers avec le contenu de nos propres rêves : leurs étranges panoramas, leurs fortes émotions (incluant même parfois la violence), et leurs drames implicites et déroutants. Est-il possible que les rêves de Jésus aient eu quelque chose en commun avec les nôtres ? Est-ce qu’un esprit inconscient en dualité d’une intelligence consciente faisait partie de son incarnation ? Lorsque nous prenons conscience de notre propre esprit subconscient, ce que nous trouvons peut parfois être dérangeant. Mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a aussi beaucoup de tendresse, de beauté et d’inspiration. Il ne s’agit pas uniquement de peurs ou de colère réprimées. Jésus est également présent dans notre subconscient, et une prière dans le Livre de la prière commune invoque sa présence pendant que nous dormons : (p. 360 dans la version anglaise) Père des cieux, tu donnes le sommeil à tes enfants pour qu’ils reposent leur âme et leur corps: Je t’en prie, accorde-moi ce don, conserve-moi dans la paix parfaite que tu promets à ceux qui ont l’esprit fixé sur toi, et donne-moi de sentir ta présence, pour qu’aux heures de silence j’aie la joie d’éprouver l’assurance de ton amour. Par Jésus le Christ, notre Sauveur. Amen

À travers les âges, les théologiens ont cru que le sommeil et les rêves étaient un don de Dieu. Dieu parle à travers les rêves. Ils sont aussi un moyen par lequel il nous contraint à arrêter nos activités frénétiques pour un moment. Nous passons notre temps éveillé à penser, à comploter, à décider quoi faire ensuite, à interagir avec les autres et à interférer avec leurs vies. Lorsque nous nous allongeons pour dormir, Dieu nous dit : « Tu n’es pas le créateur ; Je le suis. Le monde continue de tourner sans toi, et il sera encore là quand tu te réveilleras. Maintenant tu dois rester tranquille. Tu n’as pas le choix. Tu dois renoncer au contrôle de ta conscience pour un moment. » Le sommeil se fait en fait le miroir de la mort : qui un jour nous appellera tous à totalement lâcher prise.

Dieu dit, « Celui qui s’abandonne, je l’aime. » L’acte de reddition totale que nous commémorons cette semaine culmine le jour de Vendredi Saint avec la crucifixion et la mort de Jésus. Dans sa lettre aux Philippiens, Paul nous rappelle que c’est en faisant un vide interne, en se rendant totalement à la volonté de son Père que Jésus a obtenu la totale rédemption de notre monde. Il n’y a pas d’endroit en nous qui n’ait pas été touché par cette rédemption : la joie en fait partie ainsi que la souffrance. Le Saint-Esprit qui se mouvait au-dessus de l’abîme lorsque le monde a été créé est toujours actif dans les parties les plus secrètes de nos cœurs. Il est particulièrement actif alors que nous allons assister et penser aux mystères de la mort et de la résurrection de Jésus lors de la semaine à venir. Lorsque nous nous rendons à Dieu, nous acceptons le travail de Sa créativité sans fin en nos seins, cette créativité qui refait le monde. Parfois nous ne pouvons que entrevoir ce monde à travers des rêves, des symboles et des intuitions. Notre intellect est toujours en train d’essayer de prendre le contrôle de ces procédés. Mais Jésus nous incite à suivre son chemin. Nous devons faire le vide de nous-mêmes, nous rendre, pour que nous puissions à notre tour faire le même rêve que lui, et nous réveiller au commencement d’un nouveau monde.

NJM Ver. Fr. FS

Palm Sunday
March 28, 2021
Isaiah 50:4-9  Philippians 2:5-11
Passion according to Mark

A recent article in the Scientific American reported something that all of us have probably experienced over the last year. COVID-19 has altered not just our waking moments, but our dream worlds too: how much we dream, how many of our dreams we remember, and the nature of our dreams themselves. There has been a dream-surge all over the globe. It is the first such dream surge to be widely reported in the era of social media. Scientists are divided on the question of the function of these pandemic dreams, but their article concludes hopefully, “Dreams can be vexing, but they are also impressionable, malleable and at times inspirational.”

The liturgy for the celebration of Palm Sunday is rather dream-like. We began by imitating the crowds who waved palm branches and shouted Hosanna to welcome their King into Jerusalem. But, just as in one of those pandemic dreams, the scene abruptly changed to a garden at midnight, and we told ourselves the story of the arrest, trial and crucifixion of the King whose triumphal entry into the city we celebrated only a few moments before. Our service moved from great joy to terrible suffering with all the speed of a strange dream. Even the way in which the story is told puts you in mind of a dream. It is full of symbolism: a donkey, palm branches, confused cries, midnight torches in a garden, a barren hillside; all of them piling on top of one another to create feelings and meanings. Some of the feelings that these symbols evoke are embedded so deeply within our subconscious that they can only be sensed in our dreams.

The French-American writer Julien Green once wrote in his diaries: “I have been thinking over these past days, about Jesus singing. He sang with his apostles on Maundy Thursday before going to his death. What kind of voice did he have? And he must have dreamed while he slept. The Gospels mention his sleeping more than once. What did he dream?” It is an interesting question – and some people mighty find it almost blasphemous to ask. We are used to paying lip-service to the fact that Jesus was just as human as we are: he was hungry and thirsty, he experienced pain. He cried at the death of Lazarus, his friend. But when we try to imagine his dreams, we become uncomfortable. Dreams can be very personal things to share.

We are familiar with the content of our own dreams: their strange landscapes, their strong emotions (sometimes even including violence), and their involved and confused dramas. Can it possibly be that Jesus’ dreams had anything in common with our own? As a consequence of his incarnation, did Jesus have a subconscious mind as well as a conscious intellect? When we become aware of our own subconscious mind, what we find can be occasionally disturbing. But this is not always the case. There is a great deal of tenderness, beauty and inspiration to be found there too. It is not all about suppressed fears or anger. Jesus is present in our subconscious mind too, and a prayer in the BCP invokes his presence as we sleep: (p.360 en français)  O heavenly Father, you give your children sleep for the refreshing of soul and body: Grant me this gift, I pray; keep me in that perfect peace which you have promised to those whose minds are fixed on you; and give me such a sense of your presence, that in the hours of silence I may enjoy the blessed assurance of your love; through Jesus Christ our Lord. Amen.

Christians through the ages have believed that sleep and dreams are a gift of God. God speaks through dreams in the Bible. They are also one of the means by which God compels us to cease our frantic activities for a moment. We spend our waking hours thinking, plotting, deciding what to do next, interacting with others and interfering in their lives. When we lie down to sleep, God says to us: “You are not the creator; I am. The world does not depend upon you to keep it turning, and it will still be here when you awake. Now you must be still. You have no choice. You must relinquish control over your consciousness for a while.” Sleep is a mirror image of death: which will one day call each one of us to undertake an act of absolute letting go.

“Those who abandon themselves, I love,” says God. The act of total surrender which we commemorate this week culminates on Good Friday with the crucifixion and death of Jesus. In the letter to the Philippians, we are reminded that it is by an act of self-emptying; an act of total surrender to his Father’s will that Jesus won the redemption of the world. No part of us is untouched by that redemption. The joy is included in it as well as the pain. The Holy Spirit who hovered over the face of the deep when the world was first made is still active in the most secret places of our hearts. It is especially active as we hear and reflect on the mysteries of Jesus’ death and resurrection over the coming week. When we surrender ourselves to God, we allow his ceaseless creativity to work in us, that creativity which is making the world anew. Often, we can only glimpse this world through dreams, symbols and intuitions. Our intellect is always trying to establish control over the process. But Jesus urges us to do as he did. We must empty ourselves, surrender ourselves, so that we in our turn are able to dream the same dream as he dreamt, and awake to the dawning of a new world.

NJM

Sermon – Lent V

Le cinquième dimanche du Carême                                                                       le 21 mars 2021

Le poète et théologien écossais George McDonald (1824-1905) a dit un jour qu’il pensait que c’était un bien meilleur compliment d’être considéré fiable que d’être aimé. À première vue, j’ai pensé que sa déclaration semblait un peu froide. Préféreriez-vous être considéré comme une personne de confiance ou une personne aimante ? Préféreriez-vous agir envers quelqu’un par amour ou par confiance ? Nous avons tendance à confondre les deux, à cause de la compétence des gens qui sont payés pour nous vendre des produits : que ces produits soient des produits de consommation ou bien des célébrités. Il suffit de regarder les emballages des produits que nous achetons pour en être convaincus. Les publicités verbeuses essaient toujours de nous inciter à faire confiance à ce qu’ils disent d’eux-mêmes, puis à compter sur notre « amour » du produit pour nous fidéliser à la marque. Notre incapacité à faire la distinction entre les deux peut parfois nous conduire à faire de tristes erreurs. Toutes sortes de personnes sont capables d’inspirer notre amour sans être particulièrement dignes de notre confiance. Des gens beaux, riches, des gens influents comme des politiciens, des membres de la royauté ou des personnes dans les affaires ont souvent inspiré les gens à les aimer, pour ensuite abuser de la confiance qu’ils leur accordent. Les manières dont nous décrivons l’amour et la confiance sont si différentes que nous pourrions penser que les deux sentiments ont peu en commun. En théorie, on peut faire confiance à un partenaire commercial sans l’aimer, et on peut aimer un ami sans toujours lui faire confiance. Vous pouvez tomber amoureux de quelqu’un. Il est même possible de tomber amoureux dès le premier regard. Mais vous ne tombez jamais en confiance avec quelqu’un, et il est en effet très rare de faire confiance à quelqu’un de but en blanc. Dans le meilleur de tous les mondes, ces deux sentiments iraient de pair. Si nous étions tous des êtres humains parfaits, nous ferions confiance à ceux que nous aimons et aimerions ceux en qui nous faisons confiance. Je pense que beaucoup d’entre nous ont eu des relations comme celle-ci, mais elles sont rares et devraient être chéries. Ne les abandonnez pas facilement ! Nous devons être profondément reconnaissants envers ceux en qui nous avons confiance et que nous aimons. Ils peuvent nous montrer à quel point Dieu doit nous faire confiance et nous aimer. Et voici comment.

Si nous nous posons la question : « Dieu préfère-t-il notre confiance ou notre amour ? » la réponse serait sûrement : « Les deux également et en même temps ! » La Bible utilise souvent le mot alliance pour unir les mots amour et confiance en un seul sentiment. Nous avons tendance à penser au mot en termes plutôt secs et abstraits, comme s’il s’agissait d’un synonyme de « contrat » : si vous faites cela, alors je le ferai… mais ce n’est vraiment pas le sens du mot. La Bible elle-même est une longue histoire sur l’alliance – ou plus précisément les alliances – que Dieu a établies entre Lui-même et son peuple tout au long de l’histoire humaine. Le mot « Testament » dans le titre français et anglais des deux parties de la Bible est simplement un autre mot pour l’Alliance. Nous faisons différentes sortes d’alliances dans notre vie quotidienne : avec notre banque pour s’occuper de notre argent, avec nos employeurs qui promettent de nous payer en échange de notre travail, avec nos politiciens élus qui promettent de veiller sur nos intérêts. Nos relations humaines les plus importantes sont parfois scellées par une alliance formelle. La cérémonie du mariage est une alliance entre deux personnes qui exige la confiance mutuelle et l’amour mutuel dans une égale mesure.

C’est peut-être le dernier exemple qui se rapproche le plus de la description du type d’alliances que Dieu fait avec nous. Traditionnellement, il y en a sept : l’alliance avec Noé et la création, l’alliance avec Abraham et ses descendants, l’alliance avec Moïse, l’alliance avec la maison de David, l’alliance avec ceux qui reviennent de l’exil babylonien, l’alliance avec l’humanité par la mort et la résurrection du Christ, et enfin la nouvelle alliance que Dieu fait avec toute la création : que celle-ci sera restaurée dans la gloire quand le ciel et la terre seront refaits.

Dans chacune de ces sept alliances, l’amour sans faille et la patience infinie de Dieu sont évidents. Ce n’est pas comme si Dieu nous avait abandonnés dès le premier signe de notre infidélité, de notre manque de confiance ou de notre amour chancelant. Dieu n’a rompu aucune de ces alliances. De plus, contrairement à l’alliance entre deux personnes qui se marient, les alliances que Dieu établit avec nous sont entièrement à sens unique. Les sept alliances sont toutes des alliances fondées sur la grâce éternelle de Dieu. Bien que nous n’ayons pas réussi à vivre à la hauteur de « notre » côté de l’alliance, l’amour de Dieu s’est révélé maintes et maintes fois inconditionnel. Chaque alliance est un avant-goût de la grâce et de l’amour de Dieu qui nous est offert en la personne du Christ, rompu et répandu pour nous sur la croix. Toutes ces alliances inspirent notre amour et notre confiance dans une égale mesure. Peu importe combien de fois nous échouons ; peu importe combien de fois notre confiance en Dieu disparaît, Dieu reste fidèle à sa promesse. Dieu pourvoira. L’échec, la trahison, le rejet sont des caractéristiques de certaines relations humaines, mais avec Dieu nous n’avons rien à craindre.

