Sermon – Pentecost IV

Tutti Frutti Christi  – Le quatrième dimanche après la Pentecôte                                       le 28 juin 2020

Une des choses les plus difficiles quand on écrit un sermon et qu’on est un baby preacher comme moi, c’est de ne pas se laisser tenter par les fruits les plus accessibles. C’est plus facile à dire qu’à faire. Je vois des idées, beaucoup d’idées qui ont mûri ici et là. J’en prends une par ci, une par-là, deux par ci, trois par-là, et finalement je ne peux plus ramener mon gros panier à l’église !

C’est un défaut très humain d’aimer les fruits, nous sommes fascinés par eux : nous voulons les plus belles pommes, les plus belles actions, les meilleurs enfants, les meilleurs partenaires, les meilleurs productions et tutti quanti. Nous sommes juste au début de l’été et les arbres sont sur le point de porter des fruits. Que de tentations en vue ! D’ailleurs dans deux des textes sur lesquels nous méditons ce matin, la ligature d’Isaac (Aqedah dans la tradition juive), ainsi que la lettre de Paul aux Romains, il est aussi question de fruits. Souvent nous voulons aller « droit au fruit », sans nous soucier vraiment s’il est bien mûr, de quel arbre il vient, ou si le fruit que nous convoitons nous est défendu. L’eau à la bouche nous nous fichons pas mal du moment opportun, ou de contempler les raisons de notre désir pour ce fruit, ou encore de savoir si notre cueillette va léser quelqu’un d’autre, et parfois nous-mêmes. Nous voulons souvent des choses, des personnes, Dieu, en sautant par-dessus l’attente et le mystère.

 Beaucoup des problèmes d’interprétation qui surgissent du texte de la ligature d’Isaac vient du fait qu’on le cueille trop tôt. On veut le saisir tels que nous le voulons. On va droit au fruit, on se fiche de l’arbre, du soleil qui le mûrit. On cherche à le cueillir et l’attraper. Et, tout proche du fruit, on trouve bientôt le serpent qui nous dit toujours qu’on a le droit d’aller droit au but.

Les lectures modernes de l’histoire d’Isaac et Abraham sont de bons exemples de ces fruits faciles. On limite par exemple la lecture de ce texte à une approche historique, psychologique, ou politique.

On en fait un texte sur les sacrifices humains, sur le fanatisme religieux, ou sur la maltraitance des enfants. Ce sont des questions que le texte pose en effet, mais il ne s’arrête pas là. En réduisant ce texte dans ces lectures on peut refuser de le lire. Avez-vous remarqué que ces conclusions ont toutes quelque chose de commun ? Elles n’ont que faire du contexte, de l’arbre duquel ce texte nous parle. Alors qu’on entend ce contexte dans le texte lui-même, ces lectures modernes le taisent. Ce contexte, l’arbre sur lequel ce texte pousse, c’est la Parole de Dieu.

Comment lire ce texte, non en nos propres termes, mais selon notre Dieu qui se révèle dans le mystère de l’Incarnation ? Laisser le texte s’incarner dans son contexte y aide beaucoup. Depuis le début du livre de la Genèse il est question de graine et de fruit. Souvenez-vous du récit de la Création ou de l’histoire d’Adam et Ève. Dieu a choisi Abraham pour, à travers sa semence, bénir l’humanité tout entière. Il a promis qu’il ne l’abandonnerait jamais. Isaac, ce petit fruit inattendu, a la même saveur que les autres fruits que le lecteur a rencontré jusqu’à ce chapitre. Dieu préserve une semence qui est le fruit de sa parole créatrice continuelle. Dieu préserve cette semence qui est sa présence, son amour, son alliance, sa marque d’affection pour la Création. C’est la raison pour laquelle la ligature d’Isaac doit se lire comme plantée dans le texte de la chute d’Adam et Ève. Plein de petites similitudes y invitent les lecteurs. Abraham “étend son bras” comme Ève pour saisir le fruit défendu ; Isaac, le fruit de Dieu, est placé sur “le bois” ; le couteau enfin qu’Abraham saisit est littéralement en Hébreu, “le mangeur”.

Je ne vais pas cueillir tous les fruits de ces comparaisons maintenant, vous y goûterez plus tard. Mais voyons maintenant ce que cette cueillette peut signifier pour nous ce matin. D’abord, je crois que faire attention au contexte de ce que nous faisons, pensons, sentons, ou disons est capital pour être proche de Dieu, pour que Christ s’incarne en nous. Nous ne pouvons pas venir à Dieu sans passer par quelque chose ou quelqu’un d’autre. Dieu ne vient pas à nous autrement. Vous ne pouvez pas lire un texte de la Bible sans en lire d’autres qui sont en rapport. Vous ne pouvez pas devenir qui vous êtes sans vous mettre à l’écoute de l’autre, en vous-même et autour de vous.

C’est une attitude très contre-intuitive et très frustrante pour nous autres modernes. Nous aimons aller droit au but. C’est dur de nous rendre compte que l’Évangile ne se révèle que dans nos relations et jamais dans nos identités. Nous croyons que nous pouvons contrôler nos identités, mais nos relations sont toujours surprenantes et transformantes. Nous faisons souvent de nos identités des fruits dont nous nous délectons égoïstement. L’Évangile au contraire nous apprend à produire des fruits pour les autres.

Si on se met à son écoute selon la promesse de Dieu, l’histoire de « l’épreuve » d’Abraham nous enseigne le juste rapport à aux fruits que nous produisons et aux fruits que nous recevons. Abraham a reçu un fruit de la part de Dieu, un fruit que Sarah a porté. C’est Isaac. Mais ce que Dieu lui apprend dans cette épreuve c’est à trouver la juste relation à ce qu’il a reçu et qu’il aime le plus. Isaac n’est pas donné à Abraham pour sa possession personnelle, il n’appartient pas à Abraham mais il est donné pour continuer la bénédiction de Dieu. Car Dieu n’a pas donné Isaac pour qu’il soit un « fils de ». Par cette « épreuve », Dieu apprend à Abraham à considérer sa relation à son fils, à ses proches, à Dieu, d’une manière différente, plus aérée, moins possessive. Cette épreuve nous pouvons tous la faire la nôtre : Quelle est ma relation à ce que j’aime ou ce que je désire ? Quelle place, quelle intercession, y a-t-il pour Dieu entre moi et ce que je désire ou aime ? Est-ce que je m’accapare ce que j’aime (mes proches, mon identité, mon église) ? ou bien suis-je prêt à laisser de la place pour que Christ m’apprenne à recevoir ce que je désire et j’aime ? Quand acceptons-nous de nous vivre non selon nous-mêmes mais selon les autres qui nous sont les plus différents ?

La juste distance aux fruits que nous aimons ou désirons, c’est Christ qui nous la donne et nous pouvons la lui demander dans la prière ou la méditation. Nous pouvons aussi la cultiver dans le service mutuel.

Christ a sur la Croix greffé l’arbre de Vie au vieux pied de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Sur la Croix et par sa Résurrection il nous fait goûter au plus doux des fruits, celui qui, en notre corps nous apprend à trouver l’ordre et le Plaisir d’un Éden nouveau, dès ici-bas. J’ai conscience que le fruit de la Croix que nous recevons dans la communion manque à beaucoup d’entre vous et j’aimerais pouvoir le partager avec vous. Mais ce que l’histoire d’Abraham et Isaac nous montre c’est que l’histoire de notre salut elle-même est ce fruit. Nous le recevons les uns des autres. D’un côté ou de l’autre de ce petit fruit rond et brillant qu’est l’objectif de la caméra, vos corps et vos paroles sont le fruit de la vie de Dieu. Je vous souhaite un très bel été, riche de fruits donnés et cueillis au jardin de Jésus-Christ.

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I would like to add something to what I wrote on Thursday before I heard the sad news of Marjorie’s death. It is no aggiornamento of what I have just said. I mean rather to invite you, dear brothers and sisters to grasp how the Gospel is sustaining us in these hard times. Just like Abraham with Isaac, we cannot cling to our dear ones who have been given to us… even if we feel to. But we can love. We can love her and give thanks for such a beautiful and fruitful life and presence amongst us. And when we will come together again in person, we will see all the fruits of convivialité she has just started to share with us. I assure you; the harvest will be plenty and served on golden Limoges plates !

I remember that last year when we would be deciding what to get from Costco for our parties, Marjorie always had her word to say. After Fred shared the list with her, she often repeated in a contented voice: “Eh bah comme ça c’est bien, c’est très bien.” We weren’t sure what was so “très bien” about the grocery list, but for sure your life with us has been, dear Marjorie.

J. F. A. B.

Tutti Frutti Christi
Pentecost IV
June 28th 2020
Genesis 22: 1-14, Romans 6:12-23, Matthew 10:40-42

One of the most difficult things about writing a sermon when one is a baby preacher like me, is avoiding the temptation to pick the lowest hanging fruit. That’s easier said than done. I have ideas. All sorts of ideas which ripen here and there. I take one from one place, one from another – two from here and three from there, and in the end I’m unable to carry my full basket back to the church!

It’s a very human thing to love fruit. We are fascinated by them: we want the very best apples, the very best of actions, the best children, the best partners, the best products et tutti quanti. Summer is just beginning, and the trees are on the point of bearing fruit. What temptations are in store! Incidentally, in two of the texts we are reflecting on this morning: the binding of Isaac (Aqedah in the Jewish tradition), just like in Paul’s letter to the Romans we hear fruit being mentioned. Often, we want to go “straight to the fruit” without really bothering to notice if it’s properly ripe, what tree it comes from, or if the fruit that we are plucking is forbidden to us. Our mouths watering, we really don’t care if it’s the right moment, or examine the reasons for our wanting that fruit, or if our picking it will harm someone else – or ourselves. We often want things, people and even God without the need for waiting or mystery.

Many problems of interpretation which arise from the story of the binding of Isaac come from the fact that we try to ‘pick’ it too soon. We want to read it according to our own understanding. We go straight to the fruit without bothering about the tree. We try to pick it and grab hold of it. And right next to the fruit we discover soon enough the serpent, who tells us that we have the right to go straight for the fruit. Modern readings of the story of Isaac and Abraham are often good examples of low-hanging fruit. The interpretation of the text is limited to a historical, psychological or political theme. It’s turned into a text about human sacrifice, religious fanaticism or the abuse of children. By reducing it to these interpretations, we are in fact refusing to really read the text. Have you noticed that all these ways of reading it have something in common? They never have anything to do with the context – with the tree on which this story has grown. We sense this context in the text, but these modern readings of it are silent about it. This context – the tree on which this story grows is the Word of God.

So how are we to read this text, not in our own way, but in God’s way who reveals himself through the mystery of the Incarnation? Letting this text become incarnate in its own context will help us a great deal. From the beginning of the Book of Genesis we have been hearing about seed and fruit. Do you remember the story of creation or the story of Adam and Eve? God chose Abraham so that; through his ‘seed’, all humanity would be blessed. He promised that he would never abandon him. Isaac – this little unexpected fruit – has the same flavor as the other fruits that the reader has heard about up to this story. God preserves a seed that is the fruit of his continual creative word. God preserves that seed which is his presence, his love, his covenant, the seal of his affection for all creation. Here is the reason why we have to read the story of the binding of Isaac as if it is planted in the story of Adam and Eve. Many little similarities between the two occur to the reader. Abraham ‘reaches out his arm’, just like Eve does to take the forbidden fruit. Isaac – God’s fruit – is placed ‘on the wood’. The knife that Abraham wields is literally called in Hebrew “The Eater”. I could go on making these comparisons, but I’m going to leave you to chew on them yourselves later. In the meantime, I want to show you what this might mean for us this morning.

First of all, I think that paying attention to the context is key to what we do, think, feel and say when it comes to being close to God, so that Christ can become incarnate in us. We can’t come to God without going through something or someone else. God can’t come to us otherwise. You can’t read a Bible story without reading other Bible stories that relate to it. You can’t discover who you are without making yourself available to listen to the ‘other’ in yourself – or a person other than yourself. This is a very counter-intuitive and frustrating idea for us moderns. We want to get straight to the point. It’s hard for us to realize that the Gospel reveals itself only through our relationships and not through our identities, because we believe that if we can actually control the latter, but our relationships are always surprising and transforming. We often turn our identities into luscious fruits that we can savor egotistically. The Gospel teaches us how to produce fruit for others.

If you begin to hear it according to God’s promise, the story of the ‘testing’ of Abraham teaches us the proper relationship to our own fruits and to the fruits that we receive. Abraham has received a fruit from God, a fruit that Sarah carried in her womb. His name is Isaac. But in this test, God teaches Abraham how to find the right relationship to what he has received as a gift and to that which he loves the most in the world. Isaac wasn’t given to Abraham as his own private possession. He doesn’t belong to Abraham, he has been given to continue the blessing that comes from God. God didn’t give Isaac to be “the son of…..”.  By this ‘test’, God teaches Abraham to reflect differently on his relationship with God, with his son, with those who are near to him: to reflect in a manner that is lighter and less possessive. It is a test that we can all make our own. What is my relationship with the things I love or long for? What place or intermediary role does God play between me and the things that I love or long for? Do I monopolize the things I love (those nearest to me, my identity, my church)? Or am I willing to allow Christ to offer me a truer relationship with what I love or long for? When will we learn to live in accordance with others, and not just in accordance with ourselves?

