Sermon – Pentecost +9

Pentecost 9

11th August 2019

Genesis 15:1-6  Hebrews 11:1-16  Luke 12:32-40

Nobody really knows who the author of the book of Hebrews was. It was certainly not Paul; the book dates from a later period, and its main purpose is to inform the Christian communities all over the Greco-Roman world of their Hebrew origins. After exhorting his readers to remember the example of some of the greatest figures in the Old Testament from Adam to Abraham, the author of the book of Hebrews writes one of the most haunting phrases in the whole of the Bible: “These all died in faith, not having received what was promised, but having seen it and greeted it from afar, and having acknowledged that they were strangers and exiles on the earth.” (Hebrews 11:13) He seems to capture the essence of what it means to experience a sense of alienation from one’s surroundings; a certain rootlessness and longing which is part and parcel of our experience in a fragmented and changing world.

I suppose that this sense of rootlessness is most palpable in the world’s great airports. Nobody knows anyone else; everyone is uprooted and in transit, bound together only by the common experience of being en route to somewhere else.  Those great figures mentioned by the author of Hebrews are also bound together by the fact that their lives all featured a journey that for each one of them was uprooting and frightening. Adam and Eve were banished from paradise; Enoch was taken to heaven in a fiery chariot; Noah was tossed about on the waters of the flood, and God commanded Abraham to leave Ur and embark on a journey whose final destination was yet to be revealed to him. The Book of Hebrews is full of such references to travelers, strangers and exiles. Indeed, one of its most famous verses concerns exactly this theme: “Remember to show hospitality, there are some who by so doing have entertained angels unawares.”  (Hebrews 13:2) Perhaps the author has such a strong feeling for the nature of exile because he was writing his letter to the worldwide Hebrew – Christian church, scattered as it was throughout the Roman Empire. Those communities were bound together not because they all lived in the same town, but because scattered as they were, they shared a common story: the story of Jesus of Nazareth.

His emphasis on the nature of exile and strangeness is tempered by a strong sense of belonging which runs through the Book of Hebrews. Though we are all strangers and exiles, we are also bound together by our kinship in Christ. This was not an empty sense of camaraderie based on sentiment alone. Christians at that time were bound together because they were all misunderstood by their neighbors, and even persecuted by the authorities. They possessed secret codes and symbols by which they could recognize one another, such as the sign of the fish or the cross. Perhaps today we have lost some of the sense of urgency that they possessed. Very often when we speak of the worldwide Christian family we do so with a certain complacency. Our warm feelings are often based on nothing more than a common interest in a sub-culture of like-minded people; whether we are Episcopalians, Catholics or Reformed. Our sense of belonging and our common story told through Jesus of Nazareth demands more of us than that; and it will sometimes be painful if our relationships with each other are to deepen and grow.

But the Book of Hebrews knows nothing of this easy camaraderie. There is something about being a stranger and an exile which is disturbing and difficult. How much do we truly know about each other, about the new countries or towns where we have been transplanted, about God or about ourselves? Our estrangement from God and from each other runs very deep. We are constantly making wrong judgments and needing to mend our errors. We can never fully know the mind of another person by analyzing them and processing the information which we think we’ve gathered. We are forever in movement, greeting each other from afar, just as the heroes of the Old Testament mentioned in the Book of Hebrews stumbled towards the light which they knew would one day be within their reach.

There is another important aspect to this business of being a traveler, a stranger or an exile. We are constantly in the position of being a guest. Imagine being a guest in someone else’s home. You will be as careful as you can to show your gratitude for their hospitality by respecting their home and treating it with care. The book of Hebrews sees the earth as our ‘exile’ home. Whatever we think of this way of seeing things, it should urge us to treat our planet with all the care and respect with which a guest would treat their host’s belongings. The earth is not ours to despoil.

If we are to take our Christian vocation seriously, every one of us has to embark on the journey of faith and love which Jesus began for us, for “faith gives substance to our hopes, and makes us certain of realities which we do not yet see.”

NJM

 

Neuvième dimanche après la Pentecôte                                                                  le 11 août 2019

Personne ne sait vraiment qui était l’auteur de l’Épitre aux Hébreux. Ce n’était certainement pas Paul ; L’Épitre date d’une période ultérieure et son objectif principal est d’informer les communautés chrétiennes du monde gréco-romain de leurs origines hébraïques. Après avoir exhorté ses lecteurs à se souvenir de l’exemple de certains des plus grands personnages de l’Ancien Testament, d’Adam à Abraham, l’auteur de l’Épitre aux Hébreux écrit l’une des phrases les plus obsédantes de la Bible : « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir reçu les biens promis, mais ils les ont vus et salués de loin, et ils ont reconnu qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » (Hébreux 11:13). Il semble capturer l’essence de ce que signifie de faire l’expérience d’un sentiment d’aliénation dans son environnement ; un certain déracinement et un désir ardent qui font partie intégrante de notre expérience dans un monde fragmenté et en mutation.

Je suppose que ce sentiment de déracinement est le plus manifeste dans les grands aéroports du monde. Personne ne connaît personne ; tout le monde est déraciné et en transit, liés uniquement par l’expérience commune d’être en route vers un autre lieu. Ces grands personnages mentionnés par l’auteur de l’Épitre aux Hébreux sont également liées par le fait que chacune de leurs vies a été marquée par un voyage déracinant et effrayant. Adam et Eve ont été bannis du paradis ; Hénoch a été emmené au ciel dans un char de feu ; Noé a été ballotté sur les eaux du déluge et Dieu a ordonné à Abraham de quitter Ur et de se lancer dans un voyage dont la destination finale devait encore lui être révélée. L’Épitre aux Hébreux regorge de ce type de références aux voyageurs, aux étrangers et aux exilés. En effet, l’un de ses verset les plus célèbres concerne précisément ce thème : « N’oubliez pas l’hospitalité, car en l’exerçant certains ont sans le savoir logé des anges. » (Hébreux 13: 2). Peut-être que l’auteur avait un sens aussi aigu de la nature de l’exil parce qu’il écrivait son Épitre à l’intention de l’église mondiale hébraïque-chrétienne, dispersée dans l’Empire romain. Ces communautés étaient liées non pas parce qu’elles vivaient dans la même ville, mais parce qu’autant qu’elles étaient dispersées, elles partageaient une histoire commune : l’histoire de Jésus de Nazareth.

Son accent sur la nature de l’exil et de l’étrangeté est tempéré par un fort sentiment d’appartenance qui traverse l’Épitre aux Hébreux. Bien que nous soyons tous des étrangers et des exilés, nous sommes également liés par notre parenté en Christ. Ce n’était pas un sentiment de camaraderie vide fondé sur le seul sentiment. Les chrétiens de cette époque étaient liés parce qu’ils avaient tous été mal compris par leurs voisins et même persécutés par les autorités. Ils possédaient des codes secrets et des symboles grâce auxquels ils pouvaient se reconnaître, tels que le signe du poisson ou la croix. Peut-être avons-nous aujourd’hui perdu une partie de leur sentiment d’urgence. Très souvent, lorsque nous parlons de la famille chrétienne mondiale, nous le faisons avec une certaine complaisance. Nos sentiments chaleureux ne sont souvent basés que sur un intérêt commun dans une sous-culture de personnes partageant les mêmes idées ; que nous soyons épiscopaliens, catholiques ou réformés. Notre sentiment d’appartenance et notre histoire commune racontée par Jésus de Nazareth nous demandent plus que cela ; et cela sera parfois douloureux si nous voulons que nos liens communs s’approfondissent et se développent.