Lorsque les Grecs expriment le désir de voir Jésus, c’est cette grâce et cet amour qui les poussent à le chercher. À travers son expérience de l’alliance divine de notre point de vue humain, nous voyons l’amour fidèle de Dieu à l’œuvre. Quiconque voit Jésus – qui connaît Jésus à l’œuvre dans sa vie – a vu le Dieu de l’Alliance. Cette alliance est maintenant inscrite dans nos cœurs. Nous sommes appelés à vivre en paix dans le royaume céleste. Nous allons maintenant aimer ce en quoi nous avons confiance et faire confiance à ce que nous aimons.

NJM Ver. Fr FS

Lent V
March 21, 2021
Jeremiah 31:31-34    Hebrews 5:5-10    John 12:20-33

The Scottish poet and theologian George McDonald (1824-1905) once said that he thought it a much better compliment to be trusted than to be loved. At first sight, I thought his claim sounded a bit cold. Would you rather be known as a trustworthy person or a loving person? Would you rather act towards someone out of love or out of trust? We tend to confuse the two, thanks to the skill of people who are paid to market products to us: whether those products are consumables or celebrities. We only need to look at the packaging on the things we buy to be convinced of that. The wordy advertisements always try to inspire us to trust what they say about themselves, and then rely on our ‘love’ of the product to lead to brand loyalty. Our inability to distinguish between the two can sometimes lead to our making sad mistakes. All sorts of people are able to inspire our love without being particularly worthy of our trust. Beautiful people, rich people, influential people like politicians, royalty or businesspeople have often inspired people to love them, only to go on to abuse the trust that they have placed in them. The ways in which we describe love and trust are so different that we might think that the two feelings have little in common. In theory, we can trust a business partner without loving them, and we can love a friend without always trusting them. You can fall in love with someone. It is even possible to fall in love at first sight. But you never fall in trust with someone, and it is very rare indeed to trust someone at first sight. In the best of all worlds, these two feelings would go together. If we were all perfect human beings, we would trust those whom we love, and love those whom we trust. I think many of us have had relationships like this, but they are rare and should be cherished. Don’t give up on them easily! We should be deeply thankful for those whom we both trust and love. They can show us something of how much God must trust and love us. And here is how.

If we ask ourselves the question: “Does God prefer our trust or our love?” the answer would surely be, “Both equally, and at the same time!” The bible often uses the word covenant to unite the words love and trust in one feeling. We tend to think of the word in rather dry and abstract terms, as if it were a synonym of ‘contract’: If you do this, then I will do that……but this is really not the sense of the word. The Bible itself is one long history of the covenant – or more precisely the covenants – that God has established between himself and his people throughout the long course of human history. The word “Testament” in the French and English title of the two parts of the Bible is simply another word for Covenant. We make various sorts of covenants in our daily lives: with our bank to look after our money, with our employers who promise to pay us in return for our work, with our elected officials who promise to look after our interests. Our most important human relationships are sometimes sealed with a formal covenant. The marriage service is a covenant between two people which requires mutual trust and mutual love in equal measure.

It’s perhaps the last example which comes closest to describing the sort of covenants that God makes with us. Traditionally, there are seven of them: the covenant with Noah and creation, the covenant with Abraham and his descendants, the covenant with Moses, the covenant with the House of David, the covenant with those who return from the Babylonian exile, the covenant with humanity through the death and resurrection of Christ, and finally the new covenant that God makes with the whole of creation: that it will be restored in glory when heaven and earth are made anew.

In each one of these seven covenants, God’s unfailing love and infinite patience are plain to see. It isn’t as if God has abandoned us at the first sight of our infidelity, our lack of trust or our faltering love. God didn’t break a single one of those covenants. What is more, unlike the covenant between two people who get married, the covenants that God establishes with us are entirely one-sided. All seven covenants are covenants based on God’s never-failing grace. Though we failed to live up to ‘our’ side of the covenant, God’s love proved itself again and again as unconditional. Each covenant is a foretaste of the grace and love of God that is offered to us in the person of Christ, broken and poured out for us on the cross. All of these covenants inspire our love and trust in equal measure. No matter how many times we fail; no matter how many times our trust in God disappears, God remains faithful to his promise. God will provide. Failure, betrayal, rejection are characteristics of some human relationships, but with God we have nothing to fear.

When the Greeks express a desire to see Jesus, it is this grace and love that is drawing them to seek him out. Through his experiencing the divine covenant from our human perspective, we see the faithful love of God at work. Anyone who sees Jesus – who knows Jesus at work in their lives – has seen the God of the Covenant. That covenant is now inscribed on our hearts. We are called to live in peace in the heavenly kingdom. We will now love what we trust, and trust what we love.

NJM

 

 

Sermon – Lent III

THIRD SUNDAY OF LENT
March 7 , 2021
Exodus 20:1-17 I Corinthians 1:18-25 John 2:13-22

I want to begin by asking a very ‘modern’ question. How clearly is the personality of Jesus portrayed in the Gospels? Are the Gospels biographies of Jesus, like the biographies of other famous people we can read from the ancient or the contemporary world? While it’s true that we don’t get much character development of the personality of Jesus – the sort of thing that we might expect from a modern biography – we do get glimpses into his emotional life. He cries at the death of his friend Lazarus. He’s moved with compassion at the plight of the sick. Many people think that the story of his cleansing the temple is the only time in the gospels that he displays anger. I don’t think this is entirely true. Perhaps this is the most dramatic of those occasions; Jesus used a whip and strong language to condemn those who were using religion to make an easy profit. But there are other occasions on which he loses his temper. Last week we heard Jesus rebuking Simon Peter; even to the extent of calling him ‘Satan’. He was angry with the Pharisees and called them whitewashed tombs; all clean on the outside and all corruption within. He was angry with those who excluded the poor and the disadvantaged from society. The thing that is different about this incident is that he uses physical violence. He tips over the tables of the money changers and chases the traders out of the temple precincts with a whip. Why is this incident particularly dramatic?

The context of the story is quite easy to understand. It takes place during the Jewish Passover. Many people came to Jerusalem from distant towns and villages to make an offering in the temple. There were three obstacles that made these offerings difficult for them. Firstly, they couldn’t bring their own produce or animals to sacrifice. The logistics of transporting livestock or heavy produce over many miles to Jerusalem was too much. Secondly, even if they bought what they needed in the markets outside the temple, the priests would probably rule it out as impure. The dove would be the wrong color, or the fruit would be blemished. The priests insisted that only produce bought in the temple precincts could be considered ritually pure and suitable for sacrifice. And (of course) they charged a premium for this produce. Thirdly, buying things to sacrifice cost money. The temple didn’t use Roman currency, because it bore the stamp of the head of the emperor; an image specifically forbidden in the Ten Commandments. There were therefore money changers in the temple who exchanged this ‘unclean’ money for the ‘clean’ money needed to do commerce in the temple precincts. And, just as we find in the world’s major airports, the exchange rate that they offered to their captive clientele was exorbitant. Jesus’ anger springs from the fact that religion had become a money-making enterprise. The people who came with the purest of intentions to offer the sacrifices required by the law were regarded as a source of easy money that the religious authorities could exploit for their own ends.

When we talk about Jesus ‘cleansing’ the temple, this is what they are referring to. He is cleansing it not just of traders and money changers. He is making a direct attack on the system itself, which has become corrupt and self-serving. It took time to get this bad. It didn’t happen overnight. The money changers and sellers probably didn’t think that they were doing anything particularly bad. More likely, they thought that they were offering practical help to those who wished to sacrifice in the temple.

Jesus believed that the whole system had become a mess; it prioritized the religious authorities over the ordinary people that they were supposed to be serving. Messes rarely happen overnight. They happen so slowly that we barely notice that we are in the middle of them. The same goes for physical messes, emotional messes or spiritual messes. But all these messes have three things in common. Firstly, they build up slowly over time. We begin not to notice that pile of papers that we used to vaguely feel that we should sort out. The dirty windows become invisible to us unless we make an effort to notice them. We gradually become oblivious to a mess that other people would see immediately. Secondly, the longer we live with a mess, the harder it becomes to clean it. And finally, if we don’t keep up with the necessary physical, emotional or spiritual cleaning, it will catch up with us – just as the corrupt temple worship overwhelmed the proper worship and reverence for God that it was supposed to be facilitating.

Lent is a good time to notice some of the messes that we’ve learned to live with. What are the tools that we can use to do a little emotional, physical or spiritual sorting-out? The Ten Commandments can be a useful survey. Jesus summed them up in an easy way: “You shall love the Lord your God with all your heart, with all your soul, and your neighbor as yourself.” Most of our messes start from a disinclination to see something, rather than from the deliberate embrace of cruelty or negligence. The other great tool is, of course, the cross. In hymns we often evoke the ‘cleansing’ power of the cross – a curious image when we think of how messy and bloody crucifixion actually was. But here is the comforting thing: Jesus understands how we get into our messes. Jesus voluntarily stepped into our messes to be with us where those messes hurt. And he won’t abandon us to clean up those messes by ourselves. Jesus’ forgiveness is a cleansing forgiveness. The cross – messy as it is – helps us to see the beauty within us that our little messes have been hiding. The way through to the beauty of Easter morning passes through that cross. And when we let the cross shine on our inner selves, we will discover those places that are already being made beautifully afresh through the washing that Christ alone offers us.

NJM

TROISIÈME DIMANCHE DU CARÊME
Le 7 mars 2021 – Exode 20:1-17 I Corinthiens 1:18-25 Jean 2:13-22

Je voudrais commencer par poser une question très ‘moderne’. Quel est le degré de clarté de la représentation de la personnalité de Jésus dans les Évangiles ? Est-ce que ceux-ci sont des biographies de Jésus ? Un peu comme les biographies des personnes célèbres du monde ancien ou contemporain ? Bien qu’il soit vrai qu’il n’y a pas énormément de développement dans la personnalité de Jésus – le type de chose que l’on attend d’une biographie moderne – il y a des aperçus de sa vie émotionnelle. Il pleure à la mort de Lazare. Il est ému et compatissant face à la situation désespérée des malades. Beaucoup de gens pensent que la seule fois où Jésus a perdu son sang froid est quand il a nettoyé le temple des marchands et des changeurs d’argent. Je ne suis pas sûr que cela soit vraiment le cas. C’est peut-être le plus dramatique de ces incidents ; Jésus a utilisé un fouet et des mots forts afin de condamner ceux qui utilisaient la religion pour en tirer un profit facile et rapide. Mais il y a d’autres occasions où Jésus semble perdre son calme. Il était énervé contre Simon Pierre après la Transfiguration au sommet de la montagne – il l’appelle même Satan. Il était énervé contre les Pharisiens et les a appelés des sépulcres blanchis – propres à l’extérieur, mais emplis de corruption. Il était énervé contre ceux qui excluaient de la société les pauvres et les désavantagés. Ce qui est différent à propos de cet incident est qu’il en recourt à la violence physique afin d’illustrer son opinion. Il retourne les tables des changeurs d’argent et chasse les marchands hors de la zone du temple avec un fouet. Pourquoi est-ce que cet incident est particulièrement dramatique ?

Le contexte de l’histoire est plutôt facile à comprendre. Elle se déroule durant la pâque juive. Beaucoup de gens sont venus à Jérusalem de villes et villages distants afin d’y faire une offrande au temple. Il y avait trois obstacles qui rendaient cette offrande difficile à faire. Premièrement, ils ne pouvaient pas apporter leurs propres produits ou animaux pour les sacrifier. La logistique du transport de bétail ou de produits lourds sur la longue distance qui devait être traversée pour atteindre Jérusalem était trop compliquée. Deuxièmement, même s’ils achetaient leurs offrandes aux marchés qui se trouvaient hors du temple, les prêtres allaient probablement décider que celles-ci seraient impure – la colombe serait de la mauvaise couleur, ou le fruit serait abîmé. Les prêtres insistaient sur le fait que seules les offrandes achetées dans la zone du temple pouvaient être considérées rituellement pures et acceptées en sacrifice. Et (bien sûr) le prix de ces produits était plus élevé. Troisièmement, acheter des choses à sacrifier coûte de l’argent. Le temple n’utilisait pas la monnaie romaine, car elle portait l’effigie de l’empereur ; une image spécifiquement interdite dans les Dix Commandements. De ce fait, il y avait des changeurs d’argent qui changeaient cet argent « sale » contre de l’argent « propre » requis pour faire des achats dans la zone du temple. Et (tout comme dans les aéroports), le taux de change qu’ils offraient à leur clientèle prisonnière était exorbitant. La colère de Jésus jaillit du fait que la religion est devenue une entreprise lucrative. Les gens qui venaient avec la plus pure des intentions pour offrir un sacrifice requis par la loi étaient vus comme une source d’argent facile que les autorités religieuses pouvaient exploiter pour leurs propres fins.

Lorsque nous parlons de Jésus qui « nettoie » le temple, c’est à cela que nous faisons référence. Non seulement il le nettoie des marchands et des changeurs d’argent, mais il attaque directement en son cœur le système, qui est devenu vénal et intéressé. La sévérité de cette situation a pris du temps. Cela ne s’est pas déroulé en une nuit. Les changeurs d’argent et les marchands ne pensaient probablement pas qu’ils faisaient particulièrement quelque chose de mal. Il est plus probable qu’ils pensaient qu’ils offraient une aide pratique à ceux qui désiraient faire un sacrifice au temple.