It is Christ who gives us this right relationship with what we love or long for, and we are able to ask for it through prayer or meditation. We can also cultivate it through service to each other. On the Cross, Christ grafted the Tree of Life onto the old stock of the Tree of the Knowledge of Good and Evil. On the Cross, and through his Resurrection, he enabled us to taste the sweetest of all fruit; that fruit which makes it possible to find on this earth and in our own bodies the order and the pleasure of a new Eden. I’m very aware that the fruit of the Cross that we receive in the Eucharist must be a sore loss to many at the moment, and I would love to be sharing it alongside you here in the church. But the story of Abraham and Isaac shows us that the real fruit is the story of our own salvation: that fruit which we harvest between us. In front or behind that little round and shiny fruit which is the camera lens, your bodies and your words are the fruit of the living God. I wish you a beautiful summer, rich with fruits given and gathered in the garden of Jesus Christ.

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I would like to add something to what I wrote on Thursday before I heard the sad news of Marjorie’s death. It is no aggiornamento of what I have just said. I mean rather to invite you, dear brothers and sisters to grasp how the Gospel is sustaining us in these hard times. Just like Abraham with Isaac, we cannot cling to our dear ones who have been given to us… even if we feel to. But we can love. We can love her and give thanks for such a beautiful and fruitful life and presence amongst us. And when we will come together again in person, we will see all the fruits of convivialité she has just started to share with us. I assure you; the harvest will be plenty and served on golden Limoges plates !

I remember that last year when we would be deciding what to get from Costco for our parties, Marjorie always had her word to say. After Fred shared the list with her, she often repeated in a contented voice: “Eh bah comme ça c’est bien, c’est très bien.” We weren’t sure what was so “très bien” about the grocery list, but for sure your life with us has been, dear Marjorie.

JFAB Trans. NJM

Sermon – Pentecost III

Pentecost III
June 21, 2020
Genesis 21:8-21   Romans 6:1-11    Matthew 10:24-39

The story of Sarah and Abraham’s banishment of Hagar and Ishmael is one of the most troubling and enigmatic texts in the book of Genesis – a book well known for its difficult texts! It is difficult because it shows us that the Hebrews, just like every other culture and race on earth, despised, hated or excluded a group that they felt was not like them. And it is not just races and cultures that behave this way; nations, religions and families are no exception to this instinct to despise and exclude those that they consider to be ‘not like us’.

The Bible contains several lists of people whom the Hebrews regarded as outsiders or enemies: Edom, Moab, the Hagrites (descendants of Hagar, the story we heard earlier), Gebal, and Aman and Amalek, the Philistines and the Assyrians. Some of this dislike is perfectly understandable. After all, the Hebrew people had been exploited, oppressed or invaded and plundered by some of the people I just mentioned. The story of Hagar and Ishmael is an attempt to explain where one of their greatest enemies came from. Hagar and Ishmael gave their names to the Hagrites and the Ishmaelites. The Ishmaelites were a tribe of marauders that roamed the desert to the south of Israel. They spoke almost the same language as the Hebrews; they ate the same food, they dressed the same way, they had the same traditions. But the citizens of Israel regarded them as lazy, dirty, dangerous and violent outlaws.

Abraham and Sarah were rich and powerful people. But they had no son. So, according to custom, Sarah suggested that her favorite slave, Hagar the Egyptian, should become the mother of a son to Abraham. They name the child Ishmael. Soon afterwards, Sarah gave birth to a son of her own, whom Abraham and Sarah name Isaac. Isaac became the hero of the story, and the heir to the promises made to Abraham. But what were they to do with poor old Ishmael – Abraham’s first-born? Sarah knew exactly how to deal with the situation. She banished both Hagar and Ishmael to the arid southern desert, with nothing but a drink of water and a morsel of bread.

Not surprisingly, their bread and water soon ran out. Ishmael began to die of dehydration. Hagar placed him under the shade of a little bush. She couldn’t bear to see him die, and so walked away and began to weep. But God heard the cries of the infant. An angel appeared and told Hagar not to be afraid. The angel told her that her child would be the ancestor of a group of people. A well miraculously appeared, and the child was saved.

We are not told what Sarah made of this turn of events. Ishmael doesn’t disappear from the Bible completely. He was present at Abraham’s funeral (but not Sarah’s, unsurprisingly). But as this story unfolds, we see that God cares deeply about the outsider that the mainstream tradition finds embarrassing or even dispensable. “Can a woman forget her child? Even these may forget, yet I will not forget you,” (Is 49:15) God doesn’t forget about those who get pushed to the margins. Two thousand years later, Jesus acts in the same way. He has compassion for the very people who were being pushed aside by the traditions and laws of the Chosen People. He touches a leper, sits at a table with tax collectors, talks to a Samaritan woman by the well, heals on the sabbath and welcomes children into his arms.

The story of Hagar and Ishmael shows us that when those whom God has chosen act from cruelty or hatred, God will act. God’s love cannot be bounded by the systems of exploitation and hatred that we have created. And we created those systems at the very same time as we were claiming to be God’s favored ones. We have seen the most tragic fruits for our mania for exclusion being played out on our streets in the last few weeks. Through history we human beings have tried to exclude people on the basis of their race, their language, their culture, their marital status or their political opinion. In all of these instances, proponents of exclusion have quoted the Bible in support of their positions. But the stories of the Bible make such claims impossible.

God’s power lies not in the exercise of brute force. God surprises us by subverting and transcending the traditions, the customs, mores and laws that we make for ourselves. God will always reach out to include the outsider. After all, this God heard the cries of the abandoned child in the brutal desert. In the end, the story has something to tell each one of us. God hears the cries of those who are abandoned for whatever reason: your cries and mine when nothing seems to be working; when life loses meaning, when we feel oppressed by our jobs or our lack of a job; when we are overwhelmed by responsibilities or by the feeling that we are useless, when we feel we are irrelevant and have no responsibilities at all, when our friends, our spouses or companions disappoint us. But God doesn’t forget. God hears. God appears in whatever wilderness we find ourselves. There is no desert that God doesn’t know. He brings water for our thirst, through a deep well of unexpected love that we never even knew was there. Jesus reminds us of this in our gospel. “Are not two sparrows sold for a penny? Yet not one of them falls to the ground without your father knowing it. Even the hairs of your head are counted. So do not be afraid. You are of more value than many sparrows.”

NJM

 

Le troisième dimanche après la Pentecôte                                                              le 21 juin 2020

L’histoire du bannissement d’Agar et Ismaël par Sarah et Abraham est l’un des textes les plus troublants et énigmatiques du livre de la Genèse – un livre bien connu pour ses textes difficiles ! C’est difficile car cela nous montre que les Hébreux, comme toutes les autres cultures et races de la terre, méprisaient, détestaient ou excluaient un groupe qui, selon eux, ne leur ressemblait pas. Et ce ne sont pas seulement les races et les cultures qui se comportent de cette façon ; les nations, les religions et les familles ne font pas exception à cet instinct de mépriser et d’exclure ceux qu’ils considèrent comme « différents de nous ».

La Bible contient plusieurs listes de peuples que les Hébreux considéraient comme des étrangers ou des ennemis : Edom, Moab, les Hagaréniens (descendants d’Agar, l’histoire que nous avons entendue plus tôt), Guebal, Aman et Amalek, les Philistins et les Assyriens. Une partie de cette aversion est parfaitement compréhensible. Après tout, le peuple hébreu avait été exploité, opprimé ou envahi et pillé par certains des peuples que je viens de mentionner. L’histoire d’Agar et d’Ismaël est une tentative d’expliquer d’où vient l’un de leurs plus grands ennemis. Agar et Ismaël ont donné leurs noms aux Hagaréniens et aux Ismaélites. Les Ismaélites étaient une tribu de maraudeurs qui parcouraient le désert au sud d’Israël. Ils parlaient presque la même langue que les Hébreux ; ils mangeaient la même nourriture, ils s’habillaient de la même façon, ils avaient les mêmes traditions. Mais les citoyens d’Israël les considéraient comme des hors-la-loi paresseux, sales, dangereux et violents.

Abraham et Sarah étaient des gens riches et puissants. Mais ils n’avaient pas de fils. Ainsi, selon la coutume, Sarah a suggéré que son esclave préférée, Agar l’Égyptienne, devienne la mère d’un fils pour Abraham. Ils nomment l’enfant Ismaël. Peu de temps après, Sarah a donné naissance à son propre fils, qu’Abraham et Sarah nomment Isaac. Isaac est devenu le héros de l’histoire et l’héritier des promesses faites à Abraham. Mais que devaient-ils faire avec le pauvre vieil Ismaël – le premier-né d’Abraham ? Sarah savait exactement comment gérer la situation. Elle a banni Agar et Ismaël dans le désert aride du sud, avec rien d’autre qu’un verre d’eau et un morceau de pain.

Sans surprise, ils n’ont vite plus eu de pain et d’eau. Ismaël a commencé à mourir de déshydratation. Agar l’a placé à l’ombre d’un petit buisson. Elle ne pouvait pas supporter de le voir mourir, elle s’est donc éloignée et a commencé à pleurer. Mais Dieu a entendu les cris de l’enfant. Un ange est apparu et a dit à Agar de ne pas avoir peur. L’ange lui a dit que son enfant serait l’ancêtre d’un groupe de personnes. Un puits est miraculeusement apparu, et l’enfant a été sauvé.

On ne nous dit pas comment Sarah a réagi à cette tournure d’événements. Ismaël ne disparaît pas complètement de la Bible. Il était présent aux funérailles d’Abraham (et sans surprise, pas à celles de Sarah). Mais au fur et à mesure que cette histoire se déroule, nous voyons que Dieu se soucie profondément de l’étranger. Cet étranger que la tradition populaire trouve embarrassant, ou dont l’on peut se passer. « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? N’a-t-elle pas compassion du fils qui est sorti de son ventre ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai jamais » (Is 49, 15). Dieu n’oublie pas ceux qui sont exclus. Deux mille ans plus tard, Jésus agit de la même manière. Il a de la compassion pour ses personnes mêmes qui étaient mises à l’écart par les traditions et les lois du peuple élu. Il touche un lépreux, s’assoit à une table avec des collecteurs d’impôts, parle à une Samaritaine près du puits, guérit durant le sabbat et accueille des enfants dans ses bras.

L’histoire d’Agar et d’Ismaël nous montre que lorsque ceux que Dieu a choisis agissent avec cruauté ou haine, Dieu agira. L’amour de Dieu ne peut pas être limité par les systèmes d’exploitation et de haine que nous avons créés. Et nous avons créé ces systèmes alors que nous prétendions être les favoris de Dieu. Nous avons vu les fruits les plus tragiques de nos habitudes d’exclusion apparaître dans nos rues ces dernières semaines. À travers l’histoire, nous, les êtres humains, avons essayé d’exclure les gens sur la base de leur race, de leur langue, de leur culture, de leur statut matrimonial ou de leur opinion politique. À chaque fois, les partisans de l’exclusion ont cité la Bible pour supporter leur point de vue. Mais les histoires de la Bible rendent de telles affirmations impossibles.

La puissance de Dieu ne réside pas dans l’exercice de la force brutale. Dieu nous surprend en renversant et en transcendant les traditions, les coutumes, les mœurs et les lois que nous nous faisons. Dieu cherchera toujours à inclure l’étranger. Après tout, ce Dieu a entendu les cris de l’enfant abandonné dans le désert brutal. Au final, l’histoire a quelque chose à dire sur chacun de nous. Dieu entend les cris de ceux qui sont abandonnés pour une raison ou une autre : vos cris et les miens quand rien ne semble fonctionner ; lorsque la vie perd son sens, lorsque nous nous sentons opprimés par notre travail ou notre manque d’emploi ; pendant que nous sommes accablés par des responsabilités ou par le sentiment que nous sommes inutiles, quand nous pensons que nous n’avons aucun but et aucune responsabilité, quand nos nos amis, nos conjoints ou compagnons nous déçoivent. Mais Dieu n’oublie pas. Dieu entend. Dieu apparaît dans n’importe quel désert où nous nous trouvons. Il n’y a pas de désert que Dieu ne connaisse pas. Il apporte de l’eau pour étancher notre soif, tirée d’un puits profond d’amour inattendu dont nous ignorions la proximité. Jésus nous le rappelle dans notre évangile. « Ne vend-on pas deux moineaux pour une petite pièce ? Cependant, pas un ne tombe par terre sans l’accord de votre Père. Même vos cheveux sont tous comptés. N’ayez donc pas peur : vous valez plus que beaucoup de moineaux. »

NJM Ver Fr. FS

Sermon – Pentecost II – Joris Bürmann

Pentecost II – Hospitality of the Third Kind

It’s very strange to come back to our sanctuary and not see you in person. The gradual return of the congregation will undoubtedly make you feel this strangeness. I must admit that like Sarah and Abraham when the visitor they do not know arrives in front of their tent, I was preparing myself to face a certain unknown of course: I knew there would be no parties, I also knew that I will find neither the friendliness nor the activity that we cultivated in our church. I thought I was ready to understand and welcome a relative unknown, as usual, as I had handled extraordinary situations before. Like Sarah and Abraham, I was very surprised!

The modalities and the outcome of our separation and our meetings do not completely depend on us. We do not own our relationships with others, nor our relationship with God. The great theories which announce such or such a way of making it so that people love themselves by following such recipe or such method are often, like Sarah and Abraham, of the most sterile if God does not put his grain of salt in there. They make us believe, like Sarah, that we know what this mysterious visitor can or cannot do for us. Sarah is used to certain customs and conceptions, and believes she knows the precise way in which life is given to us. But this human wisdom is not enough to understand how God wants to be welcomed by Sarah, and by all of us today. Besides, our companies are often for us quite similar to what the making of these little cakes is to Sarah: like this beautiful welcome meal, they can be in themselves wise traditions by which we come out a little ourselves to go a little towards each other. But God knows that he can go further with those he has chosen and whom he loves. From her own hospitality Sarah took a step towards a certain stranger, she went as far as she could according to what she knew, according to the customs of her time and her own strength. God wants better things for her: she will forever become the mother of a child by whom He brings humanity into true love. Abraham and Sarah thought they were giving a lot, but they were giving what they already had. They thought they were giving but they were the ones who received.