Mais l’Épitre aux Hébreux ne connait absolument pas cette camaraderie facile. Être étranger et exilé a quelque chose de perturbant et de difficile. Que savons-nous vraiment l’un de l’autre, des nouveaux pays ou villes où nous avons été transplantés, de Dieu ou de nous-mêmes ? Notre éloignement de Dieu et les uns des autres est très profond. Nous faisons constamment des erreurs de jugement et avons besoin de réparer nos erreurs. Nous ne pourrons jamais connaître complètement l’esprit d’une autre personne en l’analysant et en traitant les informations que nous pensons avoir recueillies. Nous sommes toujours en mouvement, nous saluant les uns les autres de loin, tout comme les héros de l’Ancien Testament mentionnés dans l’Épitre aux Hébreux se sont dirigés en trébuchant vers la lumière, lumière qu’ils savaient serait un jour à leur portée.

Il y a un autre aspect important dans le fait d’être un voyageur, un étranger ou un exilé. Nous sommes constamment en position d’invités. Imaginez être un invité chez quelqu’un d’autre. Vous ferez tout votre possible pour exprimer votre gratitude pour leur hospitalité en respectant leur domicile et en traitant celui-ci avec soin. L’Épitre aux Hébreux considère la Terre comme notre maison d’exil. Quoi que nous pensions de cette façon de voir les choses, cela devrait nous inciter à traiter notre planète avec tout le soin et le respect avec lesquels un invité traiterait les possessions de son hôte. Il ne nous appartient pas de piller la Terre.

Si nous voulons prendre notre vocation chrétienne au sérieux, chacun d’entre nous doit s’engager dans le chemin de la foi et de l’amour que Jésus a commencé pour nous, car « la foi, c’est la ferme assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas. »

NJM Ver. Fr. FS

Pentecost +8 – Sermon

Eighth Sunday after Pentecost

August 4, 2019

Hosea 11:1-11 Colossians 3:1-11 Luke 12:13-21

Jesus’ parable of the rich fool which we heard in our Gospel reading this morning is the only one of the parables in the New Testament where God himself has a speaking role. Of course, God appears in the other parables – often disguised as a landowner or a farmer. But in no other parable does God appear as simply himself. In this parable, God says to the rich man: “Fool! This night your soul is required of you; and the things you have prepared, whose will they be?”

God’s intervention is all the more striking because up to this point in the story we have only heard from the rich man. We do not hear from his wife, his sons, the people who work in his fields or his neighbors. The rich man is in a closed little world of his own. He carries on conversations with himself: “What shall I do, for I have nowhere to store my crops?” He even has a conversation with his own soul: “Soul, you have ample goods laid up for many years; take your ease, eat, drink, be merry.” It is clear that the man’s wealth has given him a sense of complete security. He is the beginning and end of his own world. He can write his own story just as he pleases. In a few lines, Jesus gives us a picture of an egocentric and arrogant businessman who has no time for anyone or anything else. He believes himself to be the master of his own destiny; until God breaks into the story and brings the foolish man’s plans to nothing.

Since the terrible recession of 2008, the gap between the rich and poor has only grown greater. A report was recently published that stated that four out of five people in America will experience economic insecurity or poverty in their lifetimes. The wider the gap grows, the harder it becomes for each side to understand the other. The comfortably rich give us the impression that they “deserve” their riches, and that the poor are poor because they are lazy. The poor give us the impression that they envy the rich and are inclined to believe that rich people have succeeded because they are dishonest. But this parable isn’t really about wealth in itself. It is about our attitudes towards what we have. St. John Cassian (360-435) was head of a monastery in Marseilles in France. He made the astute observation that monks who had renounced great fortunes before entering a monastery often became the most angry over a lost book or a misplaced coin. He told the brothers under his care that the possession of money wasn’t the ultimate problem. What mattered most was one’s own attitude, desires and disposition. Greed arises from a perception of scarcity; a perception which is driven by anxiety and fear. Our fear blinds us to the abundance of what we have.

So, in what ways do our attitudes or behaviors resemble that of the rich fool? Are we so proud of the money we make that we believe that we deserve it more than others? The rich fool’s money was given to him – you remember that he became rich because of a good harvest. Things might have been very different had God sent a drought. Everything we have, we have been given by a generous and loving God. We are stewards, not lords.

The poor and the destitute do not need reminding that they are dependent on others, and hence only one step away from ruin. Only the comfortable and the rich need reminding that they cannot live in a world of their own. The seduction of wealth is easily explained. Wealth gives you the illusion that you have sole control over your own life. The illusion lies in the idea that we can possess money or houses or celebrity. It therefore comes as a shock to us to know that it is God who writes our story, and not us. We can possess nothing – God possesses us. Death makes nonsense of any other possession. Our only real security is the security that comes from trusting God. Death makes nonsense of any other security.

Finally, Jesus’ parable reminds us that we must use what we have generously. God’s question at the end of the parable makes this clear: “The things you have prepared, whose will they be?” We have an opportunity to answer that question for ourselves in the here and now. The way to real life, in all its fullness, lies in giving things away and not hoarding them for a future over which we have no control. “This night your soul is required of you!” God’s solemn pronouncement to the rich fool reminds us once for all that God is writing our story, and if we trust him with the task, the most exciting chapter of that story is still to be written.

NJM

 

Huitième dimanche après la Pentecôte                                                                           4 août 2019

De toutes les paraboles du Nouveau Testament, la parabole du riche insensé est la seule dans laquelle Dieu apparaît sous sa propre forme et prend la parole. Bien sûr Dieu apparaît aussi dans les autres paraboles – souvent sous la forme d’un fermier ou d’un propriétaire terrien. Mais nulle part ailleurs n’apparaît-il sous sa propre forme. Et là, il interpelle le propriétaire directement : « Homme insensé ! » gronde-t-il, « cette nuit même tu cesseras de vivre. Et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? »

L’intervention directe de Dieu est d’autant plus dramatique que sa voix se fait entendre au moment même où l’homme riche en a terminé avec ses propres délibérations. On dirait que ce personnage n’a ni femme, ni enfants, ni travailleurs dans ses champs, ni voisins. Il habite dans un monde fermé, qui n’appartient qu’à lui. Il ne parle à personne d’autre qu’à lui-même : « Que vais-je faire ? » se dit-il. « La place me manque pour protéger mes multiples récoltes. » Et le voilà aussi qui parle avec son âme : « Mon âme, » dit-il « Ce que tu as récolté te suffira pour bien des années encore. Repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. » Il est évident que sa richesse lui donne un sens de sécurité totale. Il est le début et la fin de son propre monde. Il peut écrire sa propre histoire selon son désir. En quelques lignes Jésus nous dépeint un homme égocentrique et arrogant qui ne doute pas un seul moment qu’il est le centre du monde. Il s’estime être maître de son propre destin et ceci jusqu’au moment où Dieu intervient pour réduire à néant tous les plans que l’insensé avait si fièrement élaborés.