Jésus croyait que le système entier était en désordre ; celui-ci donnait priorité aux autorités religieuses plutôt qu’aux gens ordinaires qu’il était censé servir. Il est rare que le désordre s’installe au cours de la nuit. Cela se produit si lentement qu’il est dur de réaliser que nous en faisons parti. Il en va de même pour le désordre physique, le désordre émotionnel, ou spirituel. Mais ils ont tous quelques éléments en commun. Premièrement, ils s’installent à long terme. Nous commençons à ne plus faire attention à cette pile de papier que nous pensions vaguement devoir organiser. Le désordre derrière le robinet de la cuisine devient invisible à moins que nous ne fassions un effort pour le remarquer. Graduellement, nous devenons insouciants d’un désordre que d’autres remarqueraient immédiatement. Deuxièmement, plus nous vivons dans le désordre, plus il est difficile d’y mettre de l’ordre. Et finalement, si nous ne prenons pas l’habitude de faire les rangements nécessaires, cela nous détruira, de la même façon que l’adoration du temple finit par détruire l’adoration correcte et la vénération de Dieu que celui-ci était censé faciliter.

Le Carême est un bon moment pour remarquer certains des désordres avec lesquels nous avons appris à vivre. Quels sont les outils que nous pouvons utiliser pour faire un peu de rangement émotionnel, physique ou spirituel ? Vous pouvez suivre la trame des Dix Commandements. Jésus les a résumés d’une façon assez simple : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, et ton prochain comme toi-même. » La plupart de nos désordres commencent par le manque d’envie de voir quelque chose et non par une vraie négligence ou une cruauté délibérée. L’autre outil important est bien sûr la croix. Dans les cantiques nous évoquons souvent le pouvoir ‘nettoyant’ de la croix – une image curieuse quand l’on pense à quel point la crucifixion a vraiment été difficile et sanglante. Mais voici quelque chose de réconfortant : Jésus comprend comment on se retrouve dans nos désordres. Jésus est venu délibérément dans nos désordres pour être avec nous, là où ils font mal. Et il ne nous abandonnera pas pour que nous les nettoyions seuls. Le pardon de Jésus est un pardon nettoyant. La croix – aussi difficile qu’elle soit – nous aide à voir la beauté en notre sein, cette beauté que nos petits désordres cachaient. Le chemin vers la beauté du matin de Pâques passe à travers cette croix. Et si nous laissons la croix briller en nous, nous pourrons découvrir ces endroits qui sont déjà rendus beaux à nouveau à travers le nettoyage que Jésus seul nous offre.

NJM Ver. FR : FS

Sermon – Lent II

Lent II
February 28, 2021
Genesis 17 :1-16 Romans 4 :13-25 Mark 8 :31-38

We are so used to hearing that the Gospel is Good News, that certain verses in the Bible can take us by surprise. Perhaps this is especially true of today’s gospel reading, “If any want to become my followers, let them deny themselves and take up their cross and follow me. For those who want to save their life will lose it, and those who lose their life for my sake and for the sake of the gospel, will save it.” You’ll look in vain for this sort of good news in the self-help section of an online bookseller. It’s hardly what you might think of as a failsafe recipe for personal fulfillment! It’s comforting that Jesus’ disciples also found his saying troubling; so much so that Jesus reprimands Peter for trying to persuade him to take an easier path instead of going to Jerusalem to face his opponents. They had too much at stake to allow their leader to expose himself to what they considered to be needless danger.

Our recipes for living a fulfilled life that looks like good news to our family, friends and colleagues are often more influenced by the pressures of our secular world than by verses like this from the Bible. Those who love us want to hear about our personal successes, about a wonderful relationship, a great job or new-found financial security. They don’t want to hear us talking about losing our lives in order to find them. The first thing we can observe about this verse when we look at it from a worldly perspective is this: being rich or successful doesn’t invariably lead to your feeling fulfilled; let alone happy. In fact, there is never enough to go around. Not enough power, money, fame, possessions, social media followers or whatever it is you measure your success by.

The second thing we can observe about this verse when we look at it from a worldly perspective is a little harder to explain. It is expressed in the part of the passage I didn’t quote earlier on. “What will it profit them to gain the whole word and forfeit their life?” Most of the measures of what our society calls success involve certain compromises – some of them small, and some of them very large indeed. We bargain, we hedge our bets, we take just the number of risks necessary to get what we want, but no more. And then, often when it is too late, we realize that we have lost our true selves in this process of negotiating with the devil. Perhaps that’s what Jesus is getting at when he tells Peter, “Get behind me Satan!” He’s telling Peter that the compromises and the options for safety that he is suggesting are the way that the world goes about its business, not the way that Jesus has chosen.
Now that we have looked at two rather everyday ways of interpreting these words of Jesus, let’s look at how they shape our lives as followers of Christ. First of all, every one of us is tempted to try to ‘tame’ God. We would rather keep Jesus between the covers of the Bible or tied up in our careful liturgies or our nicely expressed doctrines, where he is safe and sound. We don’t want him wandering into places that put us in danger. If this is our intent, our faith becomes a cage in which we try to imprison or control God, but in the end, we only succeed in imprisoning ourselves. Love doesn’t seek to restrict, imprison or control, even when the one whom we love is called upon to take risks.

Secondly, Jesus’ rebuke of Peter reminds us of the temptations in the wilderness – another story that tells us that Jesus refuses to go along with the compromises of the world. Our discipleship is of the same sort. It is an obedient choice to be one with Christ in a community of fellow believers who are imperfect but redeemed, dying and rising every day to new life, and wholly committed to being the body of Christ where we are. That is what taking up our cross means. The cross doesn’t stand for some difficulty we have to bear, like arthritis or a nagging spouse. It symbolizes the totality of our commitment, even if that commitment entails painful new insights on ourselves. We are not used to embracing those experiences. Our instinct is to flee from them, or at least to respond to criticism or judgment by criticizing and judging others. But Jesus is telling us to embrace those uncomfortable experiences and to face them with courage. Such humbling moments will bring us to a place where we can accept God’s grace, and participate in Christ’s resurrection.

Finally, Jesus calls us to follow him. When we follow someone, we don’t plough on ahead. We wait for their lead. There will be times when Jesus is going to tell us to wait. There will be other times when Jesus will tell us to go. There will be times when he will say, “Get on with it! You know what to do!” And other times when he will say, “Sit down for a while and rest. We don’t need to rush.” Let Jesus do the leading; even if it looks dangerous. It’s only by taking that risk that we will gain everything that we thought we were losing.

NJM

Le deuxième dimanche du Carême le 28 février 2021

Nous avons tellement l’habitude d’entendre que l’Évangile est une bonne nouvelle que certains des versets de la Bible peuvent nous surprendre. Cela est peut-être particulièrement vrai en ce qui concerne la lecture de l’Évangile d’aujourd’hui : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il s’abandonne lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. En effet, celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. » Vous pourrez chercher en vain ce genre de bonnes nouvelles dans la section « développement personnel » d’une librairie en ligne. C’est loin d’être ce que vous pourriez considérer comme une recette sûre pour votre épanouissement personnel ! Il est réconfortant que les disciples de Jésus aient également trouvé sa parole troublante ; à tel point que Jésus réprimande Pierre lorsqu’il essaie de le persuader de suivre un chemin plus facile plutôt que d’aller à Jérusalem pour y affronter ses adversaires. Il y avait beaucoup trop en jeu pour laisser leur guide s’exposer à ce qu’ils considéraient probablement être un danger inutile.

Nos recettes pour vivre une vie épanouie qui semble être une bonne nouvelle pour notre famille, nos amis et nos collègues sont souvent plus influencées par les pressions de notre monde laïc que par des versets de la Bible comme celui que nous venons d’entendre. Ceux qui nous aiment veulent entendre parler de nos succès personnels, d’une relation merveilleuse, d’un très bon emploi ou d’une nouvelle sécurité financière. Ils ne veulent pas nous entendre parler de la perte de nos vies pour pouvoir les retrouver. La première chose que nous pouvons observer à propos de ce verset lorsque nous l’observons avec une perspective matérielle est la suivante : être riche ou avoir du succès ne conduit pas forcément à un sentiment d’épanouissement ; et encore moins à la joie. En fait, il n’y en a jamais assez pour tout le monde. Pas assez de pouvoir, d’argent, de célébrité, de possessions, d’abonnés aux médias sociaux ou de tout ce que vous pourriez utiliser pour mesurer votre succès.

La deuxième chose que nous pouvons observer à propos de ce verset lorsque nous l’observons d’un point de vue matériel est un peu plus difficile à expliquer. Elle s’exprime dans la partie du passage que je n’ai pas citée plus tôt : « À quoi bon gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » La plupart des indicateurs de ce que notre société appelle le succès impliquent certains compromis – certains sont petits et d’autres très grands. Nous négocions, nous couvrons nos paris, nous prenons juste le nombre de risques nécessaires pour obtenir ce que nous voulons, mais pas plus. Et puis, souvent quand il est trop tard, nous nous rendons compte que nous avons perdu notre véritable moi dans ce processus de négociation avec le diable. C’est peut-être ce que veut dire Jésus quand il dit à Pierre : « Va-t’en, passe derrière moi Satan ! » Il dit à Pierre que les compromis et les options de sécurité qu’il propose représentent la façon dont le monde entreprend les choses, et non le chemin que Jésus suit.

Maintenant que nous avons observé deux façons matérielles d’interpréter les paroles de Jésus, demandons-nous comment elles façonnent nos vies en tant que disciples de Jésus. Tout d’abord, chacun d’entre-nous est tenté ‘d’amadouer’ Dieu. Nous préférerions que Jésus reste entre les couvertures de la Bible ou attaché à nos liturgies prudentes ou nos doctrines bien exprimées, là où il est sain et sauf. Nous ne voulons pas qu’il aille errer dans des lieux qui pourraient nous mettre en danger. Si telle est notre intention, notre foi devient une cage dans laquelle nous essayons d’emprisonner ou de contrôler Dieu, mais au final, nous n’arrivons qu’à nous emprisonner nous-mêmes. L’amour ne cherche pas à restreindre, à emprisonner ou à contrôler, même quand celui que l’on aime est appelé à prendre des risques.

Deuxièmement, la réprimande que Jésus fait à Pierre nous rappelle les tentations dans le désert – une autre histoire qui nous dit que Jésus refuse d’adopter les compromis du monde. Il en est de même de notre apostolat. C’est un choix obéissant de ne faire qu’un avec le Christ ensemble dans une communauté de croyants qui sont imparfaits mais rachetés, des croyants qui meurent et ressuscitent tous les jours dans une nouvelle vie, et entièrement dévoués à être le corps du Christ là où nous sommes. C’est ce que signifie porter notre croix. La croix ne symbolise pas une espèce de difficulté que nous devons supporter, comme l’arthrite ou un.e conjoint.e casse-pieds. Elle symbolise la totalité de notre engagement, même si cet engagement implique de nouvelles visions dures de nous-mêmes. Nous n’avons pas l’habitude de saisir ces expériences. Notre instinct est de les fuir, ou du moins de répondre aux critiques et aux jugements en critiquant et en jugeant les autres. Mais Jésus nous dit de les étreindre et de leur faire face avec courage. De tels moments de modestie nous mèneront en un lieu où nous pouvons accepter la grâce de Dieu, et participer à la résurrection du Christ.

Enfin, Jésus nous appelle à le suivre. Quand nous suivons quelqu’un, nous ne nous jetons pas la tête la première. Nous attendons leurs instructions. Il y aura des moments où Jésus va nous dire d’attendre. Il y en aura d’autres où Jésus nous dira d’avancer. Il y aura des moments où il dira, « Vas-y ! Tu sais quoi faire ! » Et d’autres où il dira, « Assieds-toi un peu et repose-toi. On n’a pas besoin de se dépêcher. » Laissez Jésus diriger ; même si cela paraît dangereux. Ce n’est qu’en prenant ce risque que nous gagnerons tout ce que nous pensions être en train de perdre.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Lent I

Lent I
February 21, 2021
Genesis 9:8-17 I Peter 3:18-22 Mark 1:9-15

Many Christians live through Lent as a moment of restraint and purification with a view to receiving God’s grace more fully. Many traditions and spiritual observances of the Church encourage this. During this season we want to be able to restrict, limit or even give up the use or the consumption of certain things or certain foods. During Lent, I have every good intention of limiting my presence on Facebook and Instagram a little! Perhaps you have chosen an ‘observance’ or a ‘discipline’ for this season too, and you’ll try to stick to it no matter what.

If our Lenten observance stopped there – if we restricted it to restricting ourselves, if we cut Lent down to cutting off the things that grab our attention and often take up our time, we wouldn’t be doing anything different than the things that everyone invites us to do throughout the year. We would just be trying to toe the line with everyone else. We are fascinated by methods of self-discipline, and they take up lots of our time: following diets, mindfulness exercises and physical workouts, increasing productivity and performance, following all the security and hygienic protocols of our society of alarms and precautions against one kind of virus or another. We like disciplining ourselves and our brothers and sisters, because we derive all sort of real benefits from this exercise in terms of prestige, safety or efficiency. Our disciplines comfort us and reassure us of our own power. Incidentally, we often imagine that it was a sort of unbridled wild behavior that God drowned in the flood, but we have to ask ourselves whether it was actually a sort of well-organized wickedness, a “time of horror and crime, when humanity was wise in evil-doing”, as we sang in our hymn.