The unnamed and numberless visitor (sometimes one, sometimes three – is it a man, an angel or God himself?) announces to them something unheard of. He gives them what they never had and they never thought they could hope for. I believe that the transformations that we are experiencing today, as a Church, as nations or as humanity can be heard in Sarah’s laughter. Like Sarah, when the angel visits her the first time, we are afraid of seeing or feeling our little world and our habits shaken. What is particularly confusing is that even the efforts by which we believed we were making ourselves available to these changes, to others or to God, with good faith and goodwill, no longer seem to be the end of the story. Change also changes the way we try to tame it. God takes us further and teaches us to love this journey, because he gives us the grace to go further, without getting too tired.

Faced with change, we often tend to look down on situations, to be serious, disillusioned or moralizing. Like Sarah we think we know, we get tired and end up tiring others. Effectively, Sarah’s laughter at the announce from the visitor that she will have a child could have been something like this: *disillusioned laugh*. Either we imagine that we have to discipline ourselves more severely, demand a lot more from ourselves and others, or we imagine that all is lost and that there is no point in trying. This is a serious problem. But sin and seriousness often go hand in hand and each step always distances us from true reception.

Seriousness arises when in the name of pragmatism, rationalism, functionalism, nationalism, racism, Christianity, pessimism, optimism or whatever -ism, we decide that we can stop listening to what God and his angels are telling us. When we believe that we can finally act on our little idea.

But seriousness is always a heavy and desperate attitude, by which we try to “hold back” what we feel is escaping. Like Sarah, who laughs with disillusion, we are deeply terrified in the face of the unknown, the one who reveals to us what we all really are: beings dependent on each other, dependent on the creation of God and Christ. But what is even more terrible than accepting this mutual dependence is to see that we are in an incomprehensible and mysterious way, through good as well as evil, and particularly in our wounds, our errors, and our weaknesses. It is in our extreme weakness, in our wounds, in the places where we do not even want to look, in our individual sterility that we are connected to Christ and to each other. It is not mainly by some human will or decision to live together and to love one another that we are the Church. By humbly receiving the mystery of the lives that we share, we enter the mystery of God. Like Abraham, we can then eat with those who tell us unexpected and unheard-of realities.

When our bodies suffer from violence, illness or anxiety we also know that it is in our bodies that God works, like Sarah who gives birth, to achieve his blessings on all of us. When I look at the mysterious presence of the single eye of the camera in which all your eyes shine, I cannot help thinking of your return “in due time”. We will come back little by little in our common tent, in less than 9 months, I hope! It will then be necessary, and the time has already come, that we be ready to give but above all to receive like Sarah. On this side or the other of the web – depending on whether or not we can come back in person – we can now listen, like Sarah, to what God wants us to carry within us to fulfill His promise. In prayers, by caring and by considering our brothers and sisters, near and far, we can already stand at the entrance of the tent.

So, “in due time”, with Sarah we will laugh but with joyful and irresistible laughter, like the laughter of a baby. You are the flesh and breath of the kingdom, the one who perhaps today laughs out of fear and nervousness but who will soon laugh with joy and friendship. It will be new laughter; livelier than the laughter you remember. More communicative, more communicant. These laughs I will not try to imitate, because it is you who will share it “in due time”.

Joris Bürmann Ver. En. FS

Pentecôte II – Hospitalité du troisième type Gen 18 :1-15 (21:1-7) ; Psalm 116:1, 10-17 ; Matthew 9:35-10:8 le 14 juin 2020

C’est très étrange de revenir dans notre sanctuaire et de ne pas vous voir en personne. Le retour progressif de la congrégation vous fera sans doute ressentir cette étrangeté. Je dois vous avouer que comme Sarah et Abraham lorsque le visiteur qu’ils ne connaissent pas se présente devant leur tente, je me préparais à recevoir un certain inconnu bien sûr : je savais il n’y aurait pas de fêtes, je savais aussi que je ne trouverai ni la convivialité ni l’activité que nous avons cultivé dans notre église. Je croyais être prêt à comprendre et accueillir un inconnu relatif, selon mon habitude, comme j’avais géré des situations extraordinaires auparavant. Comme Sarah et Abraham j’ai été bien surpris !

Les modalités et l’issue de nos séparation et de nos rencontres ne dépendent pas complètement de nous. Nous ne possédons pas nos relations aux autres, ni notre relation à Dieu. Les grandes théories qui annoncent telle ou telle façon de faire que les gens s’aiment en suivant telle recette ou telle méthode sont souvent, comme Sarah et Abraham, des plus stériles si Dieu n’y met pas son grain de sel. Elles nous font croire, comme à Sarah, que nous savons ce que ce mystérieux visiteur peut ou ne peut pas faire pour nous. Sarah est habituée à certaines coutumes et à certaines conceptions, et elle croit savoir la manière précise dont la vie nous est donnée. Mais cette sagesse humaine, ne suffit pas pour comprendre la façon dont Dieu veut être accueilli par Sarah, et par nous tous aujourd’hui. D’ailleurs, nos entreprises sont souvent pour nous assez similaire à ce que la fabrication de ces petits gâteaux est à Sarah : comme ce beau repas de bienvenue, elles peuvent être d’elles-mêmes de sages traditions par laquelle nous sortons un peu de nous-mêmes pour aller un peu les uns vers les autres. Mais Dieu sait qu’il peut aller plus loin avec ceux qu’il a choisis et qu’il aime. De sa propre hospitalité Sarah a fait un pas vers un certain inconnu, elle est allée aussi loin qu’elle pouvait selon ce qu’elle connaissait, selon les usages de son temps et ses propres forces. Dieu veut de plus belles choses pour elle : elle deviendra pour toujours la maman d’un enfant par qui il fait rentrer l’humanité dans l’amour véritable. Abraham et Sarah croyaient donner beaucoup, mais ils donnaient ce qu’ils avaient déjà. Ils croyaient donner mais c’est eux qui ont reçu.

Le visiteur sans nom et sans nombre (tantôt un, tantôt trois – est-ce un homme, un ange ou Dieu lui-même ?)  leur annonce l’inouï. Il leur donne ce qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils ne pensaient même pas espérer. Je crois que les transformations que nous vivons aujourd’hui, en tant qu’Église, en tant que nations ou qu’humanité tout entière peuvent s’entendre dans les rires de Sarah. Comme Sarah, au moment où l’ange la visite la première fois, nous avons peur de voir ou de sentir notre petit monde et nos habitudes être bouleversées. Ce qui est particulièrement déroutant, c’est que même les efforts par lesquels nous croyions nous rendre disponibles à ces changements, aux autres ou à Dieu, avec bonne foi et bonne volonté, ne semblent plus le fin mot de l’histoire. Le changement change aussi la manière dont nous essayons de l’apprivoiser. Dieu nous emmène plus loin et nous apprends à aimer ce voyage, parce qu’il nous donne la grâce d’aller plus loin, sans trop nous fatiguer.

Face au changement, on a souvent tendance à prendre les situations de haut, à faire les sérieux, désabusés ou moralisateur. Comme Sarah on croit qu’on sait, on se fatigue et on finit par fatiguer les autres. De fait, le rire de Sarah a l’annonce que lui fait le visiteur qu’elle aura un enfant aurait pu être quelque chose comme ça : *rire désabusé*. Soit on s’imagine qu’il faut se discipliner plus sévèrement, exiger beaucoup plus de nous-même et des autres, soit on s’imagine que tout est perdu et que ça ne sert à rien d’essayer. C’est un sérieux problème. Mais le péché et le sérieux marchent souvent main dans la main et chacun de leur pas nous éloigne toujours plus de l’accueil véritable.

Le sérieux se pointe quand par pragmatisme, rationalisme, fonctionnalisme, nationalisme, racisme, christianisme, pessimisme, optimisme ou n’importe quel -isme nous jugeons que nous pouvons arrêter d’écouter ce que Dieu et ses anges nous disent. Quand nous croyons que nous pouvons enfin agir selon notre petite idée.

Mais le sérieux est toujours une attitude pesante et désespérée, par laquelle nous cherchons à « retenir » ce que nous sentons nous échapper. Comme Sarah qui rit en désabusée nous sommes profondément terrifiés face à l’inconnu, celui qui nous révèle ce que nous sommes tous vraiment : des êtres dépendants des uns et des autres, dépendants de la création de Dieu et du Christ. Mais ce qui est encore plus terrible que d’accepter cette dépendance mutuelle, c’est de voir que nous le sommes d’une manière incompréhensible et mystérieuse, à travers le bien comme le mal, et particulièrement dans nos blessures, nos erreurs, et nos faiblesses. C’est par notre faiblesse extrême, par nos blessures, par les endroits où nous ne voulons même pas regarder, par nos stérilités individuelles que nous sommes reliés au Christ et les uns aux autres. Ce n’est pas d’abord par quelque volonté ou décision humaine de vivre ensemble et de nous aimer mutuellement que nous sommes l’Église. En recevant avec humilité le mystère de nos vies que nous avons en partage, nous entrons dans le mystère de Dieu. Comme Abraham, nous pouvons alors manger avec ceux qui nous annoncent des réalités inespérées et inouïes.

Quand nos corps souffrent sous la violence, par la maladie ou l’angoisse nous savons aussi que c’est en nos corps que Dieu travaille, comme Sarah qui accouche, à l’accomplissement de ses bénédictions sur nous tous. Quand je regarde la mystérieuse présence de l’œil unique de la caméra dans lequel brille tous vos yeux, je ne peux pas m’empêcher de penser à votre retour « au temps voulu ». Nous reviendrons petit à petit dans notre tente commune, avant 9 mois j’espère ! Il faudra alors, et le temps est déjà venu, que nous soyons prêts à donner mais surtout à recevoir comme Sarah. De ce côté ou de l’autre de la toile – selon que nous pourrons ou non revenir en personne –nous pouvons désormais écouter, comme Sarah, ce que Dieu veut que nous portions en nous pour accomplir sa promesse. Par la prière, par les attentions et par les égards pour nos frères et sœurs, proches ou lointains, nous pouvons déjà nous tenir à l’entrée de la tente.

Alors, « au temps voulu », avec Sarah nous rirons mais de rires joyeux et irrésistibles, comme le rire d’un bébé. Vous êtes la chair et le souffle du royaume, celle qui peut-être aujourd’hui rit par peur et par nervosité mais qui rira bientôt de joie et d’amitié. Ce sera de rires nouveaux, plus vivants que les rires dont vous vous souvenez. Plus communicatifs, plus communiant. Ces rires-là je ne vais pas essayer de les imiter, car c’est vous qui le communiquerez « au temps voulu ».

Joris Bürmann

Sermon – Trinité

Trinity Sunday
June 7, 2020
Genesis 1:1-2(a) II, Corinthians 13:11-13 , Matthew 28:16-20

Why does the Bible begin with a story of creation? It needn’t have done. It could have begun with the call of Abraham; a creation story that tells us of the founder of our faith. It could have begun with the story of the deliverance of the Hebrews from Egypt and the giving of the Law. Instead it begins with a wonderful poem or hymn. The Bible’s authors and compilers dared to start with a story about something that was not limited to one person or one nation, but a story that involves everything and everyone. It is an interesting and bold choice.

The earth begins as a formless void, then in the darkness, the wind of God moved over the waters. God creates the world in six days. The repeated phrases show us that it is a hymn or liturgical poem: ‘Then God said, Let there be…’ ‘And it was so.’ ‘God saw that it was good’. ‘There was evening and morning’. Perhaps these incantatory verses were intended to be sung by different choirs and a soloist. After creating light itself, on the second day, God creates the watery dome of the sky and the watery dome beneath the earth – God creates a ‘bubble’. On day three, God creates dry land, the seas and vegetation. On day four, lights are placed in the dome of the sky – the sun, the moon and the stars. On day five, God creates sea life and birds. And finally, on day six, God creates land creatures, concluding with the simultaneous creation of man and woman.  The story is carefully arranged: there is a correlation between what God creates on the first and fourth days (Light, then the sun moon and stars) the second and fifth day (water and sky, then sea-life and birds) and the third and sixth day (dry land and then land creatures and humans). On the seventh day, God rests.

There is something rather wonderful about the origin of all things being presented as a song; especially a song that is joined by more and more voices. First the voice of God, then the voice of light, then the voices of water, earth, plants and all living creatures, and finally the voices of human beings. Creation isn’t described here in what we might call ‘theoretical’ terms. It has to be sung.

All things came from this harmony – a harmony that existed in God between the great Triad we celebrate today: The Father, The Son and The Holy Spirit. When God says “And God saw that it was good” –  or, after the creation of human beings – “And God saw that it was very good”, it is this harmony that is being celebrated. The Hebrew word here can mean ‘beautiful’, ‘delightful’ or even ‘delicious’. The harmony of creation shows the interconnectedness and perfect proportion of all things: of earth, sky, plants, nature and human beings. There is not one discordant note. Each element has its own special part to play in the symphony. The tune is love, but the parts are many. The harmony comes from all of these elements participating in the relationship that exists between the Father, the Son and the Holy Spirit.