Depuis la terrible récession de 2008, l’écart entre riches et pauvres n’a fait qu’augmenter. On a récemment publié un rapport démontrant que quatre personnes sur cinq aux États-Unis ressentiront durant leur vie une insécurité économique et même deviendront pauvres. Plus l’écart augmente entre les personnes, plus il leur est difficile de comprendre ceux de l’autre côté. Les riches confortables donnent l’impression qu’ils ont mérité leurs richesses et que les pauvres sont pauvres car ils sont paresseux. Les pauvres donnent l’impression qu’ils envient les riches et ont tendance à penser que ceux-là ne sont devenus riches que grâce à leur malhonnêteté. Mais cette parabole n’est pas vraiment au sujet de la richesse. Il s’agit plutôt de notre attitude envers elle. Saint Jean Cassien (360-435) était à la tête d’un monastère à Marseille en France. Il remarqua avec perspicacité que les moines qui avaient renoncé à de grandes fortunes avant d’entrer dans un monastère étaient souvent ceux qui devenaient le plus exaspérés au sujet de la perte d’un livre ou d’une pièce de monnaie. Il dit aux frères sous ses ordres que l’argent n’était pas le vrai problème. Ce qui comptait le plus était notre propre attitude, nos désirs et notre inclination. La cupidité vient d’une sensation de manque ; cette sensation est amenée par l’anxiété et la peur. Notre peur nous rend aveugle à l’abondance qui nous entoure.

Ainsi, de quelle façon nos attitudes ou nos comportements rappellent-ils ceux du riche insensé ? Sommes-nous si fiers de l’argent que nous gagnons que nous nous considérons comme étant plus méritants que les autres ? Le fermier devait sa richesse à des bonnes récoltes. Les choses se seraient sans doute passées différemment si Dieu lui avait envoyé la sécheresse. Ce qui équivaut à dire que tout ce que nous possédons nous a été accordé par un Dieu rempli d’amour et de générosité. Nous ne sommes, après tout, que des gardiens ; nous ne sommes pas des seigneurs.

Il ne convient pas de rappeler à ceux qui sont pauvres et sans ressources que leur vie dépend de la générosité des autres, et que la ruine les attend à chaque pas. Il n’y a que les gens confortables et riches qui ont besoin d’être mis en garde contre le fait de vivre dans un monde à part. La séduction de la richesse s’explique facilement. La richesse nous donne l’illusion de posséder les moyens de contrôler notre propre vie. L’illusion consiste à croire qu’il est possible de posséder l’argent, les terres, ou la célébrité. Nous oublions que c’est Dieu et nul autre qui est en train d’écrire notre histoire. Nous ne possédons rien, pour la seule raison que c’est Dieu qui nous possède. La mort fait feu de toute autre possession. Notre seule sécurité provient de notre confiance en Dieu. La mort fait feu de toute autre sécurité.

Finalement, la parabole de Jésus nous rappelle que nous devons utiliser nos ressources pour le bien des autres. La question que Dieu pose à l’homme insensé souligne ce fait : « A qui donc iront toutes tes possessions ? » Le moment présent est parfaitement indiqué pour nous aider à formuler la réponse. Le chemin qui conduit à une vie pleine consiste à partager nos biens, au lieu de les garder pour nous-mêmes afin de faire face à un futur que nous ne pouvons contrôler. « Cette nuit même on te demandera ton âme ! » Ces paroles de Dieu nous rappellent une fois pour toutes que c’est lui qui écrit l’histoire de notre vie et que si nous lui faisons confiance pour cette tâche, nous sommes assurés que le chapitre le plus merveilleux de notre histoire est sur le point d’être écrit.

NJM Ver. Fr. FS

 

 

Sermon – Pentecost +7 – Afrique Fête

Afrique fête

July 28, 2019

Hosea 1 :2-10    Colossians 2 :6-19     Luke 11 :1-13

 

When I studied the history and language of ancient Egypt I spent three months in the guest house of Anglican cathedral of All Saints on the island of Zamalek in Cairo.  There was a beautiful little garden attached to the guest house, at the center of which was a stone slab engraved with a verse from Hosea, today’s prophet from the Hebrew scriptures:  “Out of Egypt I called my Son.”  Hosea was referring to the time the Israelites spent in Egypt before their journey to the promised land, but Christians have often understood this verse as a prophetic foretelling of the flight of the Holy Family into Egypt to escape the wrath of King Herod, as told in Matthew’s Gospel. When I read that inscription in Cairo, I remember thinking that according to the Bible (and as far as we know) during Jesus’ lifetime he visited only two continents: Asia and Africa. He once thought of Africa as home.

Hosea is a strange and rather complicated prophet. Generally speaking, God gave the prophets a message to deliver in prose or in poetry. Sometimes (as was particularly the case for Ezekiel), they were to deliver that message using gestures or visual-aids. But in this story, God goes one step further. God asks Hosea to live out what God is feeling and how God experiences us in relationship by asking Hosea to marry an unfaithful prostitute and have three children with her. Hosea was to become a living story. His life from that point was an incarnation of God’s relationship with the people of Israel. Hosea was to live out God’s story in the conditions of his own life.  The story isn’t a happy one. They have three children with dismal names, reflecting the impending end of the northern kingdom of Israel. And yet (just like God’s faithfulness to the people), Hosea was to remain faithful to his wife, even if she wasn’t faithful to him.

There is another interesting aspect to this story. Hosea’s marriage difficulties are not told entirely in his own words. He lived at a time when there were two nations of Hebrew peoples – the nation of Israel to the north (powerful and successful) and the nation of Judah to the south (weak and poor, centered on Jerusalem its capital). Hosea was a prophet in the northern Kingdom of Israel, and after the destruction of that kingdom by the Assyrians, his story was taken over and by their rivals: the southern kingdom of Judah. The poor south got to tell the story of the rich north, and in retelling the story they often exaggerated their northern neighbors’  iniquities to make themselves look better; just like the rich north tells the story of the poor south.

So Hosea is a mixture: of the prophet incarnating God’s experience with Israel, and of Judah retelling that story for their own purposes. Every day we are surrounded by people telling different stories, but we don’t often reflect on the motives of those who tell them, and why they tell those stories in the way they do. We read and hear them when people advertise products to us. We hear them when our politicians or newscasters present what is happening in our national life and in the world. We hear the stories of our families, our friends, our neighbors and our co-workers. We know each other through the stories we tell. So we must listen carefully.

The wealthy north often tells stories about Africa. Those stories are shaped by a colonial past. They often have war, refugees, hunger, disease, natural disaster or political oppression as their themes. So much of our knowledge of Africa comes to us from the skewed and biased mouths of those who have never even set foot on the continent. This is only a tiny part of the picture, and it certainly doesn’t tell us of the Africa that so many of us know and love. Do we ever really listen to how the peoples of Africa are telling the story of the wealthy north? Our Afrique Fête calls us to listen closely to the stories that our brothers and sisters are telling us, to rejoice with them when we can, and to cry with them when we must. We know each other through the stories we tell. So we must listen carefully.

I suppose that most of us believe that Jesus came to ‘tell us about God’; to introduce another story of death and resurrection into our understanding of who we are and where we are going. But God does not work in such a one-sided way. Jesus came to hear our story too. And he was no passive listener. He came not just to hear our story, like a diagnostician figuring out our illness. Jesus came to live our story too, just like Hosea lived God’s story in Israel. Jesus was born among us, he ate, dreamed, slept, laughed, suffered and died with us. Take our Gospel reading for example. Is Jesus teaching us the best way to pray? Is it the advice of an expert? It is far more than that. When Jesus tells us to persist; when he tells us that God wants the best for us, he is speaking as someone who was often hungry, homeless, thirsty and tired. He suffered in the garden and on the cross. What he is giving us here isn’t a fail-safe prayer technique. He is telling us the story of how he learned to pray as one of us, as our brother and our fellow-pilgrim. We know God and we know Jesus through the stories we tell. So we must listen carefully.