When we discipline ourselves, when we ‘remind ourselves of what is serious’, when we discipline other creatures, we in fact burnish a certain notion that we have of ourselves. Certain notions of our ego, of our community, of our nation or of our environment, all dependent on what we consider to be right and good. But what on earth has the Good Lord to with all of this? Do we still grant God the right to have a say in it? You’ll notice that so far, we haven’t asked God for any advice at all. All we are doing is hoping that his fatherly hand will bless our fine intentions and our attempts to do good. We’ve been dealing with a very theoretical God who is actually very useful: we are quite happy to be able to place our self-discipline or our disciplining of others under his protection and thereby draw from his popularity or authority. But where is Jesus Christ in all this discipline? Are we still his disciples, or are we becoming disciples of our disciplines? How can our Christian observances of the disciplines of Lent 2021 be different from all the disciplines of the world – all those millions of techniques through which we attempt to create a better and ‘more healthy’ version of ourselves, of our society or of our church?

God gives us some advice. But he does better than that. He gives us a model through which our liturgical worship transforms us, and that model is Jesus himself. Jesus’ baptism (which is also ours) shows us how to become the beloved children of God, in whom God rejoices. As Peter’s letter puts it so well, this baptism doesn’t wash away the dirt or stains of our flesh (even if that might be a side-effect), it in fact enables us to live fully with a transformed conscience. Baptism isn’t a bath whose purpose is to wash us. It isn’t a purifying technique, but a mystery that reveals to us the mystery that we are: the beloved creatures of God. Baptism reveals to us that when we look at ourselves, when we devote ourselves to this or that discipline, when we look at our mistakes, we are already looking to God because God himself has become human. Baptism reminds us of what we tend to forget because of pride: wherever we look within ourselves, we are always looking to Jesus Christ. Lent and the desert only become dangerous if we use them to focus attention on our faults, without recognizing that we are simultaneously focusing our attention on Jesus Christ who has undergone and triumphed over temptation and death for us. Moreover, Jesus himself didn’t rely on his own strength to ‘fight’ in the desert: he didn’t go to fight against Satan on his own. He was led there and supported by the Spirit of God. Jesus didn’t go to the desert to meet Satan, examine his faults and try to ‘rehabilitate himself’; he went there to experience the full and complete experience of his own humanity, and the mysterious way in which God is reconciled in him. You are never alone in the desert; never alone with your fragile humanity, with your sufferings, your shortcomings, your errors of judgment or the faux-pas you make in your relationships. We are never on our own with those who accuse us; even if those accusations come from within ourselves. This is exactly what Lent has to teach us. Christ’s baptism and sojourn in the desert show us that following God into the desert isn’t about taking on disciplines, but about becoming disciples. To fully become God’s creatures who let themselves be created by him. By coming to love our own humanity, we come also to love God.

Christian discipline doesn’t invite us to cut ourselves or others off, according to our ideas of what is right. On the contrary, it prompts us to see that we are all connected through Jesus Christ, and from that relationship flows all our other relationships. This relationship is the bond that binds us all together; the bond by which all of our relationships with other creatures are blessed, loved and brought to life. Lent permits us to slow down, to collect ourselves, to zoom in on the source of all kindness and the source of all love. We often confuse paying special attention to something with the exclusion of everything else. Yet, if Fred has been zooming in on me right now as I try to preach at the start of Lent, this isn’t to say that everything else doesn’t matter: if Nigel is out of the picture right now, and the altar is invisible at the moment it doesn’t mean that they are unimportant. On the contrary. If Fred is zooming in on the presider – or on the Eucharist or the cross – it is precisely to draw our attention to what is important at that moment – that thing which will help us enter more fully into the mystery of God’s loving relations. This is the mystery that we see at work everywhere in the sacred liturgy, in our lives, and even in our own deserts. Lent invites us to zoom in. Lent doesn’t ask us to rush towards a certain idea of what is right, or flee from what may be unjust. The desert is not a corrective prison facility or a place to banish criminals. It isn’t a gym to improve our bodies to health magazine standards. It is the Spirit of God who leads us there and will sustain us there. Lent is more like a monastery, a room where we pray, where God ‘makes love’ in us. God speaks to us in the silence. It is in this silence that he transforms all that we are so that we can give our all. By being led to the desert, we distance ourselves from the tired techniques that the world uses to make ourselves more righteous according to its laws. We drink from the source of righteousness itself. This is the treasure that God hides from us in the desert, at the end of the rainbow and at the foot of the cross. This is where Christ’s ministry on earth begins: the fullness of God’s love and the reality of God’s reign.

JFAB

Carême I
Dimanche 21 février 2021

Beaucoup de chrétiens vivent le carême comme un moment de restriction, de purification en vue de recevoir plus amplement les grâces de Dieu. Beaucoup de traditions et de dévotions dans l’Eglise nous y invitent. Pendant cette saison nous pouvons vouloir restreindre, limiter ou même abandonner l’usage ou la consommation de certains objets ou de certaines nourritures. J’ai la bonne intention pendant ce Carême de limiter un peu ma présence sur Facebook et Instagram ! Peut-être que vous avez aussi choisi une « observance » ou une « discipline » pour cette saison, et vous essaierez de vous y tenir coûte que coûte.

Si notre carême s’arrêtait là, si nous nous limitions à nous limiter, si nous y coupions court en nous coupant de ce qui captive notre attention et occupe souvent notre temps, nous ne ferions rien de différent de ce que tout le monde nous invite à faire toute l’année. On essaierait seulement de nous faire nous-mêmes rentrer dans les clous. Nous sommes fascinés par les méthodes de contrôle, elles occupent beaucoup de notre temps. Suivre des régimes, des routines de mindfulness ou de sport, répondre à des exigences de productivité, de performance, suivre tous les protocoles sécuritaires et sanitaires de notre société aux alarmes, contre le virus ou autre. Nous aimons nous discipliner et discipliner nos frères et sœurs car nous en tirons de véritables bénéfices en termes de prestige, de sécurité, d’efficacité. Discipliner nous réconforte et nous conforte en notre propre pouvoir. D’ailleurs, on imagine souvent que c’est une licence débridée que Dieu a noyé dans le déluge, mais on est en droit de se demander, je crois, si ce n’est pas plutôt une méchanceté savamment réglée, un « temps d’horreur, de crime ; où l’homme en tout mal était savant ».

Lorsque nous nous disciplinons, quand nous nous « rappelons au sérieux », que nous disciplinons les autres créatures, nous polissons en fait une certaine idée que nous avons de nous-mêmes. Une certaine idée de notre égo, de notre communauté, de notre nation ou de notre environnement selon ce que nous jugeons être juste et bon. Mais que fait le Bon Dieu dans tout ça ? Lui laisse-t-on encore le droit d’intervenir ? Vous remarquerez que jusqu’ici on n’a pas tellement demandé son avis au bon Dieu. On espère juste qu’il bénira de sa main paternelle nos bonnes intentions, nos tentatives pour faire le bien. On a à faire à un Dieu très théorique mais aussi très pratique pour nous : on est content de pouvoir placer nos disciplines sous sa protection et tirer par là-même de sa popularité et de son autorité. Mais où est Jésus-Christ dans toutes ces disciplines ? Sommes-nous encore ses disciples ou devenons-nous les disciples de nos disciplines ? Comment notre discipline chrétienne du Carême 2021 peut-elle être différente de toutes les disciplines du monde ? des millions de techniques par lesquelles nous cherchons à créer une version meilleure et « plus saine » de nous-mêmes, de notre société, de notre église ?

Dieu nous donne son avis. Il fait mieux que ça. Il nous donne un modèle sur lequel la sainte liturgie nous transforme : c’est Jésus-Christ. Le baptême de Jésus (qui est aussi le nôtre) nous montre comment devenir les enfants bien-aimés de Dieu, en qui il se réjouit. Comme la lettre de Pierre le dit si bien, ce baptême ne nous donne pas d’être décrassé de telle ou telle saleté ou souillure de notre chair (même si cela arrive souvent après-coup) mais à vivre pleinement d’une conscience transfigurée. Le baptême n’est pas un bain qui nous lave. Ce n’est pas une technique de purification mais un mystère qui nous révèle au mystère que nous sommes : les créatures aimées de Dieu. Ce que le baptême nous révèle c’est que lorsque nous nous tournons vers nous-mêmes, lorsque nous nous adonnons à telle ou telle discipline, lorsque nous regardons à nos erreurs, nous regardons déjà vers Dieu car Dieu est devenu est humain. Le baptême nous rappelle ce que nous avons tendance à oublier par orgueil : où qu’on regarde en nous-mêmes on regarde toujours à Jésus-Christ. Le carême et le désert ne sont dangereux que si l’on se tourne vers nos fautes sans réaliser que nous nous tourne en même temps vers Jésus-Christ qui a traversé et vaincu les tentations et la mort pour nous. Jésus lui-même d’ailleurs n’a pas compté sur ses propres forces pour « livrer bataille » au désert : il n’est pas allé lutter tout seul contre Satan. Il y a été conduit et supporté par l’Esprit de Dieu. Jésus n’est pas allé au désert pour rencontrer Satan, contempler ses fautes et essayer de « se réhabiliter » mais pour faire l’expérience pleine et entière de son humanité et de la façon mystérieuse dont Dieu s’y réconcilie en lui. Vous n’êtes jamais seul au désert, jamais seuls devant votre humanité fragile, devant vos souffrances, vos manquements, devant vos erreurs de jugements, devant nos faux-pas relationnels. Nous ne sommes jamais face à face avec ceux qui nous accusent, à commencer par nous-mêmes. C’est exactement ce que le carême nous donne de vivre. Ce que le baptême et le séjour au désert du Christ nous montre c’est que suivre Dieu au désert ne consiste pas à adopter des disciplines mais à devenir disciple nous aussi. A devenir pleinement des créatures de Dieu qui se laissent créer par lui. En apprenant à aimer notre humanité nous apprenons aussi à aimer Dieu.

La discipline chrétienne ne nous invite pas à nous retrancher ou à retrancher les autres selon notre idée du juste. Au contraire, elle nous pousse à voir que nous sommes reliés par Jésus-Christ et que de cette relation découlent toutes nos autres relations. Cette relation est le lien qui nous lie tous ensemble, celui par lequel toutes nos relations avec d’autres créatures sont bénies, aimées et vivifiées. Le Carême nous permet de ralentir, de nous recueillir, de zoomer sur la source de toutes les bontés, la source de toutes les amours. Nous confondons souvent le fait de porter une attention particulière à quelque chose avec le rejet de tout le reste. Pourtant si Fred a zoomé sur moi en ce moment, alors que j’essaie de prêcher ce début de carême, ce n’est pas pour dire que tout le reste n’a pas d’importance, que Nigel assis hors-champ ou l’Eucharistie dans le fond n’ont pas de valeur, ou une valeur moindre. Au contraire. Si Fred zoom sur celui qui préside, sur l’Eucharistie ou sur la croix, c’est pour attirer notre attention sur ce qui en ce moment est important et qui nous aidera à rentrer plus avant dans le mystère de l’amour de Dieu pour nous. Ce mystère que nous voyons à l’œuvre partout dans la sainte liturgie, dans nos vies, et même dans nos déserts. Le carême nous invite à zoomer. Il ne nous invite pas à nous précipiter vers une certaine idée de ce qui est juste, ou de fuir loin de ce qui serait injuste. Ce désert n’est pas une prison pour nous corriger, un bagne pour éloigner les criminels, ce n’est pas une salle de fitness pour rendre nos corps plus sains ou conforme aux standards des magazines. C’est l’Esprit de Dieu qui nous y conduit et nous y sustente. Le carême ressemble plus à un monastère, à une chambre où l’on prie, où Dieu « fait l’amour » en nous. C’est le silence où Dieu nous parle. C’est le silence où il transforme tout ce que nous sommes pour que nous puissions tout donner. En étant conduit au désert, nous prenons nos distances avec les techniques usées du monde pour nous rendre plus justes. Nous allons boire à la source même de la justice. C’est le trésor que Dieu nous cache au désert, au pied de l’arc-en-ciel et de la croix. C’est là que commence le ministère du Christ sur terre, la plénitude de l’amour de Dieu et la réalité de son règne.

JFAB

Sermon – Transfiguration

Last Sunday of Epiphany / Transfiguration
February 14, 2021
II Kings 2:1-12 II Corinthians 4:3-6 Mark 9:2-9

The curious thing about the commemoration of the Transfiguration of Jesus on Mount Tabor is that it is the only feast that is observed twice in the liturgical calendar. Since at least the 800’s, the feast of the Transfiguration has been observed on August 6th, and this is still the case in the Western church. But it is also observed on the last Sunday of Epiphany – the Sunday that comes before Ash Wednesday and the beginning of Lent. Why is this? We don’t celebrate Jesus’ birth or his resurrection on two separate days in any given year. Why is the Transfiguration singled out for this unusual observance? Perhaps the August date is easiest to explain: it was understood to be the date on which the Transfiguration recounted in Matthew, Mark and Luke’s gospels actually took place. Its observation at the end of Epiphany needs a bit more explaining.