But we know from the next story in the Bible that this harmony didn’t last. The account of Adam and Eve in the garden tells us about the tree of knowledge. Human beings soon discovered that the ability to distinguish between things could be used for something other than the creation of harmonies. It could be used to shatter their wholeness and create discord. This shattering leads us all to a place of estrangement and exile where our attempts to recreate that original delicious harmony are always thwarted by our insistence on our own song to the exclusion of the songs of others.

We don’t need to be reminded of this just now. Even as I was writing, a march was taking place on Park Avenue pointing out in powerful terms the poisonous results of our disunity. The people with the most powerful voices have swamped the voices of the exploited and the oppressed. They have used their bodies as merchandise, they have thrown them in prison and, in the name of law and order, killed them on our streets. We are as far away from participation in the harmonious life of the Trinity as it is possible to be. On the feast of the Trinity, what can we say in the face of such injustice and such disharmony?

In our demonstrations and in our prayers, we must learn the songs of those who have been oppressed. When we have learned them, we must amplify them with our own voices in order that they may be heard above the din of the voices of the oppressors. Our president said nothing on the steps of St. John’s Episcopal Church because he had nothing to say and no song to sing, apart from the one tune he heard in his own head. The Bible is not a political prop. It is the score in which we learn about the ever-evolving and beautiful harmonies that God is trying to teach so that we can join in the harmonious relationships of the Trinity.

We need each other. If we are going to exorcise the demon of racism from our society, we must work together to do so. The evils of poverty, exploitation, war, greed, racism and bigotry can’t be separated from each other. These discords must be resolved together, as we learn, step by painful step, to rejoin the song of love that God has always been singing to us; even and perhaps above all at the moment of Christ’s death on the cross. By so doing, we won’t return to a primordial state of ignorance. We are promised something far more beautiful than that after these moments of exile and trial. Paul quotes the words of Isaiah, the great prophet of hope when he says in I Corinthians 2:9-10, “What no eye has seen or heard, nor the human heart conceived, what God has prepared for those who love him. These things God is revealing to us in the Spirit. For the Spirit searches everything, even the depths of God.” God is inviting us back into that song on Trinity Sunday. Listen. And join in the song of Love.

NJM

 

 

Le jour de le Trinité                                                                                                    le 7 juin 2020

Pourquoi est-ce que la Bible commence par l’histoire de la création ? Ce n’était pas une nécessité. Elle aurait pu commencer par l’appel d’Abraham ; une histoire de création qui nous parle du fondeur de notre foi. Elle aurait pu commencer par l’histoire de la libération des hébreux d’Égypte et le don de la loi. Au lieu de cela elle commence par un merveilleux poème ou cantique. Les auteurs et compilateurs de la Bible ont osé commencer par une histoire sur quelque chose qui ne se limitait pas à une personne ou une nation, mais une histoire qui implique tout et tout le monde. C’est un choix intéressant et courageux.

La terre commence comme un vide sans forme, puis dans les ténèbres, le souffle de Dieu se déplace au-dessus des eaux. Dieu crée le monde en six jours. Les formules répétées nous montrent que c’est un poème ou cantique liturgique : ‘Dieu dit : ‘Qu’il y ait….’ ‘et il y eut’ ‘Dieu vit que c’était bon’. ‘Il y eut un soir et il y eut un matin’. Peut-être que ces vers incantatoires étaient censés être chantés par différents chœurs et solistes. Après avoir créé la lumière même, le deuxième jour, Dieu crée l’étendue d’eau qui est au-dessous et l’étendue d’eau qui est au-dessus – Dieu crée une ‘bulle’. Le troisième jour, Dieu crée la terre ferme, les mers et les végétaux. Le quatrième jour, des lumières sont placées dans le dôme du ciel – le soleil, la lune et les étoiles. Le cinquième jour, Dieu crée la vie aquatique et les oiseaux. Et enfin, le sixième jour, Dieu crée les animaux terrestres, finissant avec la création simultanée de l’homme et de la femme. L’histoire est arrangée avec soin : il y a un lien entre ce que Dieu crée le premier et le quatrième jour (la lumière, puis le soleil, la lune, et les étoiles), le deuxième et le cinquième (l’eau et le ciel, puis la vie aquatique et les oiseaux), le troisième et le sixième (la terre ferme puis les créatures terrestres et les humains). Le septième jour, Dieu se repose.

Il y a quelque chose d’assez magnifique dans la présentation de la création de toutes choses sous la forme d’un chant ; surtout un chant qui contient plusieurs voix. Premièrement, la voix de Dieu, puis la voix de la lumière, puis les voix de l’eau, de la terre, des plantes et de toutes les créatures vivantes, et enfin, la voix des êtres humains. La création n’est pas décrite ici en ce que l’on pourrait appeler des termes ‘théoriques’. Il faut la chanter.

Toute chose découle de cette harmonie – une harmonie qui existait en Dieu dans la grande Triade que nous célébrons aujourd’hui : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Quand dieu dit : ‘et Dieu vit que c’était bon’ – ou, après la création des êtres humains – ‘et Dieu vit que c’était très bon’, c’est cette harmonie qui est célébrée. Le mot hébreu utilisée peut signifier ‘beau’, ‘plaisant’, ou même ‘délicieux’. L’harmonie de la création montre l’interconnectivité et les parfaites proportions de toutes les choses : la terre, le ciel, les plantes, la nature et les êtres humains. Il n’y a pas une fausse note. Chaque élément a un rôle spécial à jouer dans la symphonie. La symphonie, c’est l’amour, mais les rôles sont nombreux. L’harmonie vient de tous ces éléments qui participent dans la relation qui existe entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Mais nous savons de l’histoire suivante dans la Bible que cette harmonie n’a pas durée. Le récit d’Adam et Eve dans le jardin nous parle de l’arbre de la connaissance. Les êtres humains ont vite découvert que la capacité à différencier les choses pouvait être utilisée pour d’autres choses que la création d’harmonies. Elle pouvait être utilisée pour briser leur intégralité et créer la dissension.  Cette brisure nous mène vers un lieu de séparation et d’exile où nos tentatives de recréer cette harmonie délicieuse et originale sont toujours déjouées par notre insistance à vouloir entendre notre propre voix en excluant celles des autres.

Il est inutile de nous rappeler cela maintenant. Alors même que je préparais ce sermon, une manifestation se déroulait sur Park Avenue où les résultats empoisonnants de notre désunion étaient énoncés. Ceux qui ont les voix les plus puissantes ont emboué les voix des exploités et des oppressés. Ils ont considéré leurs corps comme de la marchandise, ils les ont jetés en prison et, au nom de l’ordre et de la loi, les ont tués dans nos rues. Nous sommes aussi loin que possible de la participation à la vie harmonieuse de la Trinité. Lors de la célébration de la Trinité, que pouvons-nous dire face à une telle dissonance et de telles injustices ?

Nous avons besoin les uns des autres. Si nous voulons exorciser le démon du racisme de notre société, nous devons œuvrer ensemble pour le faire. Les formes d’expression du mal que sont la pauvreté, l’exploitation, la guerre, l’avidité, le racisme et l’intolérance ne peuvent pas être dissociées les unes des autres. Ces dissensions doivent être résolues ensemble, pendant que nous apprenons, douloureux pas après douloureux pas, dans le but de rejoindre la symphonie de l’amour que Dieu nous chante depuis toujours ; et surtout, et peut-être par-dessus tout, au moment de la mort du Christ sur la croix. En le faisant, nous ne retournons pas à un état primaire d’ignorance. Quelque chose de bien plus beau nous est promis après ces moments d’exile et d’épreuves. Paul cite les paroles d’Ésaïe, le grand prophète de l’espérance lorsqu’il dit dans I Corinthiens 2 :9-10 : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, Dieu l’a préparé pour ceux qui l’aiment. Or, c’est à nous que Dieu l’a révélé, par son Esprit, car l’Esprit examine tout, même les profondeurs de Dieu. » Dieu nous invite à revenir vers cette symphonie le jour de la Trinité. Écoutez. Et rejoignez la symphonie de l‘amour.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – La Pentecote

The Day of Pentecost
May 31, 2020
Acts 2: 1-21 I Corinthians 12: 3b-13 John 7: 37-39

I love to visit botanical gardens. I am not particularly drawn to the flowers and the trees, so much as the glass houses constructed to recreate the diverse ecosystems of our world. At Kew Gardens in London, or here in New York in Brooklyn or the Bronx, you can pass from desert to tropical rain forest to arctic tundra all in the space of a brief hour. I am constantly surprised at how complicated and diverse our world is. It seems that when the world was made, God must have been intoxicated with diversity. There is no reduplication of bland sameness; each snowflake, seashell or fingerprint is unique. And the diversity of our own world did not exhaust God’s creativity. There is a whole universe of complexity out there which we have only just begun to glimpse.

It is strange that many of our ideas of God do not start from this abundance and diversity. We tend to focus on God’s uniqueness and oneness, and assume that this is the ideal state to which we should all strive. The bible focuses on this one-ness by first of all claiming that we are all descendants of Adam. One of the most serious consequences of the fall, according to Genesis, was that human beings began to fight against each other and were unable to work for the common good. The story of Babel is only the first in a long line of stories telling of the attempt by humanity to work together, and their constant failure to do so, due to sin and division. We have had a painful reminder of the truth of those stories these last few weeks; reading accounts of the horrible legacy of slavery and the racism that has followed it in the culture of the United States.

The New Testament tells of the reversal of the process of human disintegration: it tells us of God incarnate in Christ, dying once for all upon the cross, praying in his last hours on earth “that they may all be one; even as you, Father are in me, and I in you, that they may be in us, so that the world may believe that you have sent me.” (John 17:21-22) In the story of our redemption through Christ, the day of Pentecost is the reversal of the story of Babel. Instead of Babel, this story is set in Jerusalem. People of all different languages and countries are gathered in the city, and yet they all hear the disciples telling the story of the redemption of humanity in words which they can understand. Those whom Christ redeemed are not building a tower in a vain attempt to reach heaven. Instead, God had come down to them. Through the power of the Spirit, the chaos and confusion of the story of Babel is reversed.

The fascinating aspect of the story of the descent of the Holy Spirit at the first Pentecost is that it does not result in the disappearance of our diversity. At Babel, mankind’s languages were confused. Difference became synonymous with disunity and chaos. When the Holy Spirit came to the disciples, they spoke in many languages, and difference became the occasion for humanity to reflect the wonderful complexities and endless possibilities which exist in the Godhead itself. Our unity one with another is not a bland sameness. It is a unity based on the coming of God’s Spirit to inspire our hearts. It is a unity which is based on the richness of our individual contributions, shared in the Spirit of love. The gospel does not enjoin us to abandon our differences, but to share them, and by so doing reveal to the world the power of the Spirit of God which unites us. We might be finding that harder to see just at the moment, because of physical distancing. But just take a moment to think of each other. Think of the many places in which this service is being heard. Think of the many beloved faces that we are missing while we have to celebrate our feast of title in this way.

The reading from Paul’s first letter to the Corinthians shows us how important the idea of unity was to the first Christians. The Church at Corinth was divided and argumentative. To counteract this quarreling, Paul appeals not to the distant unity of the Father, undivided in majesty and worship, but to the unity of the body of Christ inspired by the Spirit “Now there are varieties of gifts, but the same Spirit, and there are varieties of service, but the same lord, and there are varieties of working, but it is the same God who inspires them all in everyone.” (I Cor. 12:4-6) We need our different gifts now more than ever. The Spirit is speaking to you now; perhaps revealing to you some of the new and exciting possibilities we can explore during our exile from our buildings. Paul exhorts the Corinthians to rejoice in their differences, and to unite themselves with each other in inspiration and purpose. Paul believes that the Church should look more like the diverse and interdependent ecological systems of the earth than a homogenous and self-contained ghetto. I, like Paul, am convinced that there are no ghettos in heaven.

The Église française du St. Esprit is appropriately named. We come from different backgrounds and we may have many different mother-tongues, and yet we hold together as one. Pentecost reminds us that diversity is the hardest thing for a society to live with, but it is also the most dangerous thing for a society to live without. The only way we can rejoice in our differences instead of turning them into an occasion for prejudice and hatred is to let the Spirit work in our hearts through its gifts of bravery, honesty and unselfishness. The Spirit’s work is never finished, not here on earth, and not in the new world to come either. God’s diversity is infinite. The Spirit will continue to lead us into new territories. There will never come a time when we say to God (as you probably sometimes say to me) “You are repeating yourself!” Happy Pentecost!

NJM

 

Le jour de la Pentecôte                                                                                             le 31 mai 2020

J’adore visiter les jardins botaniques. Je ne suis pas particulièrement attiré par les fleurs et les arbres, plutôt par les maisons en verre construites pour recréer les divers écosystèmes de notre monde. À Kew Gardens à Londres, ou ici à New York, à Brooklyn, ou dans le Bronx, vous pouvez passer du désert à la forêt tropicale humide en passant par la toundra arctique, le tout en l’espace d’une petite heure. Je suis constamment surpris par la complexité et de la variété de notre monde. Il semble que lorsque le monde a été créé, Dieu devait être enivré par la diversité. Il n’y a pas de copier-coller ou de fade similitude ; chaque flocon de neige, coquillage ou empreinte digitale est unique. Et la diversité de notre propre monde n’a pas épuisé la créativité de Dieu. Il y a tout un univers de complexité que nous commençons à peine à entrevoir.