Today is Joris’ last Sunday with us for now. We have been privileged to hear the stories that he has told, as he’s shared, laughed, eaten and sometimes cried with us too. And I know he also counts it a privilege to have heard some of our stories too. His presence with us these last two months has reminded us of some important questions. How far are we will to go in order to understand the story that others are telling us? Will we walk in their shoes? Are we willing to share their pain? Will we rejoice with them if things are going well? In the end there is only one Great Story in which every one of us features. It is the story of God’s faithful love, lived in all its fullness, and lived in flesh and blood by you and me and all of us. We are custodians of each other’s stories. So we must listen carefully. Cherish those stories and tell them to others with the same love.

NJM

 

Le septième dimanche après la Pentecote – Afrique fête                        Dimanche 28 juillet 2019

Quand j’étudiais l’histoire et les langues de l’Égypte Antique, j’ai passé 3 mois dans la maison d’hôte de la cathédrale anglicane All Saints sur l’ile de Zamālek au Caire. Il y avait un joli petit jardin rattaché à la maison d’hôte, et au centre s’y trouvait un bloc de pierre sur lequel était gravé un verset d’Osée, le prophète des écritures hébraïques d’aujourd’hui : « J’ai appelé mon fils à sortir d’Égypte. » Osée faisait référence au temps que les israélites ont passé en dehors de l’Égypte avant leur voyage vers la Terre Promise, mais les Chrétiens ont souvent compris ce verset comme une prophétie de la fuite de la Famille Sainte vers l’Égypte afin d’échapper au courroux du Roi Hérode, comme décrit dans l’Évangile de Matthieu. Quand j’ai lu cette inscription au Caire, je me souviens avoir pensé que selon la Bible (et pour autant que nous le sachions) Jésus durant sa vie n’a visité que deux continents. : L’Asie et l’Afrique. Il a considéré à une époque l’Afrique comme chez lui.

Osée est un prophète plutôt étrange et compliqué. De manière Générale, Dieu offrait à ses prophètes un message à délivrer sous forme de prose ou de poésie. Parfois (spécifiquement dans le cas d’Ézéchiel), ils devaient délivrer ce message en utilisant des gestes ou des supports visuels. Mais dans cette histoire, Dieu va encore plus loin. Dieu demande à Osée de vivre ce que Dieu ressent et comment Dieu ressent sa relation avec nous en demandant à Osée de se marier avec une prostituée infidèle et d’avoir trois enfants avec elle. Osée devait devenir une histoire vivante. Sa vie à partir de ce point était une incarnation de la relation que Dieu avait avec le peuple d’Israël. Osée devait vivre l’histoire de Dieu dans les conditions de sa propre vie. Cette histoire n’est pas joyeuse. Ils ont trois enfants aux noms lugubres, reflétant la fin imminente du royaume du nord d’Israël. Et pourtant (comme la loyauté de Dieu envers le peuple), Osée devait rester fidèle à sa femme, même si elle lui était infidèle.

Il y a un autre aspect intéressant dans cette histoire. Les difficultés maritales d’Osée ne sont pas racontées dans leur intégralité et de ses propres mots. Il vivait à une époque où il y avait deux nations de peuples hébreux – la nation d’Israël au nord (puissante et accomplie), et la nation de Judée au sud (faible et pauvre, centrée sur Jérusalem, sa capitale). Osée était un prophète du royaume du nord d’Israël, et après la destruction de ce royaume par les assyriens, son histoire a été récupérée par leurs rivaux : le royaume du sud de la Judée. Le sud pauvre a pu raconter l’histoire du nord riche, et parfois ils exagéraient les iniquités de leurs voisins au nord pour se montrer sous un meilleur jour ; tout comme le nord riche raconte l’histoire du sud pauvre.

Ainsi, Osée est un mélange: du prophète incarnant l’expérience de Dieu avec Israël et de la Judée racontant cette histoire à leurs propres fins. Nous sommes entourés tous les jours par des gens qui racontent différentes histoires, mais nous ne réfléchissons pas souvent aux motivations de ceux qui les racontent, ou pourquoi ils racontent ces histoires de la façon dont ils les racontent. Nous les lisons et les entendons quand les gens nous font la promotion d’un produit. Nous les entendons quand nos politiciens ou journalistes présentent ce qu’il se passe dans notre vie nationale ou dans le monde. Nous entendons les histoires de nos familles, de nos amis, de nos voisins et de nos collègues. Nous nous connaissons à travers les histoires que nous racontons. Nous devons donc écouter attentivement.

Le nord riche raconte souvent des histoires de l’Afrique. Ces histoires sont mises en forme par un passé colonialiste. Leur thème tourne souvent autour de la guerre, les réfugiés, la famine, les maladies, les désastres naturels ou l’oppression politique. Tellement de notre connaissance de l’Afrique nous vient des bouches subjectives et biaisées de ceux qui n’y ont jamais même mis un pied. Ce n’est qu’un détail dans le tableau, et cela ne raconte surement pas l’histoire de l’Afrique que beaucoup d’entre nous connaissons et aimons. Écoutons-nous réellement comment les peuples d’Afrique racontent l’histoire du nord riche ? Notre célébration d’Afrique Fête nous appelle à écouter avec attention les histoires que nous racontent nos frères et sœurs, à nous réjouir avec eux quand nous le pouvons, et à pleurer avec eux quand nous le devons. Nous nous connaissons à travers les histoires que nous nous racontons. Alors nous devons nous écouter avec attention.

Je suppose que la plupart d’entre nous croient que Jésus est venu pour « nous parler de Dieu » ; pour introduire une autre histoire de mort et de résurrection dans notre compréhension de qui nous sommes et où nous allons. Mais Dieu n’œuvre pas de manière aussi unilatérale. Jésus est venu pour entendre notre histoire aussi. Et Jésus n’était pas un auditeur passif. Il n’est pas venu simplement pour entendre notre histoire, comme un médecin qui fait le diagnostic de notre maladie. Jésus est venu vivre notre histoire aussi, tout comme Osée a vécu l’histoire de Dieu en Israël. Jésus est né parmi nous, il a mangé, rêvé, dormi, ri, a souffert et est mort avec nous. Prenez notre lecture de l’Évangile par exemple. Jésus nous enseigne-t-il le meilleur moyen de prier ? Est-ce l’avis d’un expert ? C’est beaucoup plus que ça. Quand Jésus nous dit de persister ; quand il nous dit que Dieu veut le meilleur pour nous, il parle comme quelqu’un qui avait souvent faim, sans abri, assoiffé et fatigué. Il a souffert dans le jardin et sur la croix. Ce qu’il nous donne ici n’est pas une technique de prière sans faille. Il nous raconte comment il a appris à prier comme l’un de nous, comme notre frère et notre compagnon dans le pèlerinage. Nous connaissons Dieu et nous connaissons Jésus à travers les histoires que nous racontons. Nous devons donc écouter attentivement.