In all three gospels, the Transfiguration is a turning point in the story of Jesus. It is the moment when his identity and his ministry are about to become luminously visible beyond the confines of Galilee: visible not just to his family, disciples and neighbors, but to the authorities who will hound him all the way to putting him to death on the cross. It is a change of ‘tone’ from the remarkable stories of exorcism, healing and teaching to darker stories about the persecution holiness encounters when it comes to the attention of the powers of this world. It is almost as if God is making something visible through the Transfiguration of his Son on the mountain top that those disciples are going to need to remember during the trying times to come. This explains why we read this story on the last Sunday of Epiphany. You will see in our final hymn that the tone of our liturgies is about to change from the joyous commemoration of the ways in which Jesus’ light first came into the world, to the more somber themes of Lent. No matter what is about to happen to Jesus and his disciples – however dark things are going to get – they have glimpsed the way things truly look beneath the ephemeral and passing sufferings of the present world.

It is an unforgettable thing to see someone’s face when they are transfigured with the radiance of happiness or joy. Think about the face of a person to whom you have just told some wonderful news, or someone who has reciprocated your deep love for them for the first time. You suddenly see something that has been there all the time, and your impression of them at that moment will help you to help them if they pass through moments of pain and suffering. You have glimpsed their beauty.

The story of the Transfiguration is a sign to us that we ourselves can be similarly transfigured even when we face suffering or great violence. It offers us a heavenly vision that has a direct bearing on our own suffering and death. It shows us that this pandemic – that suffering and death – will not have the last word. The Transfiguration allows us to see what lies beyond violence, suffering and death, and gives us a window into life, hope and love. The dumbfounded presence of the disciples in this story reminds me of those moments when words are simply not enough to express my joy at the realization of the dreams and hopes of someone close to me. At those moments, “I’m so happy for you!” seems such an understatement! Perhaps being present to share that moment is enough; even without words. But this speechlessness is also a picture of our loss of words in the face of the world’s sadness or our own personal loss. Sometimes there is simply no ‘right’ thing to say. I often feel the uselessness of words when I’ve tried to minister to someone who knows the depths of human suffering. It’s almost as if it is blasphemous of me even to try to address their despair. Neither Moses nor Elijah speaks at this moment. And yet Jesus is comforted and strengthened by their presence. They are there to bring him into the presence of all those law-givers and the prophets who had comforted him through their writings in the past, and will shortly have to comfort him again. At this point in his ministry, Jesus needed the presence of those who had come before him. He needed the presence of others who had suffered but who had faithfully remained in God’s presence.

It is in that presence that Jesus is transfigured. A similar transfiguration awaits us too. If we are called – like Moses and Elijah were – to comfort those who are in pain, their transfiguration will happen as we acknowledge the reality of our own suffering and our own helplessness, to sit quietly with them as they pass through their own moment of despair. If we are the ones who are in pain, we know that transfiguration may come to us as we seek out the presence of those who have travelled the way of pain and rejection before us.

Today, and during this coming season of Lent, our transfiguration will come as we seek the face of Jesus himself. The Transfiguration is not only about the Transfiguration of Christ, it is about our transfiguration too. We will no longer be disfigured by our weary experience of this pandemic, by our pain, our shame or our grief. Our beauty will be revealed in the radiant likeness of our Savior, who willingly endured the cross before he entered into his glory. So be of good courage, and let the light of your faces shine – even if it is just through the camera lens. Resurrection is coming!

NJM

Le dernier dimanche de l’Épiphanie | La Transfiguration | Dimanche 14 février 2021

La chose curieuse à propos de la commémoration de la Transfiguration de Jésus sur le mont Thabor est que c’est la seule fête qui est observée deux fois dans le calendrier liturgique. Depuis au moins les années 800, la fête de la Transfiguration a été célébrée le 6 août, et c’est toujours le cas dans l’église occidentale. Mais elle est également célébrée le dernier dimanche de l’Epiphanie – le dimanche qui précède le mercredi des Cendres et le début du Carême. Pourquoi ? Nous ne célébrons pas la naissance de Jésus ou sa résurrection deux jours distincts dans une année donnée. Pourquoi la Transfiguration est-elle choisie pour cette coutume inhabituelle ? Peut-être la date d’août est-elle la plus facile à expliquer : elle était censée être la date à laquelle la Transfiguration racontée dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc a effectivement eu lieu. Son observation à la fin de l’Épiphanie a besoin d’un peu plus d’explications.

Dans les trois évangiles, la Transfiguration est un tournant dans l’histoire de Jésus. C’est le moment où son identité et son ministère sont sur le point de devenir visiblement rayonnant au-delà des confins de la Galilée : visibles non seulement par sa famille, ses disciples et ses voisins, mais aussi par les autorités qui le poursuivront jusqu’à ce qu’elles le mettent à mort sur la Croix. C’est un changement de « ton » des histoires remarquables d’exorcisme, de guérison et d’enseignement vers des histoires plus sombres sur les persécutions que la sainteté provoque quand il s’agit de l’attention des puissances de ce monde. C’est presque comme si Dieu rendait visible quelque chose à travers la Transfiguration de son Fils au sommet de la montagne dont les disciples devront se souvenir pendant les temps difficiles à venir. Cela explique pourquoi nous lisons cette histoire le dernier dimanche de l’Épiphanie. Vous verrez dans notre dernier hymne que le ton de nos liturgies est sur le point de passer de la joyeuse commémoration de la manière dont la lumière de Jésus est apparue pour la première fois dans le monde, aux thèmes plus sombres du Carême. Peu importe ce qui va arriver à Jésus et à ses disciples – quelles que soient les choses sombres qui vont se passer – ils ont entrevu la façon dont les choses se présentent vraiment sous les souffrances éphémères et passagères du monde actuel.

C’est une chose inoubliable de voir le visage de quelqu’un quand il est transfiguré avec le rayonnement du bonheur ou de la joie. Pensez au visage d’une personne à qui vous venez de dire une merveilleuse nouvelle, ou à quelqu’un qui vous a rendu votre amour profond pour la première fois. Vous voyez soudain quelque chose qui a été là tout le temps, et votre impression d’eux à ce moment vous aidera à les aider s’ils traversent des moments de douleur et de souffrance. Vous avez entrevu leur beauté.

L’histoire de la Transfiguration est un signe pour nous que nous pouvons nous-mêmes être transfigurés de la même manière même lorsque nous sommes confrontés à la souffrance ou à une grande violence. Elle nous offre une vision céleste qui a une incidence directe sur nos propres souffrances et morts. Cela nous montre que cette pandémie – cette souffrance et cette mort – n’aura pas le dernier mot. La Transfiguration nous permet de voir ce qui se trouve au-delà de la violence, de la souffrance et de la mort, et elle nous offre une fenêtre sur la vie, l’espoir et l’amour. La présence abasourdie des disciples dans cette histoire me rappelle ces moments où les mots ne suffisent tout simplement pas pour exprimer la joie de réaliser les rêves et les espoirs de quelqu’un de proche. À ces moments-là, “Je suis si heureux pour vous !” semble un euphémisme ! Il suffit peut-être d’être présent pour partager ce moment ; même sans mots. Mais cette absence de voix est aussi une image de notre perte de mots face à la tristesse du monde ou à notre propre perte personnelle. Parfois, il n’y a tout simplement pas de « bonne » chose à dire. Je ressens souvent l’inutilité des mots lorsque j’essaye de supporter quelqu’un qui connaît les profondeurs de la souffrance humaine. C’est presque comme si c’était blasphématoire de ma part d’essayer de remédier à leur désespoir. Ni Moïse ni Élie ne parlent à ce moment. Et pourtant, Jésus est réconforté et fortifié par leur présence. Ils sont là pour le mener en présence de tous ces législateurs et prophètes qui l’avaient réconforté par leurs écrits dans le passé, et devront bientôt le réconforter. À ce stade de son ministère, Jésus avait besoin de la présence de ceux qui l’avaient précédé. Il avait besoin de la présence d’autres qui avaient souffert mais qui étaient restés fidèlement en présence de Dieu.

C’est dans cette présence que Jésus est transfiguré. Une transfiguration similaire nous attend aussi. Si nous sommes appelés – comme Moïse et Élie l’étaient – à réconforter ceux qui souffrent, leur transfiguration se produira lorsque nous reconnaîtrons la réalité de notre propre souffrance et de notre propre impuissance, en nous asseyant tranquillement avec eux alors qu’ils traversent leur propre moment de désespoir. Si nous sommes ceux qui souffrent, nous savons que la transfiguration peut venir à nous alors que nous recherchons la présence de ceux qui ont parcouru le chemin de la douleur et du rejet avant nous.

Aujourd’hui, et pendant cette prochaine saison de Carême, notre transfiguration viendra alors que nous cherchons le visage de Jésus lui-même. La Transfiguration ne concerne pas seulement la Transfiguration du Christ, mais aussi notre transfiguration. Nous ne serons plus défigurés par notre expérience lasse de cette pandémie, par notre douleur, notre honte ou notre chagrin. Notre beauté sera révélée dans la ressemblance radieuse de notre Sauveur, qui a volontairement enduré la croix avant d’entrer dans sa gloire. Soyez donc courageux et laissez briller la lumière de vos visages, même si ce n’est qu’à travers l’objectif de la caméra. La résurrection arrive !

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Epiphany V

Epiphany V
February 7, 2021
Isaiah 40:21-31 1 Corinthians 9:16-23 Mark 1:29-39

Just before I moved to the United States, I worked for a Bishop of London who was very kind, but noted for plain speaking. He came from the English county of Yorkshire – a part of the country where people have a reputation for never beating around the bush. I’ve a feeling that Londoners found his northern directness a little alarming. He once told me, “Any fool can be a popular assistant priest. But it takes skill to be a popular priest in charge of a parish! You sometimes have to say difficult things.” I suppose he was right. Assistant priests generally don’t have to bear the final responsibility for the fortunes of a church. I have to say that during the last year I’ve certainly had some sleepless nights on that score! But perhaps there is more to the Bishop’s assessment than meets the eye. He knew that many people become priests in part because they want to make people happy. Priests sometimes try to be self-effacing in order not to upset anyone. I’ve certainly been guilty of that! Even worse, some priests just want to be popular. If they’re not popular, they’re prone to feeling guilty or ashamed that they’re not making God’s love sufficiently clear to those to whom they are ministering. Tragically some ministers have a tendency to confuse their own popularity with God’s ‘popularity’ in the churches where they serve; to disastrous effect.

Paul doesn’t help matters when he says, “I became all things to all people in order to better preach the Gospel.” Many Christians (including ordained ministers) have taken this to mean that we should just become people-pleasers. When taken out of context by a minster of the gospel, his words become downright dangerous. Priests want to rescue people. They certainly don’t set out to upset them. They can be exploited by unscrupulous people, who see no problem in taking advantage of how society thinks that ministers ought to behave. If you don’t believe me, try wearing a priest’s collar in New York City for a day or two! Being all things to all people is emotionally hard work. It rarely achieves anything of lasting spiritual value if the only reason you are doing it is to keep people happy. You would be better off becoming a party organizer or a children’s entertainer.

How should we interpret this curious verse taken from Paul’s letter? Remember the context in which Paul is writing. He tells the Corinthians that he doesn’t need any of their money to support him. He certainly doesn’t want to be beholden to them for a salary. Sponsors (as we know all to well in America, the land of advertising and lobbying) often influence the messages of the people they sponsor. Paul refused to let the message of the Gospel be changed by anything; least of all by the influence of donors.

Secondly, Paul claims that the present structures of the world are passing away. He says that it doesn’t matter whether you are slave or free, Jew or Gentile, weak or strong. The Gospel won’t be tied down by money concerns, and neither will it be tied to a particular class or culture. Paul claims for himself the freedom to become all things to all people because race, culture and class don’t matter in heaven. They are as perishable as the clothes we wear or the food we eat. This is a far cry from being a people-pleaser. Paul effectively says, “By all means, act whatever part you act. The most important thing is for you to live the Gospel. Jesus has set us all free! Not only from our obsession with money, class, gender, race and culture, but from death itself. The only definition that matters is Child of God.”

So how do we become all things to all people? Surely nowadays this is called ‘cultural appropriation’? Isn’t it racially, politically, ethnically, gender and sexuality inappropriate to think we can pretend to be the ‘other’ in order to persuade them of something? If that’s what he means, I want none of it. But Paul isn’t saying this. Being all things to all people doesn’t mean agreeing with them all the time. Paul describes the experience as akin to becoming a slave. He enslaves himself to God in order to reach out God’s arms of love to as many as possible. He enslaves himself to others in order to continue the work of the Word made flesh in Jesus. He listens. Instead of trying to trap his ‘opponents’ he sets out to woo them with God’s love. Paul claims that this is not only God’s will, but it is also a way in which God blesses him with the riches of the Gospel.