Il est étrange que beaucoup de nos idées sur Dieu ne dérivent pas de cette abondance et de cette diversité. Nous avons tendance à nous concentrer sur l’unicité et l’unité de Dieu, et nous supposons que c’est l’état idéal vers lequel nous devrions tous nous diriger. La Bible se concentre sur cette unicité en affirmant tout d’abord que nous sommes tous des descendants d’Adam. Selon la Genèse, l’une des conséquences les plus graves de la chute a été que les êtres humains ont commencé à se battre les uns contre les autres et n’ont pas pu œuvrer ensemble vers un bien commun. L’histoire de la tour de Babel n’est que la première d’une longue lignée d’histoires racontant la tentative de l’humanité de travailler ensemble, et leur échec constant dans cette entreprise à cause du péché et de la division. Nous avons fait face à un douloureux rappel de la véracité de ces histoires ces dernières semaines ; lire des récits sur l’horrible héritage de l’esclavage et du racisme qui en a suivi dans la culture américaine.

Le Nouveau Testament raconte le renversement du processus de désintégration humaine : il nous parle de Dieu incarné en Christ, mourant une fois pour toutes sur la croix, priant dans ses dernières heures sur terre « afin que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient [un] en nous pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jean 17:21-22) Dans l’histoire de notre rédemption par le Christ, le jour de la Pentecôte est le renversement de l’histoire de Babel. Au lieu de Babel, cette histoire se déroule à Jérusalem. Des gens de toutes les langues et de tous les pays sont rassemblés dans la ville, et pourtant ils entendent tous les disciples raconter l’histoire de la rédemption de l’humanité avec des mots qu’ils peuvent comprendre. Ceux que le Christ a rachetés ne construisent pas une tour dans une vaine tentative d’atteindre le ciel. Au lieu de cela, Dieu est descendu vers eux. Grâce à la puissance de l’Esprit, le chaos et la confusion de l’histoire de Babel sont inversés.

L’aspect fascinant de l’histoire de la descente du Saint-Esprit à la première Pentecôte est qu’elle n’entraîne pas la disparition de notre diversité. À Babel, les langues des hommes étaient embrouillées. La différence est devenue synonyme de désunion et de chaos. Lorsque les disciples ont reçu le Saint-Esprit, ils ont parlé dans de nombreuses langues et la différence est devenue l’occasion pour l’humanité de refléter les merveilleuses complexités et les possibilités infinies qui existent dans la Divinité elle-même. Notre unité les uns avec les autres n’est pas une similitude fade. C’est une unité basée sur la venue de l’Esprit de Dieu pour inspirer nos cœurs. C’est une unité qui se fonde sur la richesse de nos contributions individuelles, partagées dans l’Esprit d’amour. L’Évangile ne nous invite pas à abandonner nos différences, mais à les partager, et ainsi à révéler au monde la puissance de l’Esprit de Dieu qui nous unit. Nous pouvons trouver cela plus difficile à voir en ce moment, à cause de l’éloignement physique. Mais prenez juste un moment pour penser les uns aux autres. Pensez aux nombreux endroits où cet office est entendu. Pensez aux nombreux visages bien-aimés qui nous manquent alors que nous devons célébrer notre fête de cette façon.

La lecture de la première lettre de Paul aux Corinthiens nous montre combien l’idée d’unité était importante pour les premiers chrétiens. L’église de Corinthe était divisée et avait l’esprit de contradiction. Pour contrecarrer cette querelle, Paul fait appel non pas à l’unité éloignée du Père, indivisible en majesté et adoration, mais à l’unité du corps du Christ inspirée par l’Esprit « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de services, mais le même Seigneur ; diversité d’actes, mais le même Dieu qui accomplit tout en tous… » (I Cor. 12:4-6) Nous avons plus que jamais besoin de nos différents dons. L’Esprit vous parle maintenant ; peut-être en vous révélant quelques-unes des possibilités nouvelles et passionnantes que nous pouvons explorer pendant l’exil de nos bâtiments. Paul exhorte les Corinthiens à se réjouir de leurs différences et à s’unir les uns aux autres dans l’inspiration et l’objectif. Paul croit que l’Église devrait ressembler davantage aux systèmes écologiques divers et interdépendants de la terre qu’à un ghetto homogène et autonome. Comme Paul, je suis convaincu qu’il n’y a pas de ghetto au paradis.

L’église française du Saint-Esprit porte bien son nom. Nous venons d’horizons différents et nous pouvons avoir de nombreuses langues maternelles différentes, et pourtant nous nous unissons. La Pentecôte nous rappelle que la diversité est la chose la plus difficile à vivre dans une société, mais c’est aussi la chose dans laquelle il est le plus dangereux de vivre. La seule façon de nous réjouir de nos différences au lieu de les transformer en une occasion de préjugés et de haine est de laisser l’Esprit agir dans nos cœurs par ses dons de bravoure, d’honnêteté et d’altruisme. L’œuvre de l’Esprit n’est jamais terminée, ni ici sur terre, ni dans le nouveau monde à venir. La diversité de Dieu est infinie. L’Esprit continuera de nous conduire dans de nouveaux territoires. Il n’y aura jamais un moment où nous dirons à Dieu (comme vous me le dites probablement parfois) « Tu te répètes ! » Bonne Pentecôte !

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Easter VII – Ascension

Easter VII – Ascension
May 24, 2020
Acts 1:6-14 I Peter 4:12-14 John 17:1-11

Luke tells us that the ascension took place from the Mount of Olives. This mount is almost eight hundred and twenty meters (three thousand feet) high. From the summit, you can see a panoramic view of the city of Jerusalem. The Ascension narrative isn’t the first time this mount has appeared in the gospels. It was on the mount of Olives that Jesus wept over Jerusalem. He taught his disciples on the slopes of the mountain, and it was here that he was betrayed by Judas in the Garden of Gethsemane. The Mount of Olives is also the site of some of the most famous cemeteries in the world. The southern ridge of the mountain is one huge necropolis. Over one hundred and fifty thousand people are buried there, and those interred include the prophets whose books appear in the Bible – Haggai, Zechariah and Malachi. It is said that Absalom, the son of King David is also buried on the mountain. It’s still an active cemetery today. The Israeli prime-minister Begin and the mother of the Duke of Edinburgh (husband of Elizabeth II) are buried there.

Because of its high elevation, and because of its association with leave-taking and burials, it is perhaps appropriate that Jesus chose this place as the site of his ascension into heaven. The primary significance of this event for the disciples was the physical departure of their lord and savior from the earth. He was returning to his heavenly father, from whence he had come. His body would no longer be physically present on earth. In one sense, the ascension of Jesus was a sort of funeral. That’s why artistic depictions of the ascension often show half of the disciples looking amazed, and the other half looking grief-stricken.

But there is much more to the ascension story than this. The ascension was also the consummation of the earthly mission of Jesus. It was on the Mount of Olives that the physical incarnational work was concluded. The ascension is also the moment when we see the earthly Jesus transformed into the glorious Christ. It is a moment of triumph: The event through which the disciples can glimpse the true glory of the One who had lived amongst them for so long. The witnesses to the ascension received a resounding confirmation of who Jesus was. As he disappeared in the cloud, they knew that he was returning to the place in heaven from which he had originally come.

The ascension is not just a quasi-funeral. It is also a moment of transition. As Jesus is no longer physically present, the disciples begin to look forward to the coming of the Spirit. The whole story has a note of expectation about it. The disciples ask a pointed question about the coming of the Kingdom of God. What is it? Where is it? Is it only to be found in heaven, where Jesus appears to be headed? Where is it now? We ask the same sort of questions. Every time we pray the Lord’s Prayer, we say, “Thy Kingdom come, they will be done on earth as it is in heaven.” Jesus seems to be asking us to live as if the Kingdom is already here. It isn’t a distant dream, but a potential present reality. Where can we see the Kingdom of God in the here and now?

I mentioned earlier that the ascension is a sort of funeral, and it’s interesting to note that when we lose someone we love, we ask similar questions. What does heaven mean? Where is our loved one now? Are they only to be found in heaven, where Jesus went at the ascension? Is our fate to be the same as the fate of the savior who conquered death on our behalf? When we pass through grief, these questions seem so very hard to answer. And yet something strange often happens. When my parents died, I was overcome with grief. But one of the first things that I noticed, was that I began to see them again in the things and the people that they loved. My father loved animals and birds, my mother was a great star-gazer and lover of flowers. It was some comfort to me that I saw them there – that my appreciation of those things was deepened by the remembrance of them shining through those places of beauty.

So, what of Jesus? How were the disciples comforted after his physical departure? Jesus became most visible and most present in the things and the people that he loved; most of all, in the people that he loved so much that he laid down his life for them. Jesus is still most visible and present to us in those that he loves. We see Jesus in each other. Each of us is the object of Jesus’ infinite love. He is still imminent, through the love that flows through us in the power of the Spirit – the Comforter that he promised to send us.

At his departure, Jesus sent the disciples back to Jerusalem to watch and to pray. It was there that they gathered together to contemplate what they had seen and heard. They drew strength from each other through the stories they told of him, and saw him in each other’s faces. Just like them, we are called to watch and to pray. It is our watching and praying, even in the midst of the most difficult times we’re currently facing, that we learn the true nature of the Kingdom: that it is within us; and through us the Spirit is working for the final and inevitable triumph of God’s love.

NJM

 

Le septième Dimanche après Pâques                                                                   le 24 mai 2020

Luc nous dit que l’ascension a eu lieu au sommet du mont des Oliviers. Ce mont mesure près de huit-cent-vingt mètres (trois mille pieds) de haut. Du sommet, vous pouvez observer une vue panoramique de la ville de Jérusalem. Le récit de l’Ascension n’est pas la première fois que ce mont apparaît dans les Évangiles. C’est sur le mont des Oliviers que Jésus a pleuré pour Jérusalem. Il a enseigné à ses disciples sur les pentes du mont, et c’est ici qu’il a été trahi par Judas dans le jardin de Gethsémani. Le Mont des Oliviers est également le site de certains des cimetières les plus célèbres du monde. La crête au sud de la montagne est une immense nécropole. Plus de cent-cinquante-mille personnes y sont enterrées, et parmi celles enterrées figurent les prophètes dont les livres apparaissent dans la Bible – Aggée, Zacharie et Malachie. On dit qu’Absalom, le fils du roi David est également enterré sur la montagne. C’est encore un cimetière actif aujourd’hui. Le Premier ministre israélien Begin et la mère du duc d’Édimbourg (époux d’Elizabeth II) y sont enterrés.

En raison de sa haute élévation, et en raison de son association avec les adieux et les enterrements, il est peut-être approprié que Jésus choisisse cet endroit comme le site de son ascension au ciel. La principale signification de cet événement pour les disciples était le départ physique de leur seigneur et sauveur de la terre. Il retournait vers son père céleste, d’où il était venu. Son corps ne serait plus physiquement présent sur terre. Dans un sens, l’ascension de Jésus était une sorte d’enterrement. C’est pourquoi les représentations artistiques de l’ascension montrent souvent que la moitié des disciples semblent stupéfaits et l’autre moitié affligée.

Mais il y a bien plus dans l’histoire de l’ascension que cela. L’ascension a également été l’aboutissement de la mission terrestre de Jésus. C’est sur le Mont des Oliviers que le travail physique d’incarnation s’est achevé. L’ascension est aussi le moment où nous voyons le Jésus terrestre transformé en Christ glorieux. C’est un moment de triomphe : l’événement à travers lequel les disciples peuvent entrevoir la vraie gloire de Celui qui a vécu parmi eux pendant si longtemps. Les témoins de l’ascension ont reçu une confirmation éclatante de qui était Jésus. Alors qu’il disparaissait dans la nuée, ils savaient qu’il retournait à l’endroit du ciel d’où il était d’abord venu.

L’ascension n’est pas seulement un quasi-enterrement. C’est aussi un moment de transition. Comme Jésus n’est plus physiquement présent, les disciples commencent à attendre avec impatience la venue de l’Esprit. L’histoire entière a une note d’attente à ce sujet. Les disciples posent une question précise sur la venue du Royaume de Dieu. Qu’est-ce que c’est ? Où est-ce ? Ne le trouve-t-on qu’au ciel, où Jésus semble se diriger ? Où est-il maintenant ? Nous posons le même genre de questions. Chaque fois que nous récitons le Notre Père, nous disons : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Jésus semble nous demander de vivre comme si le Royaume était déjà là. Ce n’est pas un rêve lointain, mais une réalité présente potentielle. Où pouvons-nous voir le Royaume de Dieu ici et maintenant ?

J’ai mentionné plus tôt que l’ascension est une sorte d’enterrement, et il est intéressant de noter que lorsque nous perdons quelqu’un que nous aimons, nous posons des questions similaires. Que signifie le paradis ? Où est notre être cher maintenant ? Ne sont-ils trouvables qu’au ciel, où Jésus est allé à l’ascension ? Notre sort doit-il être le même que celui du sauveur qui a vaincu la mort en notre nom ? Lorsque nous traversons un chagrin, il semble si difficile de trouver des réponses à ces questions. Et pourtant, quelque chose d’étrange se produit souvent. Quand mes parents sont morts, j’ai été submergé de chagrin. Mais l’une des premières choses que j’ai remarquées, c’est que j’ai recommencé à les voir dans les choses et les gens qu’ils aimaient. Mon père aimait les animaux et les oiseaux, ma mère était une grande observatrice des étoiles et une amoureuse des fleurs. C’était un peu réconfortant pour moi de les voir dans ces choses – et que mon appréciation de celles-ci ait été approfondie par leur souvenir qui brillait à travers ces endroits de beauté.