C’est aujourd’hui notre dernier dimanche avec Joris. Nous avons eu le privilège d’entendre les histoires qu’il a racontées. Il a partagé, ri, mangé et parfois même pleuré avec nous. Et je sais qu’il considère également comme un privilège d’avoir entendu certaines de nos histoires. Sa présence parmi nous ces deux derniers mois nous a rappelé certaines questions importantes. Jusqu’où allons-nous aller pour comprendre l’histoire que d’autres nous racontent ? Allons-nous nous mettre à leur place ? Sommes-nous disposés à partager leur douleur ? Allons-nous nous réjouir avec eux si tout va bien ? À la fin, il n’y a qu’une seule grande histoire dans laquelle chacun de nous figure. C’est l’histoire de l’amour fidèle de Dieu, vécue dans toute sa plénitude et vécue en chair et en os par vous et moi, et par nous tous. Nous sommes les gardiens de l’histoire de chacun. Nous devons donc écouter attentivement. Aimez ces histoires et racontez-les aux autres avec le même amour.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Pentecost VI 2019 – By Lynnaia Main

Sixth Sunday after Pentecost

Sunday, July 21st 2019

Amos 8:1-12 Colossians 1:15-28 Luke 10:38-42

Today’s Gospel reading from Luke contains a familiar story about Jesus, Martha and Mary. Jesus and his disciples are on the way to Bethany, and Jesus stops and is welcomed into the home of a woman named Martha. In those early days of Jesus’ teaching, women often hosted the budding communities of Jesus followers in their homes, not so differently to the “house churches” we have today. When Jesus arrives, Martha welcomes him and then resumes her many tasks. She doesn’t – perhaps can’t – focus on Jesus. Her sister, Mary, does the opposite. Mary sits down at Jesus’ feet to listen to what he is saying. Eventually, Martha comes out to Jesus and asks, “Lord, do you not care that my sister has left me to do all the work by myself? Tell her then to help me.” Jesus’ reaction is not to rush to help, or to suggest that maybe Mary first can help Martha and then come back to listen. No, Jesus rebukes Martha: “Martha, Martha, you are worried and distracted by many things; there is need of only one thing. Mary has chosen the better part, which will not be taken away from her.”

Why would Jesus want to give Martha this bad rap? She has just welcomed him into her home. Wouldn’t he realize that the host or hostess is usually busy taking care of the guests? Mary has the luxury of sitting at Jesus’ feet; Martha is doing the heavy lifting.

This is a classic scenario for anyone welcoming guests, as we clearly experienced last week for Bastille Day. Many people worked hard to throw open our doors to welcome and entertain our guests. There is a lot of shopping, cooking, serving and cleaning. Given the choice, many of us taking care of the guests might prefer to sit and listen to Jesus and would be relieved to stop worrying about our welcome tasks. Just think: No need to shop and prepare food the night before. No need to set out tables and chairs. No need to keep watch on the doors and our personal possessions. No need to serve the food or drink to our guests. No need to clean up. No need to do the dishes. No need to wipe the floors. No need to take out the trash. No need to do…any of it! If only we could just sit back on our laurels and hang on every word of Jesus, and not have to take care of ourselves, our families, our homes, our communities.

But the truth is, we need Martha. To run a home, to entertain guests, Martha is our heroine.  She could easily have been the patron saint of parish halls. She would know that to run Saint Esprit, stuff needs to get done. And she would be doing it. Our Rector, Hospitality team and volunteers will be relieved to know that the message today does not suggest that we sit back and relax during our big receptions. On the contrary: the more Martha’s we have, the better. And we also know that Jesus valued acts of service like those Martha might have been performing. He himself worked on the Sabbath and taught us to be servant leaders who wash the feet of the disciples.

How, then, does Jesus expect us to be like Mary? Let’s reflect on her role in this passage. When Jesus arrived, Mary stopped whatever she was doing, sat at the Lord’s feet and listened to what he was saying. In Jesus’ day, Mary’s sitting at his feet would reflect an oral learning tradition. In that moment, she was his student, his disciple. And so, Jesus seems to say, the only thing we really need to do is to sit – to press “pause” on our thoughts and our activity – and take in his message.

So how do we reconcile the roles of these two women, one in the act of service, the other in the act of learning? Is it possible to be disciples who sit at the feet of Jesus amid our work? One way, Jesus suggests, might be to simplify our tasks. In verse 42, he seems to say to Martha that a simple, unfussy meal, only one dish, is sufficient for hospitality.

Another way might be to practice spiritual disciplines as we perform our tasks. One person who modeled such an approach was Brother Lawrence, a layperson who lived in a Carmelite monastery in Paris in the mid-17th century. This poor, uneducated Frenchman was assigned to kitchen work. His tasks would have been the everyday, practical ones of food preparation, washing dishes, sweeping floors and the like. Much like we do at Saint Esprit. Yet despite his lack of formal education, he became renowned for his joyousness and wisdom. He attracted many visitors who came to seek his spiritual counsel.

One such visitor was a notable cleric, the Abbé Joseph de Beaufort, who compiled a book about Brother Lawrence, The Practice of the Presence of God, after his death. Through notes from conversations and letters written by Brother Lawrence, the book revealed his simple but profound practice of finding oneness with God amidst the everyday, Martha-like tasks such as washing the dishes:

Let it be your business to keep your mind in the presence of the Lord… think often on God, by day, by night, in your business, and even in your diversions. He is always near you and with you: leave him not alone. You would think it rude to leave a friend alone who came to visit you: why then must God be neglected? Do not then forget him, but think on him often, adore him continually, live and die with him; this is the glorious employment of a Christian. In a word, this is our profession, if we do not know it, we must learn it.

Being mindful that God is with us every day, every hour, in every activity, is reassuring as we pause, like Mary, in this quiet Sunday sandwiched between two of our biggest welcoming events at Saint Esprit. Brother Lawrence is a model that we can keep in mind next week to energize us for our tasks, as we prepare to be Martha’s again, for the Mary’s who need to come and sit with Jesus, among us. As we go about our jobs, we can infuse our most mundane tasks with new energy if we imagine them as a way of being close to God in that moment. Our tasks become tools to say “I love you” to Jesus.

What is God calling each of us to do today? To get busy like Martha? To stop and learn like Mary? To be more intentional in practicing the presence of God in the midst of it all, like Brother Lawrence? Only Jesus can teach you what he has to tell you. He seems to think it best for you to sit at his feet a while so you can listen to him better and without distraction. One thing is certain: in all the ways Jesus is calling us to practice the presence of God, God is with us always, in all we do. Amen.

LRM

 

Le sixième dimanche après la Pentecôte                                                                  le 21 juillet 2019

La lecture d’aujourd’hui, tirée de l’Évangile de Luc, contient une histoire familière sur Jésus, Marthe et Marie. Jésus et ses disciples sont en route pour Béthanie, et Jésus s’arrête et est accueilli chez une femme nommée Marthe. Dans l’ère primitive de l’enseignement de Jésus, les femmes accueillaient souvent chez elles les communautés bourgeonnantes des fidèles de Jésus, d’une façon assez similaire aux « house churches » (églises de maison) que nous connaissons aujourd’hui. Lorsque Jésus arrive, Marthe l’accueille, puis elle s’en retourne à ses nombreuses tâches. Elle ne se concentre pas – peut-être ne peut-elle pas – sur Jésus. Sa sœur, Marie, fait le contraire. Elle s’assoit aux pieds de Jésus pour écouter ce qu’il dit. Finalement, Marthe revient vers Jésus et demande, « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider. » La réaction de Jésus n’est pas de se précipiter pour l’aider, ou de suggérer que peut-être Marie pourrait d’abord aider Marthe puis revenir l’écouter. Non, Jésus réprimande Marthe : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. »

Pourquoi est-ce que Jésus voudrait donner cette mauvaise réputation à Marthe ? Elle vient de l’accueillir chez elle. Ne pourrait-il pas réaliser que l’hôte ou l’hôtesse est souvent occupé à prendre soin de ses invités ? Marie a la chance de s’asseoir tranquillement aux pieds de Jésus ; Marthe s’occupe des tâches les plus dures.