In a world still divided by class, culture and race, we will do well to listen to Paul’s words. I once had a wonderful spiritual director who told me that all our struggles for equality are profoundly linked. Those struggles are about being recognized for who you are, and recognizing others in turn. They are about loving and being loved. God has given each one of us this burden and that gift. Paul’s words are a warning to the strong that they must never use their strength to intimidate others. They mustn’t use the power of their personalities or the popularity of their opinions to induce fear in those who listen to them. His words are also a warning to the weak – to those who confuse the good news of the Gospel with a general feeling of bonhomie. Christian love isn’t a bland absence of conflict. It is the presence of the risen Christ in our midst, who gives us the freedom to find our true selves.

NJM

Cinquième dimanche après l’Épiphanie
le 7 février 2020

Juste avant de venir aux États-Unis, je travaillais pour un évêque de Londres qui était très gentil, mais réputé pour son franc parler. Il venait du comté anglais du Yorkshire – une partie du pays où les gens ont la réputation de ne jamais tourner autour du pot. Je crois que les Londoniens trouvaient sa franchise nordique un peu alarmante. Il m’avait dit un jour : « N’importe quel imbécile peut être populaire en étant assistant du prêtre. Mais il faut du talent pour être populaire en étant prêtre responsable d’une paroisse ! Tu dois parfois dire des choses difficiles. » Je suppose qu’il avait raison. Les assistants des prêtres n’ont pas généralement à prendre la responsabilité entière de l’avenir d’une église. Je dois dire que l’année dernière, j’ai certainement passé des nuits blanches en y pensant ! Mais il y a peut-être plus à comprendre dans la remarque de l’évêque qu’il n’y paraît. Il savait que beaucoup de gens deviennent prêtres en partie parce qu’ils veulent rendre les gens heureux. Les prêtres essaient parfois de s’effacer pour ne déranger personne. J’ai certainement été coupable de ça ! Pire encore, certains prêtres veulent juste être populaires. S’ils ne sont pas populaires, ils ont tendance à se sentir coupables ou honteux de ne pas rendre suffisamment clair l’amour de Dieu à ceux qu’ils servent. Tragiquement, certains ministres ont tendance à confondre leur propre popularité avec la « popularité » de Dieu dans les églises où ils servent ; ce qui a un effet désastreux.

Paul n’aide pas les choses quand il dit : « Je suis devenu tout pour tout le monde afin de mieux prêcher l’Évangile. » De nombreux chrétiens (y compris certains qui sont ordonnés) ont pris cela comme signifiant que nous devrions simplement devenir des personnes qui plairont aux gens. Sorties de leur contexte par un ministre de l’Évangile, ses paroles deviennent carrément dangereuses. Les prêtres veulent sauver les gens. Ils ne veulent certainement pas les contrarier. Ils peuvent être exploités par des gens sans scrupule, qui ne voient aucun problème à profiter de la façon dont la société pense que les personnes ecclésiastiques devraient se comporter. Si vous ne me croyez pas, essayez de porter un col de prêtre à New York pendant un jour ou deux ! Être tout pour tout le monde est un travail émotionnellement difficile. Cela réalise rarement quoi que ce soit qui ait une valeur spirituelle durable si la seule raison pour laquelle vous le faites est de s’assurer que les gens soient contents. Vous feriez mieux de devenir un organisateur de fêtes ou un amuseur d’enfants.

Comment devons-nous interpréter ce curieux verset tiré de la lettre de Paul ? Souvenez-vous du contexte dans lequel Paul écrit. Il dit aux Corinthiens qu’il n’a pas besoin de leur argent pour le soutenir. Il ne veut certainement pas leur être redevable d’un salaire. Les sponsors (comme nous le savons tous très bien en Amérique, pays de la publicité et du lobbying) influencent souvent les messages des personnes qu’ils parrainent. Paul a refusé de laisser le message de l’Évangile être changé par quoi que ce soit ; surtout par l’influence des donateurs.

Deuxièmement, Paul affirme que les structures contemporaines du monde sont en train de disparaître. Il dit qu’il importe peu que vous soyez esclave ou libre, Juif ou Gentil, faible ou fort. L’Évangile ne sera pas lié à des problèmes d’argent, et il ne sera pas non plus lié à une classe ou à une culture particulière. Paul revendique pour lui-même la liberté de devenir tout pour tout le monde parce que la race, la culture et la classe sociale n’ont pas d’importance au ciel. Ils sont aussi périssables que les vêtements que nous portons ou la nourriture que nous mangeons. C’est loin d’être un plaisir pour les gens. Paul dit effectivement : « Par tous les moyens, agissez quel que soit le rôle que vous jouez. Le plus important est que vous viviez l’Évangile. Jésus nous a tous libérés ! Non seulement de notre obsession pour l’argent, la classe sociale, le sexe, la race et la culture, mais de la mort elle-même. La seule étiquette qui importe est celle d’enfant de Dieu.

Alors, comment pouvons-nous devenir tout pour tout le monde ? Sûrement de nos jours, cela s’appellerait de « l’appropriation culturelle » ? N’est-il pas inapproprié sur le plan racial, politique, ethnique, du genre et de la sexualité de penser que nous pouvons prétendre être « l’autre » pour les persuader de quelque chose ? Si c’est ce qu’il veut dire, je n’en veux rien. Mais Paul ne dit pas cela. Être tout pour tout le monde ne signifie pas être d’accord avec eux tout le temps. Paul décrit l’expérience comme être un esclave. Il s’asservit à Dieu afin d’étendre les bras de l’amour de Dieu au plus grand nombre. Il s’asservit aux autres pour continuer l’œuvre du Verbe fait chair en Jésus. Il écoute. Au lieu d’essayer de piéger ses ‘adversaires’, il entreprend de les courtiser avec l’amour de Dieu. Paul prétend que c’est non seulement la volonté de Dieu, mais c’est aussi une manière par laquelle Dieu le bénit des richesses de l’Évangile.

Dans un monde encore divisé par la classe sociale, la culture et la race, nous ferions bien d’écouter les paroles de Paul. J’ai eu un jour un merveilleux directeur spirituel qui m’a dit que toutes nos luttes pour l’égalité sont profondément liées. Ces luttes consistent à être reconnu pour qui vous êtes et à reconnaître les autres à leur tour. Il s’agit d’aimer et d’être aimé. Dieu nous a tous offert ce fardeau et ce don. Les paroles de Paul sont un avertissement aux plus forts. Ils ne doivent jamais utiliser leur force pour intimider les autres. Ils ne doivent pas utiliser le pouvoir de leur personnalité ou la popularité de leurs opinions pour semer la peur chez ceux qui les écoutent. Ses paroles sont aussi un avertissement pour les faibles – pour ceux qui confondent la Bonne Nouvelle de l’Évangile avec un sentiment général de bonhomie. L’amour chrétien n’est pas une fade absence de conflit. C’est la présence du Christ ressuscité au milieu de nous, qui nous donne la liberté de trouver notre vrai soi.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – La chandeleur

Candlemas
January 31, 2021
Malachi 3:1-4 Hebrews 2:14-18 Luke 2:22-40

I have some poignant memories today. This time last year, we held the last parish reception before the pandemic, and as you probably saw in the opening video, we all had a wonderful time tossing the crêpes after our service. I’ve missed your beloved faces so much, and the pews seem so empty without you. Strangely enough, this is especially true on the feast of the Presentation. It is the day when Jesus first goes to the Temple in the arms of his mother Mary. The day when the Word made flesh first sees the inside of the temple in Jerusalem through human eyes and ‘in person’. The story reminds us of the importance of our churches as places of safety and welcome, but also as places of revelation and learning; places where our understanding of ourselves and of God can take new and unexpected turns through our encountering others. We will see this dynamic at work when we look at Simeon’s chance encounter with Jesus in the Temple. As for us, we have had to make do at a distance. This story about visiting the temple ‘in person’ reminds us of what we are missing.

But this is also a festival of light; and it’s through the light of the camera and the screen that we are still able to participate in the service today. We may not all be able to enjoy a crêpe made by Fred himself, but we can bless the candles in our homes, and remind ourselves that their scattered flames are all one great flame to the God who cares for each one of us, wherever our candles may be lit. The blessing of the candles, and candle-light processions were – and still are – a traditional part of the feast of the Presentation. All the candles used in the house or in the church would be blessed for the coming year. In some communities, the Christmas boughs would be taken outside on February 2nd to be burned. We have a distant echo of this tradition in the secular observation of Groundhog Day. These Candlemas processions were not acknowledging the lengthening of the days after the winter solstice. In Ireland they were intended to symbolize a tradition associated with St. Brigid: She was said to have walked ahead of the Virgin with lighted candles to accompany her to the temple for her purification and the dedication of her child Jesus, according to Jewish Law.

It is what happened next in the temple that interests us today. Luke tells us that when Mary and Jesus arrived, they were greeted by two elderly people: Simeon and Anna. They recognized in Jesus the Christ; the Light of the World. “A light to illuminate the Gentiles, and the glory of God’s people, Israel.” Our candles represent this Light of the World whose birth we celebrated forty or so days ago at Christmas. As we’ve all moved through the season of Epiphany (the season of light) we’ve noticed that light spreading further and further. At first it attracted only the local shepherds, then the Magi from afar. Then the people of Jesus’ home town in Nazareth; then the disciples. And now we hear at Candlemas that the very same light that was born in a stable on Christmas Day will come to illuminate the entire world.

Is that the only lesson we can draw from the feast that we’re celebrating today? How appropriate that the church has a festival to bless candles and remind us that Jesus is the light of the world! But there is more to this festival than meets the eye. After Simeon has sung his song of recognition, he gives three warnings. The light that has come into the world is going also to bring trouble. He will reveal the inner thoughts of many people that hitherto have remained hidden in shame and darkness. And he will break his mother’s heart.

Shining a bright light on things isn’t a comfortable experience. The only time we feel ready to shine a bright light on our own faces is when we are in the privacy of our own bathroom, perhaps preparing ourselves for the scrutiny of Zoom, YouTube or the daylight. The only time we can bear having a bright light shone on our own feelings and emotions is in the company of someone whom we can completely trust. Those who suffer from post-traumatic stress disorder know what it is like to have a bright light focus on something that they would rather remain in darkness.

And this is the message of Candlemas. Just as we wash and dress ourselves to prepare for the lights or the cameras of the day ahead, Jesus shines a bright light on us in this world, so that we can prepare ourselves for the light of eternity. We can’t enjoy the light and warmth of Christ without also welcoming the honesty and purity that comes with it. At first, this might come as an uncomfortable experience, just as Simeon acknowledged when he saw Jesus enter the temple. He will help us clear away our inner clutters of insecurity, laziness, deceitfulness or pride so that the great light that he shines can do its work in us and in the communities to which we belong. How can we carry that light with us into our families, among our friends, to our colleagues or at the next on-line meeting? How do we fulfil our baptismal promises to shine as a light in the world, just as Jesus himself shone? One final note. Candle light also brings warmth and intimacy to whatever it illuminates. The work that the Light of the World is doing in us will always be to his glory, and to our great comfort.

NJM

La chandeleur dimanche 31 janvier 2021

J’ai des souvenirs forts aujourd’hui. Il y a un an, nous avions organisé la dernière réception paroissiale avant la pandémie, et comme vous l’avez probablement vu dans la vidéo d’ouverture, nous avions tous passé un merveilleux moment à faire sauter des crêpes après notre office. Vos visages si chers m’ont tellement manqué, et les bancs semblent si vides sans vous. Curieusement, cela est particulièrement vrai lors de la fête de la Présentation. C’est le jour où Jésus se rend pour la première fois au Temple dans les bras de sa mère Marie. Le jour où le Verbe fait chair voit pour la première fois l’intérieur du temple de Jérusalem à travers ses yeux humains, et « en personne ». L’histoire nous rappelle l’importance de nos églises comme lieux de sécurité et d’accueil, mais aussi comme lieux de révélation et d’apprentissage ; des lieux où notre compréhension de nous-mêmes et de Dieu peut prendre des virages nouveaux et inattendus à travers notre rencontre avec les autres. Nous verrons cette dynamique à l’œuvre lorsque nous observerons la rencontre fortuite de Siméon avec Jésus dans le Temple. Quant à nous, nous avons dû nous débrouiller à distance. Cette histoire de la visite du temple « en personne » nous rappelle ce qui nous manque.

Mais c’est aussi un festival de lumière ; et c’est grâce à la lumière de la caméra et de l’écran que nous pouvons encore participer à l’office aujourd’hui. Nous ne pourrons peut-être pas tous profiter d’une crêpe faite par Fred, mais nous pouvons bénir les bougies de nos maisons et nous rappeler que leurs flammes dispersées sont toutes une grande flamme pour le Dieu qui prend soin de chacun de nous, où que nos bougies soient allumées. La bénédiction des bougies et les processions aux chandelles étaient – et sont toujours – une partie traditionnelle de la fête de la Présentation. Toutes les bougies utilisées dans la maison ou dans l’église étaient bénies pour l’année à venir. Dans certaines communautés, les branches de Noël étaient mises dehors le 2 février pour être brûlées. Il existe un écho lointain de cette tradition dans l’observation séculaire de Groundhog Day. Ces processions de la Chandeleur ne reconnaissaient pas l’allongement des jours après le solstice d’hiver. En Irlande, ils étaient destinés à symboliser une tradition associée à Sainte Brigitte : elle aurait marché devant la Vierge avec des bougies allumées pour l’accompagner au temple pour sa purification et la dédicace de son enfant Jésus, selon la loi juive.