Alors, qu’en est-il de Jésus ? Comment les disciples ont-ils été réconfortés après son départ physique ? Jésus est devenu le plus visible et le plus présent dans les choses et les gens qu’il aimait ; surtout, dans les gens qu’il aimait tant qu’il a donné sa vie pour eux. Jésus est encore plus visible et présent pour nous dans ceux qu’il aime. Nous voyons Jésus l’un dans l’autre. Chacun de nous est l’objet de l’amour infini de Jésus. Il est toujours imminent, à travers l’amour qui coule en nous dans la puissance de l’Esprit – le Consolateur qu’il a promis de nous envoyer.

À son départ, Jésus a renvoyé les disciples à Jérusalem pour observer et prier. C’est là qu’ils se sont réunis pour contempler ce qu’ils avaient vu et entendu. Ils ont tiré de la force les uns des autres à travers les histoires qu’ils ont racontées de lui et son image qu’ils observaient dans leurs propres visages. Tout comme eux, nous sommes appelés à observer et à prier. C’est en observant et en priant, même au milieu des moments les plus difficiles que nous connaissons actuellement, que nous apprenons la vraie nature du Royaume : qu’il est en nous ; et à travers nous l’Esprit œuvre pour le triomphe final et inévitable de l’amour de Dieu.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Easter VI

Sixth Sunday of Easter
May 17, 2020
Acts 12:22 – 31   I Peter 3:13 – 2 John 14:15 – 21

The account of Paul’s visit to the Areopagus in Athens is one of the stories in which I find myself feeling a bit sorry for this often-maligned Apostle. He is on his Second Missionary Journey, and he is alone in Athens waiting for the arrival of his helpers, Silas and Timothy. He is used to preaching in synagogues and church meetings, and now he finds himself called to explain his Christian message to the sophisticated Epicurean and Stoic philosophers in one of the most prestigious intellectual capitals of the Mediterranean world.  Wandering around the streets and temples, he is horrified at what he perceives to be the decadent idolatry of the people. He is caught between two cultures – his Jewish upbringing, and his desire to bring the Christian message to the pagan non-Jewish world. He has already argued with Jewish leaders, who criticized him for abandoning God’s chosen people and contaminating their religious purity by welcoming unclean Gentiles. Now he is speaking to the representatives of a culture who thought they were superior to all other peoples (whom they called Barbarians) because when they spoke, their language sounded like the bleating of sheep. Poor old Paul just can’t win. Everywhere he goes, he is struggling to get his hearers to see beyond their narrow cultural confines and accept the universal message of Jesus.

It is no wonder that people have found this little sermon of Paul controversial. Fundamentalists don’t like it because he compliments the pagan Athenians for being religious people, and therefore suggests that they know something about God without His having been revealed in Christ. Liberals don’t like it because he talks about God fixing the boundaries of nations, and therefore gives support to those who believe in things like the Manifest Destiny of the Americans or the so-called White Man’s Burden of the Colonial nations of Europe. It is important to remember the historical time in which Paul was preaching. The empire of Alexander the Great was already three hundred years old – he had made the Greek language and culture the universal medium of the Eastern Mediterranean. People were becoming less and less isolated. To this cultural universality was added the Pax Romanum – a political stability which enabled people to travel freely and exchange ideas. The world could not have been more ready for the coming of a religious leader who could help people to see that their cultural and political unities were only a part of the universal spiritual brotherhood of all human kind.

In order to persuade his hearers, Paul makes three very clear points. Firstly, he tells them that God is ultimately uncontainable. He can’t be confined to one culture or to one place. He can’t be imprisoned in a sanctuary or a system constructed by human hands or minds. If you think you can tame God, it is certainly not the one true God that you are worshiping. Secondly, God doesn’t need anything from us – God does not need our food, our guns, our bombs or our propaganda to make his message of love known. If you think that you can put God in your debt by giving him your time, your resources or your worship, it is not the one true God that you are worshiping.  Thirdly, we are all the children of this same God. No one child is more or less beloved than another. We are all equals in God’s sight. If you think that your particular worship of God makes you uniquely special among all the peoples of the earth, it is not the one true God that you are worshiping.  Paul diagnoses the symptoms of the culture of death that he sees around him; both in his fellow Jews and his Gentile hearers. He calls this culture of death idolatry. He sees that their arrogance means that they are separated from each other. It is impossible for them to live in community. Their separation means that they attempt to control each other and dictate the responses and behavior of the people they believe to be their cultural rivals. They think themselves to be superior in all things, and mistake their religiosity and superstition for the mysteries of faith, hope and love.  Christ has shown us that faith, hope and love can never be contained in our man-made idols. They will constantly burst free through the power of the spirit of Pentecost.

For an improvised address, Paul did very well. We are called to do the same thing in our own time and place. Instead of the Greek language and the Pax Romanum we have globalism, nationalism, a pandemic that is affecting us all, and the proliferation of new ways to communicate with each other through technology. Compared to Paul, how are we faring in our attempts to understand the culture of our day? How do we bring the message of Christ’s love for all people to those of our own times? Do we use the technologies at our disposal purely for our own entertainment and to reinforce our opinions by protecting ourselves in the bubble in which we have chosen to live? Christ calls us out of our closed minds and our thoughtless idolatry. He calls us to live in community. The Holy Spirit can pass through our closed doors. The Holy Spirit is forming us even now – though we have to meet together through the internet for the moment. The Holy Spirit is still the herald and channel of God’s love, and each one of us can feel held together in that love. One day we will be able to see both each other and our loving savior face to face.

NJM

SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES                                                                            le 17 mai, 2020

Le récit de la visite de Paul à l’aréopage d’Athènes est l’une des histoires qui me rend un petit peu triste pour cet apôtre souvent calomnié. Seul à Athènes, durant son deuxième voyage missionnaire, il attend que ses assistants Silas et Thimothée arrivent. Il a l’habitude de prêcher dans des synagogues, ou des réunions d’églises, et maintenant, il se trouve appelé à expliquer son message chrétien face à des épicuriens sophistiqués, et des philosophes stoïques, dans l’une des plus prestigieuses capitales intellectuelles du monde méditerranéen. Errant dans les rues et les temples, il se trouve horrifié par ce qu’il perçoit comme l’idolâtrie décadente du peuple. Il est prisonnier entre deux cultures – son éducation juive, et son désir de partager le message chrétien avec le monde païen, non-juif. Il a déjà fait face aux guides juifs qui l’ont critiqué. Ils l’ont accusé d’abandonner le peuple élu par Dieu et de contaminer la pureté de leur religion en accueillant les Gentils malpropres. Et maintenant, il parle aux représentants d’une culture qui se sent supérieure à tous les autres peuples (qu’ils appelaient des barbares), car quand ceux-ci parlaient, leur langue ressemblait aux bêlements d’un mouton. Notre pauvre Paul ne peut pas gagner. Où qu’il aille, il se bat afin que ses orateurs puissent voir plus loin que les limites étroites du confinement de leur culture, et acceptent le message universel de Jésus.

Il n’est pas surprenant que ce petit sermon de Paul ait prêté à controverse. Les fondamentalistes ne l’aiment pas car il fait le compliment des qualités religieuses des païens d’Athènes, et ainsi suggère qu’ils connaissent Dieu sans que celui-ci ait été révélé en Jésus Christ. Les libéraux ne l’aiment pas, car il dit que Dieu détermine les frontières des nations, et ainsi supporte ceux qui croient en des choses comme la destinée manifeste américaine, ou le soi-disant fardeau colonialiste de l’homme blanc d’Europe. Il est important de se souvenir du temps historique durant lequel Paul prêchait. L’Empire d’Alexandre le Grand avait déjà trois-cent ans – il avait fait de la culture, et de la langue grecque, le medium universel de l’Est Méditerrané. Les gens étaient de moins en moins isolés. À cette culture universelle fut ajouté le Pax Romanum – une stabilité politique qui a permis au gens de voyager librement, et d’échanger des idées. Le monde ne pouvais pas être plus prêt pour l’arrivé d’un guide religieux pouvant aider les gens à voir que leur unité politique et religieuse n’était qu’une partie de la fraternité spirituelle universelle de l’humanité entière.

Afin de persuader ses orateurs, Paul divise son discours en trois points très clairs. Premièrement, il dit que Dieu ne peut en aucun cas être contenu. Il ne peut pas être enfermé dans une culture, où un lieu. Il ne peut pas être emprisonné dans un sanctuaire, ou dans un système construit par des êtres ou esprits humains. Si vous pensez que vous pouvez apprivoiser Dieu, ce n’est certainement pas le vrai Dieu unique que vous adorez. Deuxièmement, Dieu ne nécessite rien de nous – il ne nécessite pas notre nourriture, nos armes, nos bombes, ou nos propagandes afin de faire connaître son message d’amour. Si vous pensez que vous pouvez rendre Dieu redevable en lui donnant votre temps, vos ressources, ou votre adoration, ce n’est pas le vrai Dieu unique que vous adorez. Troisièmement, nous sommes tous les enfants du même Dieu. Il n’y a pas un enfant plus ou moins aimé que l’autre. Nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu. Si vous pensez que votre particulière adoration de Dieu vous rend unique et spécial parmi tous les peuples de la terre, ce n’est pas le vrai Dieu unique que vous adorez. Paul identifie les symptômes du culte de la mort qu’il voit autour de lui ; autant en ses confrères juifs, qu’en ses orateurs Gentils. Il appelle ce culte de la mort, de l’idolâtrie. Il remarque que leur arrogance fait qu’ils sont séparés les uns des autres. Il leur est impossible de vivre en communauté. Leur séparation signifie qu’ils tentent de se contrôler les uns les autres, et de dicter les réponses et les comportements de ceux qu’ils considèrent leurs rivaux culturels. Ils se croient supérieurs en tout point, et confondent leur religiosité et leurs superstitions, avec le mystère de la foi, de l’espoir, et de l’amour. Christ nous a montré que la foi, l’espoir, et l’amour, ne peuvent être contenus dans les idoles que nous créons. Ceux-ci s’évaderont sans cesse à travers l’esprit de la Pentecôte.

Pour un discours improvisé, Paul s’est très bien débrouillé. Et de nos jours, où que nous vivions, nous sommes appelés à faire la même chose. À défaut de la langue grecque et du Pax Romanum, nous avons le mondialisme, le nationalisme, une pandémie qui nous affecte tous et la prolifération de nouvelles façons de communiquer les uns avec les autres grâce à la technologie. Comparé à Paul, comment nous en tirons-nous dans nos tentatives de comprendre la culture actuelle ? Comment communiquons-nous le message de l’amour du Christ pour tous les peuples à nos contemporains ? Utilisons-nous les technologies à notre disposition uniquement pour notre propre divertissement et pour renforcer nos opinions en nous protégeant dans la bulle dans laquelle nous avons choisi de vivre ? Christ nous appelle hors de nos esprits fermés et de notre idolâtrie sans fond. Il nous appelle à vivre en communauté. Le Saint-Esprit peut passer par nos portes fermées. Le Saint-Esprit nous forme même maintenant – bien que nous devions nous réunir via Internet pour le moment. Le Saint-Esprit est toujours le héraut et le canal de l’amour de Dieu, et chacun de nous peut se sentir lié dans cet amour. Un jour, nous pourrons nous voir face à face avec notre Sauveur aimant.

NJM / Version Fr. FS

Sermon – Easter IV

Easter IV   May 3, 2020
Acts 2:42-47 I Peter 2:19-25 John 10:1-10

The first funeral I took at St. Esprit took place two months after my arrival. It was for a former member of the Vestry of the church, and the scion of a prestigious New York family. He had had rather a colorful life; his three marriages and his adventurous use of family resources had restricted his available finances. He had retired to a cottage in Maine, and four times a year St. Esprit’s Vestry paid for him to come to the city to attend meetings and read the lesson on Sundays. On one occasion in the early 1980’s (so the story goes), his visit coincided with the reading we heard from the book of Acts, describing the life of the early followers of the Jesus movement who sold everything they had and shared their resources in common. The Rector of the church at that time, Tom Wile, asked him to read the passage. “I’m not reading that,” he said. “It’s Communist.” I was told that Tom looked him in the eye and replied, “We pay for your transport and your accommodation. You’ll read what I ask you to read!”

Today, this story reads like a vignette of a time – or of several times – that have long since disappeared. As church members today, we don’t sell everything we have and hold our possessions in common. Neither do we think that the members of the earliest Christian communities must have been Communists. Today’s vestry members at St. Esprit would certainly not pay four times a year for one of their members to take a first-class train ticket from Maine and put them up in the Union Club for three weeks so that they could attend a Vestry meeting. Hearing this story today in the light of our current circumstances, we might feel a little jealous or at least a little wistful: thinking of times when people could live together without restrictions being placed on their association, enjoy free travel wherever they wanted to go, and come together in the church for a celebratory service and reception.

It is true that we are living in strange times. We heard this week that Bishop Andy has suspended public worship for another eight weeks – until the first week in July (God willing). Despite these challenges and disappointments, we are discovering new ways to be the church and to be together in worship, fellowship and service. Through the hard work of our staff, we are able to meet together virtually at least twice a day to pray, meditate and learn. And this is only the tip of the iceberg. You would be amazed to hear about the cards and the offerings and emails we are receiving, in appreciation of your continuing work. You would be moved to hear of all the telephone calls and emails between our members who are looking after each other in the middle of all this uncertainty. Friendships and fellowship forged in happier times are taking us through a period of isolation and uncertainty. We are seeing how love – just as it always was – will remain the guiding light for us in our shared future.