C’est un scénario classique pour quiconque reçoit des invités, comme nous en avons fait l’expérience dimanche dernier lors de la commémoration de la prise de la Bastille. Beaucoup de gens ont travaillé très dur pour ouvrir grand nos portes et accueillir ou divertir nos invités. Il y a beaucoup à faire ; des courses, la cuisine, servir et nettoyer. Si nous avions le choix, beaucoup d’entre nous qui s’occupent de nos invités préfèreraient s’asseoir et écouter Jésus et seraient soulagés de ne plus avoir à s’inquiéter de nos tâches d’accueil. Pensez-y : pas besoin de faire les courses ou de préparer les plats la nuit précédente. Pas besoin de mettre en place les tables et les chaises. Pas besoin de surveiller les portes ou de garder un œil sur nos biens personnels. Pas besoin de servir de la nourriture ou des boissons à nos invités. Pas besoin de nettoyer. Pas besoin de faire la vaisselle. Pas besoin de nettoyer le sol. Pas besoin de sortir les poubelles. Pas besoin de faire… quoi que ce soit ! Si seulement nous pouvions juste nous asseoir sur nos lauriers et nous suspendre aux lèvres de Jésus, ne pas avoir à nous occuper de nous-mêmes, de nos familles, de nos maisons, de nos communautés.

Mais en vérité, nous avons besoin de Marthe. Pour tenir une maison, pour divertir les invités, Marthe est notre héroïne. Elle aurait pu facilement être la Sainte Patronne de nos salles paroissiales. Elle saurait que pour faire fonctionner Saint-Esprit, les choses doivent être faites. Et elle les ferait. Notre Recteur, notre équipe d’hospitalité et nos volontaires seront soulagés de savoir que le message d’aujourd’hui ne suggère pas que nous nous asseyions et nous relaxions lors de nos grandes réceptions. Au contraire : plus nous avons de Marthes, mieux c’est. Et nous savons aussi que Jésus attachait de l’importance aux actes de service comme ceux que Marthe devait accomplir. Lui-même travaillait lors du sabbat et nous a appris à être les dirigeants servants qui nettoient les pieds des disciples.

Alors, de quelle façon Jésus veut-il que nous soyons comme Marie ? Réfléchissons sur son rôle dans ce passage. Lorsque Jésus arrive, Marie a interrompu tout ce qu’elle faisait, elle s’est assise aux pieds de Jésus, et elle a écouté ce qu’il disait. À l’époque de Jésus, le fait qu’elle s’asseye à ses pieds reflète la tradition de l’apprentissage oral. À cet instant, elle était son élève, son disciple. Et ainsi, Jésus semble dire, la seule chose que nous devons réellement faire est de nous asseoir – presser un bouton ‘pause’ sur nos pensées et nos activités – et recevoir son message.

Alors, comment réconcilions-nous le rôle de ces deux femmes ? L’une dans un acte de service, l’autre dans celui de l’apprentissage. Est-il possible d’être des disciples qui s’asseyent aux pieds de Jésus en plein milieu de notre travail ? Une façon de le faire, d’après Jésus, serait de simplifier nos tâches. Dans le vers 42, il semble dire à Marthe qu’un repas simple et sans fioriture, un seul plat, est suffisant pour l’hospitalité.

Une autre façon pourrait être de pratiquer la discipline spirituelle en même temps que nous accomplissons nos tâches. Une personne qui a développé ce type d’approche était Frère Laurent de la Résurrection, un laïc qui vivait dans un monastère carmélite à Paris au milieu du 17ème siècle. Ce pauvre français sans instruction avait été désigné aux tâches de cuisine. Ses tâches devaient être celles de tous les jours, la préparation des plats, la vaisselle, le nettoyage des sols etc. tout comme ce que nous faisons à Saint-Esprit. Pourtant, malgré son manque d’instruction formelle, il est devenu célèbre pour sa joie et sa sagesse. Il a attiré bien des visiteurs, venus chercher son conseil spirituel.

L’un de ses visiteurs était un ecclésiastique notable, l’abbé Joseph de Beaufort, qui a compilé un livre sur Frère Laurent de la Résurrection, La pratique de la présence de Dieu, après sa mort. À travers des notes prises durant leurs conversations et des lettres écrites par Frère Laurent, le livre révèle sa pratique simple mais profonde de trouver l’unité avec Dieu parmi les tâches de tous les jours, similaires à celles de Marthe, comme faire la vaisselle :

Que votre seul devoir soit de garder votre esprit dans la présence du Seigneur… pensez souvent à Dieu, de jour, de nuit, dans vos tâches, et même dans vos distractions. Il est toujours près de vous, et avec vous : ne le laissez pas seul. Vous trouveriez cela impoli de laisser seul un ami qui est venu vous rendre visite : alors pourquoi donc Dieu doit-il être négligé ? Ne l’oubliez pas alors, mais pensez à lui souvent, adorez le continuellement, vivez et mourrez avec lui ; c’est l’emploi glorieux d’un Chrétien. En un mot, c’est notre profession, si nous ne la connaissons pas, nous devons l’apprendre.

Etre attentifs au fait que Dieu est avec nous tous les jours, à toute heure, dans toutes les activités, est rassurant alors que nous faisons une pause, comme Marie, durant ce dimanche plus calme, en sandwich entre deux de nos plus grands évènements d’accueil à Saint-Esprit. Frère Laurent est un modèle que nous pouvons garder à l’esprit la semaine prochaine pour nous donner de l’énergie dans nos tâches, alors que nous nous préparons encore à être Marthe, pour les Maries qui ont besoin de venir et de s’asseoir avec Jésus, parmi nous. Alors que nous nous occupons de nos travaux, nous pouvons imprégner nos tâches les plus mondaines d’une nouvelle énergie si nous les imaginons comme une façon d’être près de Dieu à ce moment. Nos tâches deviennent des outils pour dire à Jésus : « je t’aime ».

Qu’est-ce que Dieu nous appelle tous à faire aujourd’hui ? À nous occuper comme Marthe ? À nous arrêter et à apprendre comme Marie ? À avoir plus d’intention dans notre pratique de la présence de Dieu au milieu de tout, comme Frère Laurent ? Seul Jésus peut vous communiquer ce qu’il a à vous dire. Il semble qu’il pense que c’est mieux pour vous de vous asseoir à ses pieds un petit peu pour que vous puissiez l’écouter mieux et sans distraction. Une chose est certaine : dans toutes les façons par lesquelles Jésus nous appelle à pratique la présence de Dieu, Dieu est avec nous pour toujours, dans tout ce que nous faisons. Amen.