C’est ce qui s’est passé ensuite dans le temple qui nous intéresse aujourd’hui. Luc nous raconte que lorsque Marie et Jésus sont arrivés, ils ont été accueillis par deux personnes âgées : Siméon et Anne. Ils ont reconnu en Jésus le Christ ; la lumière du monde. « C’est la lumière qui te fera connaître aux populations et qui sera la gloire d’Israël, ton peuple. » Nos bougies représentent cette Lumière du Monde dont nous avons célébré la naissance il y a une quarantaine de jours à Noël. Alors que nous avons tous traversé la saison de l’Épiphanie (la saison de la lumière), nous avons remarqué que la lumière se propageait de plus en plus. Au début, il n’attirait que les bergers locaux, puis les mages de loin. Puis les habitants de la ville natale de Jésus à Nazareth ; puis les disciples. Et maintenant, nous entendons à la Chandeleur que la même lumière qui est née dans une étable le jour de Noël viendra illuminer le monde entier.

Est-ce la seule leçon que nous pouvons tirer de la fête que nous célébrons aujourd’hui ? Comme il est approprié que l’église organise une fête pour bénir les bougies et nous rappeler que Jésus est la lumière du monde ! Mais il y a plus dans cette fête qu’il n’y paraît. Après que Siméon a chanté sa chanson de reconnaissance, il donne trois avertissements. La lumière qui est venue dans le monde va également causer des problèmes. Elle révélera les pensées intérieures de nombreuses personnes qui jusqu’à présent sont restées cachées dans la honte et l’obscurité. Et elle brisera le cœur de sa mère.

Faire luire une lumière vive sur les choses n’est pas une expérience confortable. Le seul moment où nous nous sentons prêts à faire briller une lumière vive sur nos propres visages, c’est lorsque nous sommes dans l’intimité de notre propre salle de bain, en nous préparant peut-être au regard insistant de Zoom, de YouTube ou de la lumière du jour. Le seul moment où nous pouvons supporter une lumière brillante sur nos propres sentiments et émotions, c’est en compagnie de quelqu’un en qui nous pouvons totalement faire confiance. Ceux qui souffrent de trouble de stress post-traumatique savent ce que c’est que d’avoir une lumière vive concentrée sur quelque chose qu’ils préfèrent garder dans l’obscurité.

Et c’est le message de la Chandeleur. Tout comme nous nous lavons et nous habillons pour nous préparer aux lumières ou aux caméras de la journée à venir, Jésus fait briller une lumière brillante sur nous dans ce monde, afin que nous puissions nous préparer à la lumière de l’éternité. Nous ne pouvons pas profiter de la lumière et de la chaleur du Christ sans également accueillir l’honnêteté et la pureté qui en découlent. Au début, cela pourrait être une expérience inconfortable, tout comme Siméon l’a reconnu quand il a vu Jésus entrer dans le temple. Il nous aidera à débarrasser nos fouillis intérieurs d’insécurité, de paresse, de tromperie ou d’orgueil afin que la grande lumière qui brille de lui puisse faire son œuvre en nous et dans les communautés auxquelles nous appartenons. Comment pouvons-nous porter cette lumière avec nous dans nos familles, parmi nos amis, nos collègues ou lors de la prochaine réunion en ligne ? Comment remplir nos promesses baptismales de briller comme une lumière dans le monde, tout comme Jésus lui-même a brillé ? Une dernière note. La lumière des bougies apporte également chaleur et intimité à tout ce qu’elle illumine. L’œuvre que la Lumière du Monde accomplit en nous sera toujours à sa gloire et à notre grand réconfort.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Épiphanie III

Epiphany III
January 24, 2021
Jonah 3:1-5, 10 I Corinthians 7:29-31 Mark 1:14-20

What is the difference between a ceremony or a ritual (happy or sad), and the liturgy? We have a tendency to confuse the two, and it must be said that what we observe at times in churches or in the public square doesn’t really help. It’s clear that in both cases, lots of people come together. In pandemic times, things are a little different, but the spirit is the same. We come together, online or in person. Some public ceremonies – particularly in the United States – quote directly from the Bible. Certain religious services take on clear ceremonial characteristics when public authorities are seated in the front row, or when they pay their respects to those who have died for their country. The liturgy can have a ceremonial aftertaste, but the liturgy is never limited by it. The flavor of the liturgy is much more complex and intoxicating.

In fact, what takes place in a ceremony and what takes place in the liturgy is very different. In the case of the inauguration of an American President, or even in the ritual fast decreed in the city of Nineveh, the citizens are doing something intended to restore their nation. There is hope that unity, brotherhood and peace will prevail. There is hope that God will bring about harmony and justice. In any event, God acts from the outside: to bless actions; to bless repentance, a president, or a city. People appeal to God as a supernatural and rather theoretical power who will shower an abundance of blessings on the actions and virtuous ideas that occupy us. Ceremonies and rituals can reassure us. After the assault on the Capitol, many Americans were happy to see some return to normality in the inauguration ceremony. When the inhabitants of Nineveh repent, covering themselves with sackcloth and ashes they hope that God will grant them peace and that the destruction of their capital will be averted.

We come to love ceremonies and rituals because we desire stability, familiarity and routine; these desires bring along with them a danger of compromise, complacency and sometimes pride. Ceremonies and rites endlessly satisfy us because they are never broken open. We refuse to see that they are ineffective when it comes to really changing things. What could be further from the sack of the Capitol than a well-organized Presidential inauguration ceremony? What could be further from the massacres on the battlefields of the war of 1914-1918 and all the wars currently in progress than the political upper-crust gathered around the Arc de Triomphe? When our precious ideals are simply ‘unfinished’ – unfulfilled and deferred ad infinitum, if they are never broken open by the reality of the world, they are more likely to lead to denial and inflexibility than to true peace and true reconciliation. Such ideals, however beautiful they may be, also trap us in a sort of awe of the world as it was, as it is, and as it will be; whether we like it or not. A ceremony or a ritual quickly brushes under the carpet whatever disturbs us so that we end up worshiping only that which we consider “positive.”

The liturgy that forms us in the Christian life puts front and center something that actually unsettles us; the broken reality of the gift of the body and blood of our Lord Jesus Christ offered for us in communion. We can receive this broken presence in all things if we contemplate them with humility and compassion and in the light of this gift. If we don’t erect barriers constructed out of our ideals, this embodied and broken reality can flow from the altar like balm and soften the brute realities of our life. The ideals in question that become barriers can be carefully constructed identities which resist being broken open, at whatever the cost. Take Jonah for example. It was a certain idea that he had of himself that caused him to run far away from the tasks that God asked him to undertake. An ideal may even be a ‘certain idea’ of the Church that we want to defend (a Church defined by our culture, our national identity, our language or our history). A sense of our own unworthiness or imperfection can also become an ideal that stands in the way of our receiving the peace of Christ.

God took all of these ideals and broke them open through Jesus Christ, who is fully God like his Father and fully human just like us. Through his sacrifice, once and for all, we can find real peace and real transformation; because the peace and transformation he gives us comprehends who we really are. When it comes to God, we are not the People of the Enlightenment; the Standard Bearers of ideas that are bigger or smaller than we are. We are His children and we are called to inherit from Him His goodness, His kindness, His love offered for the salvation of all. What happens in the liturgy has little to do with any ceremonies or ritual designed to groom our societies in the right direction without raising our hackles. Something completely new is being revealed to us.

It is the same strength that we see at work in the disciples on the shores of the lake of Galilee. They left their nets and their boats: they left even their father. No ideals, no traditions and no techniques they knew for catching fish could rescue them from the turbulent waters of the world in which they swam, or could enable them to draw others out of it. Putting all of our trust and our time into ideals, institutions: psychological, political, cultural and even religious realities; all of these can make for a jolly and distracting fishing excursion in a lake of concepts, but they won’t help us in the end. None of these things in themselves are good news when taken separately from the love of Christ that calls us. What is so good about ceremonies and rituals if they don’t embrace our brokenness? Through the scriptures, the church and its traditions, it’s Christ himself who invites us to imagine and put into practice an entirely new kind of fishing. It’s a haul of fish that our big ideas about the world and ourselves – like tiny little human-made nets – can never bring to shore. And fixing those nets won’t improve our catch! Just like James and John in the Gospel, Christ calls us to leave our old nets to follow him through his ministry, his death and his resurrection. This takes place today on a new shore, between earth and heaven. It takes place when the Church and every Christian stands in prayer, and ready to go far from the shore where they find themselves, or far from those shores that they think they know. JFAB

Épiphanie III Dimanche 24 janvier 2021

Quelle est la différence entre une cérémonie, un rituel, qu’il soit heureux ou triste, et la liturgie ? On peut avoir tendance à confondre un peu les deux et il faut dire que ce qu’on voit parfois dans les églises ou sur la place publique ne nous aide pas. Dans les deux cas il y a bien sûr beaucoup de personnes qui se rassemblent. En temps de pandémie les choses sont un peu différentes soit… mais l’esprit est le même. On se rassemble, en ligne ou en personne. Certaines célébrations publiques, aux États-Unis particulièrement citent directement Bible. Certains services religieux ont visiblement une dimension cérémonielle lorsque les autorités publiques sont assises au premier rang ou qu’un hommage est adressée, par exemple, aux morts pour la patrie. La liturgie peut avoir un arrière-goût de cérémonie mais elle ne s’y limite pas. Sa saveur est bien plus complexe et enivrante.

Ce qui se passe dans une cérémonie ou dans la liturgie est en effet bien différent. Dans le cas de l’investiture d’un Président américain ou même le jeûne rituel annoncé par le peuple de Ninive quelque chose est fait par les citoyens des Etats-Unis ou de Ninive pour rétablir leur nation. On espère que l’unité, la fraternité, la paix auront le dessus. On espère que Dieu inspirera la concorde et la justice. Dans tous les cas Dieu agit comme de l’extérieur, pour bénir des actions, une repentance, un président, une ville. On fait appel à Dieu comme un pouvoir surnaturel et assez théorique qui viendrait verser sur les actions et les idéaux vertueux qu’on a adoptés une abondance de bénédictions. Une cérémonie ou un rituel peuvent nous rassurer. Après l’attaque sur le Capitol beaucoup d’Américains étaient contents de voir un certain retour à la normalité dans la cérémonie d’investiture. Si les habitants de Ninive font pénitence, se couvrent de cendres et s’habillent de sacs, c’est aussi pour obtenir la paix de Dieu et éviter la destruction de leur capitale.

Ce qui nous pousse à aimer les cérémonies et les rituels c’est un désir de la stabilité, du même, de la routine. Ces désirs apportent cependant avec eux leur lot de compromission, d’autosatisfaction et parfois d’orgueil. Ces cérémonies et les rites nous satisfont à l’infini car ils ne sont pas brisés. On refuse de voir qu’ils sont vraiment inefficaces à changer les choses. Quoi de plus éloigné du sac du Capitol que la cérémonie d’investiture du président si bien réglée ? Quoi de plus éloigné des massacres des champs de bataille de 14-18 et de ceux des guerres en cours que tout le gratin politique rassemblé autour de l’Arc de Triomphe ? Si nos idéaux sont seulement « unfinished », inaccomplis et infinis, s’ils ne sont jamais brisés par la réalité du monde, ils nous invitent plus au déni et à l’entêtement qu’à une vraie paix et une vraie réconciliation. De tels idéaux, même s’ils sont très beaux, nous maintiennent aussi qu’on le veuille ou non dans une certaine peur devant le monde tel qu’il a été, est, et sera. Une cérémonie ou un rituel mettent vite sous le tapis ce qui gêne afin d’adorer seulement ce qu’on juge « positif ».

La liturgie qui nous forme dans la vie chrétienne, elle, met au centre ce qui gêne. Cette réalité brisée c’est le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus Christ qui est offert pour nous dans la communion. Cette présence brisée on peut la recevoir en toute chose si on les considère à la lumière de ce don, avec humilité et compassion. Si nous n’y faisons pas barrage par nos idéaux, c’est cette réalité incarnée et brisée qui coule de l’autel comme un baume et adoucit toutes les réalités de notre vie. Les idéaux en question qui font barrage peuvent prendre la forme d’une identité bien précise qu’on chercherait à protéger coûte que coûte de ce brisement. Par exemple c’est une certaine idée de lui-même qui a longtemps fait fuir Jonas loin du service que Dieu lui demandait. Cet idéal peut même être une « certaine idée » de l’église qu’on cherche à protéger : celle d’une église définie par son passé, une certaine culture, une langue ou une nationalité. Notre idéal qui fait barrage à la paix du Christ peut aussi être un sentiment de notre propre indignité ou de notre imperfection.