And this is not all. Though it is still to early to draw lasting lessons from our experience; let alone to lay down concrete plans for tomorrow, we are starting to observe how God is waking us up to some realities that we had ignored while we were living in our consumerist trance. In a society that had become used to instant gratification and getting anything it wanted in double-quick time, we are learning to be patient and to wait. In a society that had become used to dealing in absolutes and in certainties, we are learning to live with ambiguity. In a society that had become seduced by celebrity and wealth, we have had our eyes opened to the value of workers that we had consigned to the margins and shadows; considering them – if we considered them at all – to be mere cogs in the machine of our consumerist culture.

Of course we are going to read that lesson from the book of Acts differently today than it was read all those decades ago in the time of the Rev. Thomas Wile. There is little point in being nostalgic about a time that was far from perfect. What we can hold onto and draw comfort from is this: the same Spirit that inspired those first disciples to pool their resources and live in common is still guiding us today. Our paschal candle is still burning brightly, and we have just celebrated the death and resurrection of our savior. Wherever the future takes us, the resurrection will still be proclaimed. The Bible will still be read. The sacraments will still be celebrated. We will continue to pray and to sing, to lament and to rejoice together. We will continue to model ourselves on Jesus: the one who said to us, “By this shall all people know that you are my disciples: that you have love for one another.” That is why his first followers shared what they had in common. That is why we are supporting each other today. That is what makes the church the church. And no matter what happens, no virus will stop us from following in Jesus’ footsteps.

NJM

 

Le quatrième Dimanche de Pâques                                                                            le 3 mai 2020

Les premières funérailles que j’ai célébrées à Saint-Esprit ont eu lieu deux mois après mon arrivée. C’était celles d’un ancien membre du consistoire de l’église et le descendant d’une prestigieuse famille new-yorkaise. Il avait eu une vie plutôt haute en couleur ; ses trois mariages et son utilisation aventureuse des ressources familiales avaient limité ses finances. Il avait pris sa retraite dans un chalet du Maine, et quatre fois par an, le consistoire de Saint-Esprit payait pour qu’il vienne en ville assister à leurs réunions et lire la leçon le dimanche. Une fois, au début des années 1980 (d’après ce qu’on m’a dit), sa visite a coïncidé avec la lecture que nous avons entendue du livre des Actes, décrivant la vie des premiers disciples du mouvement de Jésus qui ont vendu tout ce qu’ils avaient et mis leurs ressources en commun. Le recteur de l’époque, Tom Wile, lui a demandé de lire le passage. « Je ne lis pas ça », a-t-il dit, « C’est communiste. » On m’a dit que Tom l’a regardé dans les yeux et a répondu : « Nous payons votre transport et votre logement. Vous lirez ce que je vous demande de lire ! »

Aujourd’hui, cette histoire se lit comme une vignette tirée d’une époque – ou de plusieurs – qui ont depuis longtemps disparu. En tant que membres d’une église aujourd’hui, nous ne vendons pas tout ce que nous avons pour mettre nos biens en commun. Nous ne pensons pas non plus que les membres des premières communautés chrétiennes aient dû être communistes. Les membres du consistoire d’aujourd’hui à Saint-Esprit ne paieraient certainement pas quatre fois par an pour que l’un de leurs membres prenne le train du Maine en première classe, puis qu’il s’installe à l’Union Club pendant trois semaines afin qu’ils puissent assister à leur réunion. En entendant cette histoire aujourd’hui à la lumière de nos circonstances actuelles, nous pourrions nous sentir un peu jaloux ou du moins un peu mélancoliques : penser à des moments où les gens pouvaient vivre ensemble sans que des restrictions soient imposées à leur association, profiter de voyages gratuits partout où ils voulaient aller, et se réunir dans l’église pour un office de célébration et une réception.

Il est vrai que nous vivons à une époque étrange. Nous avons appris cette semaine que l’Évêque Andy a suspendu le culte public pendant huit semaines supplémentaires – jusqu’à la première semaine de juillet (si Dieu le veut). Malgré ces défis et ces déceptions, nous découvrons de nouvelles façons d’être l’Église et d’être ensemble dans l’adoration, la communion et le service. Grâce au travail acharné de notre personnel, nous sommes en mesure de nous réunir pratiquement au moins deux fois par jour pour prier, méditer et apprendre. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Vous seriez stupéfaits par le nombre de cartes, de dons et de courriels que nous recevons en reconnaissance de votre travail continu. Vous seriez émus par tous les appels téléphoniques et courriels entre nos membres qui prennent soin les uns des autres au milieu de toute cette incertitude. Les amitiés et la camaraderie forgées dans des temps plus heureux nous font traverser une période d’isolement et d’incertitude. Nous voyons comment l’amour – comme il l’a toujours été – restera la lumière directrice dans notre avenir commun.

Et ce n’est pas tout. Bien qu’il soit encore trop tôt pour tirer des leçons durables de notre expérience ; sans parler d’établir des plans concrets pour demain, nous commençons à observer comment Dieu nous éveille à certaines réalités que nous avions ignorées pendant que nous vivions dans notre transe consumériste. Dans une société qui s’était habituée à la gratification instantanée et à obtenir tout ce qu’elle voulait en vitesse, nous apprenons à être patients et à attendre. Dans une société habituée à concevoir les choses en absolus et certitudes, nous apprenons à vivre dans l’ambiguïté. Dans une société qui avait été séduite par la célébrité et la richesse, nos yeux se sont ouverts face à la valeur des travailleurs que nous avions placés en marge et dans l’ombre ; considérés avant – si nous leur offrions même de la considération – comme de simples rouages ​​de la machine de notre culture consumériste.

Bien sûr, nous allons lire cette leçon du livre des Actes différemment aujourd’hui que lorsqu’elle a été lue il y a plusieurs décennies à l’époque du révérend Thomas Wile. Il ne sert à rien d’avoir de la nostalgie pour une époque loin d’être parfaite. Ce à quoi nous pouvons nous accrocher et qui peut nous réconforter est ceci : le même Esprit qui a inspiré ces premiers disciples à mettre leurs ressources en commun et à vivre en commun nous guide encore aujourd’hui. Notre bougie pascale brûle toujours vivement et nous venons de célébrer la mort et la résurrection de notre Sauveur. Où que l’avenir puisse nous mener, la résurrection sera toujours proclamée. La Bible sera toujours lue. Les sacrements seront toujours célébrés. Nous continuerons à prier et à chanter, à nous lamenter et à nous réjouir ensemble. Nous continuerons à suivre l’exemple de Jésus : celui qui nous a dit : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » C’est pourquoi ses premiers disciples ont mis ce qu’ils avaient en commun. C’est pourquoi nous nous soutenons aujourd’hui. C’est ce qui fait l’Église, l’Église. Et quoi qu’il arrive, aucun virus ne nous empêchera de suivre les pas de Jésus.

NJM Ver. Fr. FS

Easter III – Sermon

EASTER III
Sunday, April 26, 2020
Acts 2:14a, 36-41         1 Peter 1:17-23             Luke 24:13-35

I suppose we all possess an item or two that we would describe as ‘keepsakes’; a piece of jewelry, an ornament or even a letter or a card. We save these little objects or letters to remind us of someone or some time in our lives that are still important to us. We might even look at these things, or carry them with us when we feel fragile or unhappy. Some people turn such objects into lucky charms. They would not go to a job interview or a hospital appointment without carrying a particular object with them or wearing a particular item of clothing. Perhaps they are simply a source of comfort. Perhaps we even imbue them with the power to change our circumstances magically. In this case, they become of amulets. They become objects in which we have faith.

If you pay a visit to any of the world’s great museums you will see that amulets and cultic charms feature largely in their collections of ancient cultures. An amulet can be made of any object — a stone, a plant, a piece of jewelry or a piece of writing. Sometimes these were mere chips of semi-precious or precious stones. At other times they were made in the shape of animals or insects, eyes, fingers, or other body parts. The amulet was then suspended from the neck, or tied to any part of the body. Amulets were supposed to counteract poison, cure or prevent disease, ward off the evil eye, aid women in childbirth, deflect calamities and secure good luck in every circumstance. In the ancient world, everyone believed in the power of amulets. The art of medicine was all about how to make amulets, and what to do with them once you had made them. To doubt the power of amulets would be the equivalent of doubting medicine in our own day. The Hebrews were not immune to this instinct. They wore crescent moons to ward off the evil eye, and they attached bells to their clothes to chase away evil spirits. Sometimes Christians regard their crosses or their crucifixes, their rosaries or their bibles as having a special power of their own. Every single one of these amulets tells us how deeply us humans feel the need to control the dangers of the physical and spiritual worlds in which we live. They are objects of sympathetic magic; whereby a physical object that can be possessed or controlled becomes a container for our hopes and fears.

Over the centuries, the church has taught that we do not need to resort to placating human or supernatural enemies by means of amulets or superstitious practices. Christians live in fear of God; we know what price Jesus paid to free us from our enemies, and we celebrated our deliverance on Easter morning. In his first letter to the Church, Peter tells us that perishable things made of gold or silver dominated the previous life of those who now believe in the power of the blood of Christ. “You know that you were ransomed from the futile ways inherited from your ancestors, not with perishable things like silver or gold, but with the precious blood of Christ, like that of a lamb without defect or blemish.”

The magic associated with certain objects has taken on a different form in our consumer society. The so-called hand of the capitalist free market has taken the place of the mystical hand known in Morocco as the Hamsa. Our purchasing power is supposed to protect us. We fool ourselves into thinking that ‘once the market gets going again, everything will go back to normal’, and this is no less magical thinking than that associated in the ancient world with amulets. Why do we think our purchasing power gives us freedom? What do we do with things once we have bought them? Do we truly value them, or was their acquisition more important than the enjoyment we get from them? How much trust can we place in an economy that falls apart as soon as the cycle of ‘buy, buy, buy’ is suspended for a few weeks?

Where, then, do we place our trust? Our freedom – our redemption – does not come from some object or person that can be possessed. “You have been bought anew not with perishable but imperishable seed; with the word of God.” Like love and like life itself, our freedom and our dignity are based on a Word, or on a promise. Our hopes for the life to come are based on the same promise. It’s not magic. It can’t be manipulated. For that reason we sometimes doubt, and we are not convinced that it will work. But we don’t have to manipulate it or work at it. It is God’s promise. He calls us to leave childish things behind, to grow into spiritual maturity. Our current circumstances are slowly teaching us about the things that we really value, and how we might appreciate them, preserve them and help them to flourish. Our possessions – however valuable – are mere toys when compared with the immeasurable and free love of God; shown to us through our families, our friends, our neighbors and the beauty of the world itself. May God continue to protect you under the shadow of that love until we meet in person again.

NJM

 

Le troisième dimanche de Pâques                                                   Dimanche 26 avril 2020
J’imagine que nous avons tous un ou deux objets que nous considérons comme des ‘souvenirs’; un bijou, un objet décoratif ou même une lettre ou une carte. Nous gardons ces petits objets ou ces lettres pour nous souvenir de quelqu’un ou de moments auxquels nous accordons toujours de l’importance. Peut-être même que lorsque nous nous sentons fragiles ou tristes, nous regardons ces objets ou nous les gardons sur nous. Certains font de ces objets des porte-bonheurs. Ils n’iraient pas à un entretien d’embauche ou à un rendez-vous à l’hôpital sans transporter un certain objet sur eux ou bien sans porter un vêtement particulier. Peut-être que ceux-ci sont seulement une source de réconfort. Peut-être même que nous les imprégnons du pouvoir de changer nos situations de façon magique. Dans ce cas, ils deviennent des amulettes. Nous développons une Foi en ces objets.

Si vous visitez n’importe quel grand musée du monde, vous verrez que les amulettes et breloques cultuelles tiennent une place importante dans leurs collections des cultures antiques. On peut faire une amulette de n’importe quel objet – un caillou, une plante, un bijou ou un écrit. Parfois, celles-ci n’étaient qu’un éclat de pierre précieuse ou semi-précieuse. D’autres représentaient des animaux ou des insectes, des yeux, des doigts, ou d’autres parties du corps. Les amulettes se portaient alors en collier, ou bien on les attachait à une autre partie du corps. Elles étaient supposées contrer les poisons, guérir ou empêcher les maladies, éloigner le mauvais œil, aider les femmes lors des accouchements, palier aux désastres et apporter la bonne fortune dans toutes les circonstances. Dans le monde antique, tout le monde croyait au pouvoir des amulettes. L’art de la médecine consistait à savoir faire des amulettes, et à savoir comment s’en servir ensuite. Douter du pouvoir des amulettes aurait été comme douter de la médecine aujourd’hui. Les hébreux n’étaient pas insensibles à cet instinct. Ils portaient des croissants de lune pour repousser le mauvais œil, et ils attachaient des clochettes à leurs vêtements pour chasser les mauvais esprits. Parfois les chrétiens considèrent que leurs croix, leurs crucifix, ou bien leurs chapelets et leurs Bibles détiennent des pouvoirs particuliers. Chacune de ces amulettes nous montre à quel point les êtres humains que nous sommes ont besoin de contrôler les dangers du monde physique et spirituel qui nous entourent. Ce sont des objets de magie compatissante ; où un objet physique que l’on peut posséder ou contrôler devient le réceptacle de nos espoirs et de nos peurs.