LRM Ver. Fr. FS

Sermon – Bastille Day 2019, by Joris Bürmann

Fifth Sunday after Pentecost
Bastille Day
Sunday, July 14th 2019
Amos 7:7-17, Colossians 1:1-14, Luke 10:25-37

“Therefore let us celebrate the feast”

Bastille Day at St. Esprit is the biggest celebration of the year. Soon the church will be full of hundreds of people, a dense and animated crowd, diverse and tricolor. We will all have the opportunity to meet people we do not know, visitors or regulars. Whoever we are, and no matter how familiar we are with this place and this community, we come to celebrate this day. Bastille Day is for the French Church of St. Esprit, for the Episcopal Church that welcomes you, an incredible opportunity: I would even dare to say a revolutionary opportunity. Because in this festival, as in any celebration, we are redefining our identities and habits together. With the feast, as with the Revolution, we go beyond our limits, we make redefining who we are a possibility. We experience the unusual, the subversive, the communion, the re-creation beyond our national, ethnic, gendered or spiritual identities.

In 1789 the Parisians who stormed the Bastille initiated the questioning of the political system they knew; that of the Ancien Régime with its traditions and values. For us remembering this event today in the United States, as the church is going to be invaded by hundreds of new people and will soon be turned upside down, this is an opportunity to look closely at the borders, the boundaries , the walls of the church that rise to separate it from the street, from the city, from the “non-religious”. Will we celebrate today the taking of the Bastille or the “taking of St. Esprit”? Hospitality will make walls fall. The walls of the church, like those of any real or moral person, are built to jealously guard and control a given identity that one would like to retain. On Bastille Day, that Nigel with his British humor calls, “the storming of St. Esprit”, the church we know is stormed, its usual identity is disrupted. St. Esprit is taken because it gives itself entirely to New Yorkers, visitors, strangers. The church opens, it welcomes.

***

The text from the book of Amos we read is just as difficult to capture as a fortress. The meaning of the word translated by “étain” (tin) is difficult to fathom. It can have many meanings, which, I believe, are not mutually exclusive because the authors of the Hebrew Bible liked to play on words and offer multiple-choice readings. The word translated by “étain” (tin) in our reading refers to both a metal useful for war – a sign of power and wealth – but it can also mean “a plumb line”. A plumb line is the tool used by masons to build straight walls. It is an object of evangelical simplicity: the heaviness of a weight (made of lead) draws a thread towards the ground. Because of Earth’s gravity, the wire is always straight, defining an angle perpendicular to the ground. In fact, the “tin” or “plumb line” that Amos sees is a sign of the power of God, but it is also that power that allows Israel to be just, to stand upright, to stand up on its feet. By showing us a plumb line, God tells us about the relationship he wants to maintain with his people, because the plumb line is a strange tool: it directs but does not define, it guides but does not measure. What this plumb line shows us is that God does not judge us, does not measure us: he directs us. Like him, we are called not to measure, not to judge his creation and his creatures. On the contrary, what this plumb line shows us is the promise of construction. God wants to help us build people and communities that stand upright.

Building the Church with God’s plumb line invites us to rethink completely what the Church is or pretends to be. No, the Church is not this little chapel, no, the Church is not the dogma of a confession, it is not the limits of an idea, the idea that we build ourselves of God or of the Church: the Church is not measured. The Church is a mystery built with God; a stable mystery without ever being finished. The Church built along gospel lines does not show its extent. Even though the Church can’t be defined, each of us follows a guide, and God shows this guidance to us in the book of Amos. God sends down his plumb line, but all the work remains to be done, all the invention, all the creativity of architects and masons is to summoned. In fact, the walls that we build can be used for anything, they can encircle, lock up, but they can also build a home, offer a refuge. They can rejoice and gather prayers, they can be beautiful as the walls of the heavenly Jerusalem or those covered with street-art. They can protect the weak. Here is all that the walls we’re building can do. All the walls that we are building, all the walls that we are knocking down, the walls around the Bastille that the Revolutionaries have stormed, all the walls question us and ask us with each stone: “What are you knocking down? What are you building? ”

The image of the plumb line reminds us that nothing can be built without loving our incarnation, without loving our life on earth and the forces that unfold in it, as Christ showed us. The plumb line reminds us that it is not only Heaven that is at work when we live our life fully or when we build the Church. No, the line itself, without gravity, cannot produce a certain attraction. Nothing good can be built if we do not anchor our entire lives and bodies to Heaven. Nothing good can be built if our whole body does not cling from Heaven. The Gospel is  this union, this plumb line that makes it possible to build an upright world and to guide the common construction of the Church. In the Christian tradition the plumb line also takes the form that you see here: it is the Cross. The plumb line against which we can build the Church is the Cross. Like the plumb line, the Cross allows us to build the Church. Like the plumb line, its role is essential, permanent, but it is not what we build, otherwise we would also be tyrants. The whole Bible, the Christian traditions, the Cross, they are not idols. They are not our end or our goal, they are the tools of craftsmen of peace. In the Cross that rises, while being anchored to the ground, Heaven and humanity mingle, they love each other intimately. “I’m not an idea”, God tells us in the Cross. “I am a life, I am with you. I am not an idea, I am not laws. I lived, I felt, I suffered. I live, I feel, I suffer. I am your life.” That’s what God confides in us in the Cross. This is the lesson of the plumb line, from the thread of the Gospel that the Son of Man reveals and weaves every day for us.

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The vocation of the Church is not to adore its walls, its traditions, its dogmas, it is not to adore the Cross, no, but to build along the Gospel, along the Cross, on the side of the road, an asylum or an inn for all. The story of the Good Samaritan enjoins us to expand our congregation, to think of the Church beyond its borders and its symbols. A stranger, who is not part of the assembly of Israel – a Samaritan – comes to the aid of a wounded man. The priest and the Levite members of Israel pass well away from the unfortunate. The identities of this world give no right in the eyes of God, they confer no justice in themselves. To stand here in the front rather than back over there is of no importance. The parable of the Good Samaritan enjoins us to enlarge the Church, to enlarge all our denominations and our confessional, gendered, political or national identities. “Expand God,” said Diderot, the philosopher and thinker of the Enlightenment, the Enlightenment that led to the French Revolution. “Expand God” and you will expand the church, expand the church, and you will expand God. Expand God and the walls will fall. Expand God, and we will be together.

 

Joris Bürmann, En. Ver. FS

 

Cinquième dimanche après la Pentecôte        – Commémoration de la Révolution française,          le 14 juillet 2019

« Célébrons donc la fête »

Bastille Day à St. Esprit est la plus grande festivité de l’année. Bientôt l’église sera pleine de centaines de personnes, d’une foule dense et animée, diverse et tricolore. Nous aurons tous l’occasion de rencontrer des gens que nous ne connaissons pas, visiteurs ou habitués. Qui que nous soyons, et quelle que soit notre familiarité avec ces lieux et cette communauté nous venons célébrer la fête. Bastille Day est pour l’Église française du St. Esprit, pour l’Église épiscopale qui vous accueille, une chance inouïe, je dirais même, une chance révolutionnaire. Car dans cette fête comme dans toutes les fêtes nous redéfinissons tous ensemble nos identités et de nos habitudes. Par la fête, comme par la Révolution, nous outrepassons nos limites, nous rendons possible la redéfinition de ce que nous sommes. Nous expérimentons l’inhabituel, la subversion, la communion, la recréation par-delà nos identités nationales, ethniques, genrées ou spirituelles.