Tous ces idéaux, Dieu les a pris et les a brisés en Jésus-Christ, lui qui est pleinement Dieu comme son Père et pleinement humain comme nous. Dans son sacrifice accompli pour toujours on peut trouver une véritable paix, une vraie transformation, car c’est une paix et une transformation qui nous comprennent vraiment qui nous sommes. Pour notre Dieu nous ne sommes pas des citoyens des Lumières, les porte-drapeaux d’idées plus grande ou plus petites que nous, nous sommes ses enfants appelés à hériter pleinement de lui, de sa bonté, de son attention, de son amour pour le salut de tous. Ce qui se passe dans la liturgie n’a pas grand-chose à voir avec des cérémonies et des rituels qui brossent nos sociétés dans le sens du poil. C’est quelque chose de complètement nouveau qui se révèle à nous.

C’est la même force qu’on voit à l’œuvre dans les disciples au bord du lac de Galilée. Ils ont laissé leurs filets et leurs bateaux, leur père même. Aucun idéal, aucune tradition, aucune technique qu’il connaissait pour pêcher le poisson ne les repêchera des eaux troubles du monde où ils nagent, ni ne leur permettra d’en tirer d’autres. Mettre toute sa confiance et son temps dans des idéaux, des institutions, les réalités psychologiques, politiques, culturelles, voire religieuses tout cela peut faire une belle et distrayante partie de pêche sur un lac de concepts, mais ça ne nous repêche pas. Rien de cela, pris en soi et séparément de l’amour du Christ qui nous appelle n’est une bonne nouvelle. Qu’y a-t-il de vraiment bons dans les cérémonies et les rituels s’ils ne sont pas brisés comme nous ? Nous sommes invités par le Christ lui-même, dans les Écritures, l’Eglise et ses traditions à imaginer et vivre un tout nouveau genre de pêche. Une pêche que nos grandes et petites idées sur le monde et nous-mêmes, nos petits filets trop humains, ne peuvent saisir. Et ce n’est pas en les réparant que la pêche sera meilleure ! Comme Jacques et Jean dans l’Evangile, Christ nous appelle à laisser nos vieux filets pour le suivre dans son ministère, sa mort et sa résurrection. Cela a lieu dès aujourd’hui sur un nouveau rivage, entre le ciel et la terre. Cela a lieu lorsque l’Eglise et chaque chrétien se tient en prière et prêt à partir loin des rivages où il se trouve ou ceux qu’il croit connaître.
JFAB

Epiphany II – sermon

Epiphany II
January 17, 2021
I Samuel 3:1-20 I Corinthians 6:12-20 John 1:43-51

It’s a fact that most of the world’s population – certainly the majority of those living in Europe, Africa and Asia – don’t know how many generations their families have lived in one particular area. In England and France – the two European countries I know best – unless you come from quite an aristocratic family, you’re unlikely to be able to trace your ancestry back more than two or three hundred years. The records have mostly been lost; burned or bombed to pieces in the course of one of Europe’s many bloody wars. The recent surge of interest in genealogical research has resulted in more and more people being able to trace at least a part of their family tree back several generations. The Americans are particularly interested in their racial and national origins, and they were the first to popularize this trend. When I first came to this country, I was constantly surprised by how many Americans would tell me something like: “I’m one quarter Irish, one quarter English, one quarter Dutch and one quarter French….” I’m not entirely sure of what I am: there are family rumors about Huguenot, Welsh and gypsy ancestors, and even a story that we are descended from the Duke of Rutland himself – albeit ‘on the wrong side of the sheets….’.

People often derive a sense of security from knowing who their ancestors are. Sometimes it fills them with a feeling of belonging in a fractured world, where such feelings are rare. Sometimes those ancestors inspire them to lead better lives. Sometimes, as we have seen unfold in the political life of the United States these last few weeks, this obsession with national or personal identity manifests itself in terrifying ways, through racism and violence. The church has its own version of this obsession with ancestry. Denominations led by bishops (like the Roman Catholics, the Eastern Orthodox church and the Anglican Church) claim for themselves something they call “Apostolic Succession”. The idea is simply explained. Jesus called his first disciples (the story we just heard). These disciples chose their successors and bequeathed them their authority, they in turn selected others, and so on down to our own day. If I held the hand of the Bishop who ordained me, and that Bishop held hands with the one who ordained him, there would be a line of linked hands stretching back to Jesus himself. Now, the idea in itself is a fine one. It was invented by those who wanted to protect the church from what they thought of as heresy. It was a sort of ‘blood line’ of authenticity. It also enabled the Church to tell inspiring stories of the saints of the past; rather like those people whose ancestors have inspired them to lead better lives.

Just as is the case for uncovering the lines of our human ancestry, this obsession with Apostolic Succession comes with its own problems. First of all, it’s quite difficult to establish this line of succession through the generations back to Christ. Secondly, people sometimes boast about the lives of their ancestors, while making very little of their own. Being a descendant of Einstein doesn’t make you a Nobel Prize winning scientist. Being a descendant of the Duke of Rutland hasn’t made me a Duke! Claiming Apostolic Succession doesn’t in itself make you into a good Christian. Of course, it’s fascinating to see where we have come from, but this interest should never overshadow our responsibility to make the most of the life that God has entrusted to us. Our ancestors might be interesting or even impressive, but it is our duty to touch the lives of others not through the prestige of our bloodline or our traditions, but through the compassion and love that God showers on us through Christ.

In our Gospel reading, we heard of the call of the very first followers of Christ, Philip and Nathaniel. The little details of that call are very revealing. They open our eyes to Christ’s true identity as the Word made flesh, and they prefigure the sort of ministry that Jesus will have. Something good has come out of what Nathaniel thought of as the rural backwater of Nazareth. Something so extraordinary that those who can recognize it will see God’s love flowing from heaven and returning to heaven in the form of angels ascending and descending on the Son of Man. The way in which Christ calls each one of us is different. Sometimes those stories are sudden and spectacular. Sometimes they are slow and quietly beautiful. But what we can say with certainty is that God’s call never comes to us in a vacuum. It is deeply personal and intimate, because it issues from a personal God. It is never abstract or conceptual. It isn’t beamed out from nowhere like a sort of alien invasion. It’s planted in our circumstances: in our family lives, our work, our friendships and our personal histories. And once that call comes – like it has to you in Paris and us here in New York – it creates a community of the Body of Christ around it. We are not just called as individuals. We are called to share in a life of love with others who have heard that call. We are called to hand that love on.

That is what we are doing right now. We have been called to hand on what Philip and Nathaniel and their successors have handed on to us. In our own generation we believe, live and proclaim the call that we have received. We preach the good news of God’s saving love, we baptize others, we marry them and commend them to God when they are buried. We accompany them through pandemics and political insecurity. We work to relieve the needs of the exile, the poor and the suffering. We are the face of Christ in our own generation; and Christ has no other hands than ours. May God strengthen those hands and grant us courage in our turn to proclaim God’s love for our broken world.
NJM

Le deuxième dimanche après l’Épiphanie le 17 janvier 2021

C’est un fait que la plupart de la population du monde – surement la majorité de ceux qui vivent en Europe, en Afrique et en Asie – ne sait pas combien de générations de leur famille ont vécu dans une région en particulier. En Angleterre et en France – les deux pays européens que je connais le mieux – à moins que vous ne veniez d’une famille plutôt aristocratique il y a peu de chance que vous ne puissiez reconstruire votre arbre généalogique sur plus de 200 ou 300 ans. La plupart des registres ont été perdus ; ou ont brulé ou ont été décimés par les bombes lors de l’une des nombreuses guerres sanglantes en Europe. L’intérêt récent pour les recherches généalogiques a permis à de plus en plus de gens de pouvoir reconstruire leur arbre généalogique sur plusieurs générations d’au moins l’une de ses branches. Les américains sont particulièrement intéressés par leurs origines raciales et nationales, et ils ont été les premiers à populariser cette tendance. Quand je suis arrivé dans ce pays, j’ai été constamment surpris par la façon dont les américains pouvaient me dire quelque chose comme : « je suis un quart irlandais, un quart anglais, un quart néerlandais et un quart français… » Je ne suis pas entièrement sûr de ce que je suis : il y a des rumeurs d’ancêtres huguenots, gallois et gitans dans ma famille, et même une histoire comme quoi nous descendrions du Duc de Rutland lui-même – bien qui ce serait suite à une aventure extraconjugale…

Les gens tirent souvent un sens de sécurité dans les informations sur leurs ancêtres. Parfois, cela les remplit d’un sentiment d’appartenance dans un monde fracturé, ou ce type de sentiments sont rares. Parfois, ces ancêtres les inspirent à mener des meilleures vies. Parfois, comme nous l’avons vu aux États-Unis les semaines ces dernières semaines, cette obsession avec l’identité nationale ou personnelle se manifeste de façons terrifiantes, à travers le racisme et la violence. L’Église a sa propre version de cette obsession avec la généalogie. Les dénominations dirigées par des évêques (comme l’Église catholique romaine, l’Église orthodoxe russe et l’Église anglicane) se réclament de ce qu’elles appellent la « succession apostolique ». L’idée s’explique simplement. Jésus a appelé ses premiers disciples (l’histoire que nous venons d’entendre). Ces disciples ont choisi leurs successeurs et leur ont légué leur autorité, ils en ont fait de même, et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui. Si je tenais la main de l’évêque qui m’a ordonné, et que cet évêque tenait la main de celui qui l’a ordonné, nous formerions une ligne de mains jointes qui remontrait jusqu’à Jésus lui-même. Maintenant, l’idée en soi est plutôt bonne. Elle a été inventée par ceux qui voulaient protéger l’Église de ce qu’ils pensaient être de l’hérésie. C’était une sorte de ‘lignée du sang’ d’authenticité. Cela permettait aussi à l’Église de raconter des histoires inspirantes sur les saints du passé ; un peu comme ces gens qui ont été inspirés par leurs ancêtres à vivre de meilleures vies.

Tout comme le cas de la découverte de la lignée de notre généalogie humaine, cette obsession avec la succession apostolique entraine ses propres problèmes. Tout d’abord, il est assez difficile d’établir cette lignée à travers les générations jusqu’au Christ. Deuxièmement, les gens parfois se vantent de la vie de leurs ancêtres en n’accomplissant pas grand-chose d’eux-mêmes. Descendre d’Einstein ne fait pas de vous un scientifique vainqueur du prix Nobel. Descendre du Duc de Rutland ne m’a pas fait Duc ! Se réclamer de la succession apostolique ne fait pas en soi de vous un bon chrétien. Bien sûr, c’est fascinant de voir d’où nous venons, mais cet intérêt ne devrait jamais faire de l’ombre à notre responsabilité de tirer le maximum de la vie que Dieu nous a confiée. Nos ancêtres peuvent être intéressants ou même impressionnants, mais c’est notre devoir de toucher la vie des autres non à travers le prestige de notre lignée ou de nos traditions, mais à travers la compassion et l’amour que Dieu fait jaillir sur nous à travers le Christ.

Dans notre lecture de l’Évangile, nous avons entendu parler de l’appel des tout premiers disciples du Christ, Philippe et Nathanaël. Les petits détails de cet appel révèlent beaucoup. Ils ouvrent nos yeux à la vraie identité du Christ en tant que la Parole faite chair, et ils préfigurent le type de ministère que Jésus exercera. Quelque chose de bon est sorti de ce que Nathanaël considérait comme le coin rural et reculé de Nazareth. Quelque chose de si extraordinaire que ceux qui peuvent le reconnaître verrons l’amour de Dieu jaillir du ciel et retourner vers celui-ci sous forme d’anges qui montent du et descendent sur le Fils de l’Homme. La façon dont le Christ nous appelle est différentes pour chacun de nous. Parfois ces histoires sont soudaines et spectaculaires. Parfois elles sont lentes et calmement belles. Mais ce que nous pouvons affirmer est que nous ne recevons jamais l’appel de Dieu dans le vide. Il est profondément personnel et intime, parce qu’il coule d’un Dieu personnel. Il n’est jamais abstrait ou conceptuel. Il ne rayonne jamais de nulle part comme une invasion extra-terrestre. Il est planté dans nos circonstance : dans nos vies de famille, nos emplois, nos amitiés et nos histoires personnelles. Et une fois que cet appel arrive – comme cela nous est arrivé à New-York – une communauté du corps du Christ s’y crée autour. Nous ne sommes pas simplement appelés en tant qu’individus. Nous sommes appelés à partager dans une vie d’amour avec les autres qui ont entendu cet appel. Nous sommes appelés à faire passer cet amour.

C’est ce que nous faisons maintenant. Nous avons été appelés à faire passer ce que Philippe et Nathanaël et leurs successeurs nous ont fait passer. Dans notre propre génération nous croyons, nous vivons et nous proclamons ce que nous avons reçu. En tant que communauté nous prêchons la bonne Nouvelle de l’amour sauvant de Dieu, nous baptisons les autres, nous les marrions et nous les recommandons à Dieu lorsqu’ils sont enterrés. Nous les accompagnons à travers les pandémies et les insécurités politiques. Nous œuvrons afin de soulager les besoins des exilés, des pauvres, et de ceux qui souffrent. Nous sommes le visage du Christ dans notre propre génération ; et le Christ n’a d’autres mains que les nôtres. Que Dieu affermisse ces mains et nous accorde le courage à notre tour de proclamer l’amour de Dieu pour notre monde brisé.

NJM Ver. Fr. FS