À travers les siècles, l’Église nous a appris que nous n’avons pas besoin d’apaiser nos ennemis humains ou supranaturels en utilisant des amulettes ou des méthodes superstitieuses. Les chrétiens vivent dans la peur de Dieu ; nous savons le prix que Jésus a dû payer pour nous libérer de nos ennemis, et nous avons célébré notre délivrance le matin de Pâques. Dans sa première lettre à l’église, Pierre nous dit que les choses périssables faites d’or ou d’argent dominaient les anciennes vies de ceux qui aujourd’hui croient au pouvoir du sang du Christ. « Sachant que ce n’est pas par des choses périssables, par de l’argent ou de l’or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous avez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache. »

La magie associée à certains objets a pris une forme différente dans notre société de consommation. La soi-disant main invisible du marché libre capitaliste a pris la place de la main mystique connue au Maroc sous le nom de Hamsa. Notre pouvoir d’achat est censé nous protéger. Nous nous trompons en pensant qu’une fois que le marché redémarrera, tout reviendra à la normale, et ce n’est pas une pensée moins magique que celle associée dans le monde antique aux amulettes. Pourquoi pensons-nous que notre pouvoir d’achat nous donne la liberté? Que faisons-nous des choses une fois que nous les avons achetées ? Les apprécions-nous vraiment ou leur acquisition était-elle plus importante que le plaisir que nous en retirons ? Dans quelle mesure pouvons-nous faire confiance à une économie qui s’effondre dès que le cycle « acheter, acheter, acheter » est suspendu pendant quelques semaines ?

Alors, où plaçons nous notre confiance ? Notre liberté – notre rédemption – ne viennent pas d’un simple objet ou d’une personne que l’on peut contrôler. « Vous avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu. » Comme l’amour, et comme la vie elle-même, notre liberté et notre dignité sont basées sur un Mot, ou sur une promesse. Nos espoirs pour la vie à venir se basent sur cette même promesse. Ce n’est pas de la magie. On ne peut pas la manipuler. Pour cette raison nous doutons parfois, et nous ne sommes pas convaincus qu’elle se réalisera. Mais nous n’avons pas à la manipuler ou à y travailler. C’est la promesse de Dieu. Il nous appelle à laisser les choses enfantines derrière nous, et à grandir dans une maturité spirituelle. Notre situation actuelle nous enseigne lentement les choses que nous apprécions vraiment, et comment nous pouvons les apprécier, les préserver et les aider à s’épanouir. Nos biens – aussi précieux soient-ils – ne sont que de simples jouets comparés à l’amour incommensurable et gratuit de Dieu ; démontré à travers nos familles, nos amis, nos voisins et la beauté du monde lui-même. Que Dieu continue de vous protéger sous l’ombre de cet amour jusqu’à ce que nous nous rencontrions à nouveau en personne.

NJM – Ver. Fr. FS

Sermon – Huguenot Sunday

Second Sunday of Easter / Huguenot Sunday
April 19, 2020
Acts 2 :14, 22-32 I Peter 1:3-9 John 20:19-31

This April marks the four hundred and twenty second anniversary of the signing of an edict by King Henry IV of France granting French Protestants freedom from persecution. The Edict of Nantes was the first political act of its kind in Europe; allowing the subjects of the French king to follow a religion other than his own. We would normally be marking this occasion with a celebration of Huguenot Sunday – joined by the members of the Huguenot Society of America for a reception in the garden. Our party will have to wait for the time being; but there is no better time to think of the contributions of some of the Huguenots of the past who lived through many, many challenges, and to reflect on how their contributions might help us today.

Among the names of famous Huguenots of the past, scientists, doctors and philosophers feature strongly: at least four Nobel Prize winners (including the pioneer virologist Francis Peyton Rous), inventors of everything from the pressure cooker to steam turbines, and a philosopher (Pierre Bayle) who in the 1600’s dared to suggest that atheists could be just as moral as Christians. “It is no more strange for an atheist to live virtuously than it is strange for a Christian to live criminally. We see the latter sort of monster all the time, so why should we think the former is impossible?” Some of these famous names (like du Pont or Fontaine Maury – the founder of the science of oceanography and an ancestor of Herndon Werth) are commemorated in the family crests on the walls of our church.

It is no coincidence that Huguenots feature so highly in the list of famous scientists and inventors. Their experience of persecution and their education had taught them to take nothing for granted: to ask questions and to challenge the status-quo. In our gospel reading today we heard the story of a man who might be considered to be their patron saint: the disciple Thomas. Most of us can’t think of this follower of Jesus without associating him with his nickname: “doubting Thomas”. Some of the other disciples of Jesus had nicknames – like Peter the Stone or James and John, the Sons of Thunder. Unlike the other nicknames, the expression ‘Doubting Thomas’ never appears in the Bible. It gained common circulation only five hundred years later, when popular artistic representations showed him placing his hand in Jesus’ pierced side. In John’s gospel, when Jesus says to Thomas, “do not be unbelieving but believing,” he is not referring to Thomas’ skepticism about the creeds. The word ‘belief’ in John’s gospel is used1628 to refer to entering into a relationship with Jesus; trusting yourself to Jesus’ presence and finding yourself drawn to his love. It is about not taking someone else’s word for it, but actually seeing something yourself and understanding it for the first time: like the man born blind and Nicodemus, whom we hear about elsewhere in John’s gospel. Though I wouldn’t have done it myself, I admire Thomas’ willingness to speak up. He must have made the other disciples feel uncomfortable when he frankly admitted that he wanted to see the proof of Jesus’ resurrection with his own eyes. He couldn’t take their word for it.

Many of us are in the same boat. We think that it is better to remain silent in order to remain out of trouble. Thomas has no such scruples; even if it earns him a nasty nickname. He was the one that spoke out for people who couldn’t say what they thought, out of fear of being despised or made fun of. Like some of the heroes of our own time, he dared to speak where most of us would remain silent. Our world is full of those who think that someone else is going to stand up against injustice or discrimination. Someone else is going to stand up and speak for the abused or the voiceless. Someone else will risk articulating a better world when we emerge from this troubling period of isolation and transformation.

Thomas has a habit of bringing things out into the open. Earlier on in this Gospel, Jesus says to his disciples, “‘You know the way to the place where I am going.’ Thomas said to him, ‘Lord, we do not know where you are going. How can we know the way?’ Jesus said to him, ‘I am the way, and the truth, and the life.” Thomas knew that the Way of which Jesus spoke was simply to be in the presence of his Lord and his God. That is all he wanted. He asked for what Jesus told him he should ask for. And when he saw the risen Jesus, he knew he had come home.

We can take Thomas as our patron saint today too. We need to doubt what we might have hitherto taken for granted. Why does food supply depend on those who we pay so little and take for granted? Why do we feel obliged to participate in a grueling economic system that collapses the moment it is put on temporary hold? Why do we buy and buy and take such little thought for equality or the welfare of those whose labor we mindlessly consume? During these long days, we are being given an opportunity to re-examine what we might have missed. As we can see in this story, Jesus has a habit of passing through our walls of exclusion and our doors of isolation. And when he comes, he not only enables us to see with our own eyes what we have missed, but says to us, “Peace be with you!” Our Huguenot tradition doesn’t exist just to preserve the ashes of the past. We are here to pass on the fire. As our presiding bishop said on Easter Sunday, “Love can’t change the fact of death; but love can live through it.” May the fire of that Easter love keep you safe and bring you peace as we await the Day of Pentecost.NJM

Le deuxième Dimanche de Pâques / Le Dimanche des Huguenots Le 19 avril 2020

Ce mois d’avril marque le quatre cent vingt-deuxième anniversaire de la signature d’un Édit du roi Henri IV de France accordant aux protestants français la liberté de ne pas être persécutés. L’Édit de Nantes est le premier acte politique du genre en Europe ; permettant aux sujets du roi de France de suivre une religion autre que la sienne. Normalement, nous marquerions cette occasion par une célébration du dimanche des huguenots – rejoints par les membres de la société huguenote d’Amérique avec une réception dans le jardin. Notre fête devra attendre pour le moment ; mais il n’y a pas de meilleur moment pour penser aux contributions de certains huguenots du passé qui ont fait face à de nombreux défis et pour réfléchir à la façon dont leurs contributions pourraient nous aider aujourd’hui.

Parmi les noms des célèbres huguenots du passé, les scientifiques, les médecins et les philosophes figurent en bonne place : au moins quatre lauréats du prix Nobel (y compris le virologue pionnier Francis Peyton Rous), inventeurs de tout, de la cocotte-minute aux turbines à vapeur, et un philosophe (Pierre Bayle) qui, dans les années 1600, a osé suggérer que les athées pouvaient être aussi moraux que les chrétiens. « Il n’est pas plus étrange pour un athée de vivre vertueusement qu’il n’est étrange pour un chrétien de vivre criminellement. Nous voyons ce dernier type de monstre tout le temps, alors pourquoi devrions-nous penser que le premier est impossible ? » Certains de ces noms célèbres (comme du Pont ou Fontaine Maury – le fondateur de la science de l’océanographie et un ancêtre de Herndon Werth) sont commémorés parmi les armureries sur les murs de notre église.

Ce n’est pas un hasard si les huguenots figurent si haut dans la liste des scientifiques et inventeurs célèbres. Leur expérience de la persécution et leur éducation leur avaient appris à ne rien prendre pour acquis : à poser des questions et à contester le statu quo. Dans notre lecture de l’Évangile aujourd’hui, nous avons entendu l’histoire d’un homme qui pourrait être considéré comme leur Saint patron : le disciple Thomas. La plupart d’entre nous ne peuvent pas penser à ce disciple de Jésus sans l’associer à la phrase : « celui qui ne croit que ce qu’il voit ». Certains des autres disciples de Jésus avaient des surnoms – comme Pierre ‘Kephas’(le roc en araméen) ou Jacques et Jean, les Fils du Tonnerre. Contrairement aux autres surnoms, l’expression « Thomas, celui qui ne croit que ce qu’il voit » n’apparaît jamais dans la Bible. C’est devenu une expression commune seulement cinq cents ans plus tard, lorsque les représentations artistiques populaires l’ont montré plaçant sa main dans le flanc transpercé de Jésus. Dans l’Évangile de Jean, lorsque Jésus dit à Thomas, « ne sois pas incrédule, mais crois », il ne fait pas référence au scepticisme de Thomas sur les principes. Le mot « croyance » dans l’évangile de Jean est utilisé pour désigner l’entrée dans une relation avec Jésus ; faire confiance à la présence de Jésus et se sentir attiré par son amour. Il s’agit de ne pas accepter la parole de quelqu’un d’autre, mais de voir une chose et de la comprendre par vous-même pour la première fois : comme l’aveugle de naissance et Nicodème, dont nous entendons parler ailleurs dans l’évangile de Jean. Bien que je ne l’aurais pas fait moi-même, j’admire la volonté de Thomas de s’exprimer. Il a dû mettre les autres disciples mal à l’aise quand il a franchement admis qu’il voulait voir la preuve de la résurrection de Jésus de ses propres yeux. Il ne pouvait pas les croire sur parole.

Beaucoup d’entre nous sont dans le même bateau. Nous pensons qu’il vaut mieux garder le silence pour éviter les ennuis. Thomas n’a pas de tels scrupules ; même si cela lui a valu un vilain surnom. Il était celui qui parlait pour les gens qui ne pouvaient pas dire ce qu’ils pensaient, de peur d’être méprisés ou raillés. Comme certains des héros de notre époque, il a osé parler là où la plupart d’entre nous resteraient silencieux. Notre monde est plein de ceux qui pensent que quelqu’un d’autre va se lever contre l’injustice ou la discrimination. Quelqu’un d’autre va se lever et parler au nom des maltraités ou des sans-voix. Quelqu’un d’autre nous dira comment imaginer un monde meilleur lorsque nous sortirons de cette période troublante d’isolement et de transformation.

Thomas a l’habitude de dévoiler les choses au grand jour. Plus tôt dans cet Évangile, Jésus dit à ses disciples : « Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment pouvons-nous en savoir le chemin ? » Jésus lui dit : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. » Thomas savait que le chemin dont Jésus parlait devait simplement être le fait d’être en présence de son Seigneur et de son Dieu. C’est tout ce qu’il voulait. Il a demandé ce que Jésus lui avait dit qu’il devait demander. Et quand il a vu Jésus ressuscité, il a su qu’il était revenu.

Nous pouvons aussi choisir Thomas comme notre Saint patron aujourd’hui. Nous devons douter de ce que nous aurions pu considérer jusqu’à présent comme acquis. Pourquoi l’approvisionnement alimentaire dépend-il de ceux que nous payons si peu et considérons comme acquis ? Pourquoi nous sentons-nous obligés de participer à un système économique exténuant qui s’effondre dès qu’il est suspendu temporairement ? Pourquoi achetons-nous et achetons encore et offrons-nous si peu de considération pour l’égalité ou le bien-être de ceux dont nous consommons le fruit du travail sans réfléchir ? Au cours de ces longues journées, nous avons la possibilité de réexaminer ce qui aurait pu nous échapper. Comme nous pouvons le voir dans cette histoire, Jésus a l’habitude de passer à travers nos murs d’exclusion et nos portes d’isolement. Et quand il vient, non seulement il nous permet de voir de nos propres yeux ce que nous avons manqué, mais il nous dit : « La paix soit avec vous ! » Notre tradition huguenote n’existe pas uniquement pour préserver les cendres du passé. Nous sommes ici pour transmettre le feu. Comme l’a dit notre évêque le dimanche de Pâques, « l’amour ne peut pas changer le fait de la mort ; mais l’amour peut lui survivre. » Que le feu de cet amour de Pâques vous protège et vous apporte la paix en attendant le jour de la Pentecôte.

NJM Ver. Fr. FS