En 1789 les Parisiens qui ont pris la Bastille ont amorcé la remise en cause du système politique qu’ils connaissaient, celui de l’Ancien Régime avec ses traditions et ses valeurs.  Pour nous qui nous rappelons cet événement aujourd’hui aux États-Unis, alors que l’église va être envahie par des centaines de nouvelles personnes et sera bientôt sens dessus dessous, c’est l’occasion d’examiner les frontières, les limites, les murs de l’église qui s’élèvent pour la séparer de la rue, de la ville, du « non-religieux ». Fêterons-nous aujourd’hui la prise de la Bastille ou la « prise de St. Esprit » ? L’hospitalité fera tomber des murs. Les murs de l’église, comme ceux de toute personne réelle ou morale, sont construits pour garder jalousement et contrôler une identité donnée qu’on voudrait pouvoir retenir. Lors de Bastille Day que Nigel appelle avec son humour tout britannique, « the storming of St. Esprit ». L’église que nous connaissons est prise d’assaut, son identité habituelle est bouleversée. St. Esprit est prise d’assaut car elle se donne toute entière aux New-Yorkais, aux visiteurs, aux étrangers. L’église s’ouvre, elle accueille.

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Le texte tiré du livre d’Amos que nous avons lu, est aussi difficile à saisir qu’une forteresse. La signification du mot traduit par « étain » est difficilement pénétrable. Il peut avoir plusieurs sens, qui, je crois, ne s’excluent pas car les auteurs de la Bible hébraïque aimaient les jeux de mots et les lectures à choix multiples. Le mot traduit par « étain » dans notre lecture renvoie à la fois au métal utile à la guerre – signe de puissance et de richesse – mais il peut aussi vouloir dire « fil à plomb ». Un fil à plomb est l’outil qu’utilisent les maçons pour construire des murs droits. C’est un objet d’une simplicité évangélique : la pesanteur d’un poids (de plomb) tend un fil vers le sol. Du fait de la gravité terrestre, le fil est toujours droit, définissant un angle perpendiculaire au sol. De fait, « l’étain » ou « le fil à plomb » que voit Amos est un signe de la puissance de Dieu mais c’est aussi cette puissance qui permet à Israël d’être juste, de se tenir droit, de se tenir debout. En nous montrant un fil à plomb, Dieu nous parle de la relation qu’il veut entretenir avec son peuple car le fil à plomb est un étrange outil : il oriente mais ne définit pas, il guide mais ne mesure pas. Ce que nous montre ce fil à plomb, c’est que Dieu ne nous juge pas, ne nous mesure pas : il nous oriente. Comme lui, nous sommes appelés à ne pas mesurer, à ne pas juger sa création et ses créatures. Au contraire, ce que nous montre ce fil à plomb c’est la promesse d’une construction. Dieu veut nous aider à bâtir des hommes et des communautés qui tiennent debout.

Construire l’Église à l’aide du fil à plomb que Dieu donne nous invite à repenser de fond en comble ce que l’Eglise est ou prétend être. Non, l’Église ce n’est pas cette petite chapelle, non, l’Église ce n’est pas les dogmes d’une confession, ce n’est pas les limites d’une idée, l’idée que nous nous construisons de Dieu ou de l’Église : l’Église ne se mesure pas. L’Église est un mystère bâti avec Dieu ; un mystère stable, sans être jamais fini. L’Église qui se bâti au fil de l’Évangile, ne donne pas la mesure. Même si l’Église ne peut être définie, chacun de nous suit un guide, et ce guide Dieu nous le montre dans le livre d’Amos. Dieu fait descendre son fil à plomb et tout le travail reste à faire, toute l’invention, toute la créativité des architectes et des maçons sont convoquées. De fait, les murs que nous construisons peuvent servir à tout, ils peuvent encercler, enfermer, mais ils peuvent aussi construire une maison, offrir un asile. Ils peuvent réjouir et recueillir les prières, ils peuvent être beaux comme les murs de la Jérusalem céleste ou ceux recouvert de street-art. Ils peuvent protéger les faibles. Voilà tout ce que les murs que nous dressons peuvent faire. Tous les murs que nous bâtissons, tous les murs que nous abattons, les murs de la Bastille que les Révolutionnaires ont prise, tous les murs nous interrogent et nous demandent à chaque pierre : « Qu’abattez-vous ? Que bâtissez-vous ? »

L’image du fil à plomb nous rappelle que rien ne peut être construit sans aimer notre incarnation, sans aimer notre vie sur terre et les forces qui s’y déploient, comme Christ nous l’a montré. Le fil à plomb nous rappelle que ce n’est pas seulement le Ciel qui est à l’œuvre quand nous vivons pleinement notre vie ou que nous construisons l’Église. Non, le fil, de lui-même, sans l’attraction de la Terre, ne donne pas d’aplomb. Rien de bon ne peut être construit si nous n’accrochons pas au Ciel nos vies et nos corps tout entiers. Rien de bon ne peut être construit si tout notre corps ne s’accroche pas au Ciel. C’est cette union, ce fil de plomb de l’Évangile, qui permet de construire un monde droit et guider la construction commune de l’Église. Dans la tradition chrétienne le fil à plomb prend aussi la forme que vous voyez ici : c’est la Croix. Le fil à plomb contre lequel nous pouvons construire l’Église, c’est la Croix. Comme le fil à plomb, la Croix nous permet de bâtir l’Église. Comme le fil à plomb son rôle est essentiel, permanent, mais elle n’est pas ce que nous construisons, sans quoi nous serions aussi des tyrans. Toute la Bible, les traditions chrétiennes, la Croix ne sont pas des idoles. Elles ne sont pas notre fin ou notre objectif mais elles sont les outils des artisans de paix. Dans la Croix qui s’élève, tout en étant plantée en terre, le Ciel et l’humanité se mêlent, ils s’aiment intimement. « Je ne suis pas une idée. » nous dit Dieu par la Croix. « Je suis une vie, je suis avec vous. Je ne suis pas une idée, je ne suis pas des lois. J’ai vécu, j’ai senti, j’ai souffert. Je vis, je sens, je souffre. Je suis votre vie. » Voilà ce que Dieu nous confie avec la Croix. Voilà la leçon du fil à plomb, du fil de l’Évangile que le Fils de l’Homme révèle et tisse tous les jours pour nous.

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La vocation de l’Église ce n’est pas d’adorer ses murs, ses traditions, ses dogmes, ce n’est pas d’adorer la Croix, non, mais de construire le long de l’Évangile, le long de la Croix, au bord de la route, un asile ou une auberge pour tous. L’histoire du bon Samaritain nous enjoint à élargir notre assemblée, à penser l’Église au-delà de ses frontières et de ses symboles. Un homme étranger, qui ne fait pas partie de l’assemblée d’Israël – un Samaritain – vient au secours d’un homme blessé. Le prêtre et le lévite membres d’Israël eux passent à bonne distance du malheureux. Les identités de ce monde ne donnent aucun droit aux yeux de Dieu, elles ne confèrent aucune justice en elles-mêmes. Se tenir ici devant plutôt que là-bas au fond, n’a aucune importance. La parabole du bon Samaritain nous enjoint à l’élargir l’Église, à élargir toutes nos appartenances et nos identités confessionnelles, genrées, politiques ou nationales. « Élargissez Dieu », disait Diderot, le philosophe et penseur des Lumières, ces Lumières qui ont conduit à la Révolution française. « Élargissez Dieu » et vous élargirez l’Église, élargissez l’Église et vous élargirez Dieu. Élargissez Dieu et les murs tomberont. Élargissez Dieu, et nous serons ensemble.

Joris Bürmann