Epiphany III – Sermon

Third Sunday of Epiphany

Sunday, January 26 2020

Isaiah 9:1-4 I Corinthians l:10-18 Matthew 4:12-23

There was a time – and not so long ago – when most people who described themselves as Christians also identified themselves as belonging to a particular denomination. They were first and foremost Catholics, Methodists, Baptists, Episcopalians, Congregationalists etc, and didn’t move from denomination to denomination as the whim struck them. Church leaders occasionally met together for Ecumenical Discussions, in which the great aim was to unite two groups of Christians and enable them to share leadership positions and communion together. Since that time, the world seems to have become much smaller. While Christian leaders were meeting together to consider how some of these denominational barriers between them could be taken down, ordinary Christians in the pews were working and living alongside people from other denominations, attending their baptisms, weddings and funerals, and generally seeing much more of each other’s religious traditions than the Priests and Ministers who were engaged in the official talks. Nowadays it seems that everyone is in the Ecumenical movement, and that is certainly true of our little church of Saint Esprit. We come from many different religious traditions, and we share profoundly together without consciously thinking of ourselves as Ecumenical pioneers.

In our reading from Paul’s first letter to the Corinthians, we can see that this mutual understanding has not always been the case. The Christians in Corinth debated passionately about their baptismal differences: some said they ‘belonged’ to Paul, others to Peter (Cephas), and still others to a person identified as Apollos. The debate reminds us that even today, in some countries the call to belong to the Church is very far from a personal preference. It can be a matter of life or death in places where Christians are persecuted. Our own church of St. Esprit was founded by those who may well have described themselves as ‘belonging’ to Calvin rather than the Pope. We can be happy that for us, those days are long gone. But there is a downside to this change in atmosphere. In our society we are told that we belong to nobody. We belong to ourselves. Everyone deserves what they have; Self-Esteem is the order of the day. You are master or mistress of your own destiny, you deserve your rights and your possessions. You even deserve a gun if you want one (but not universal health-care or fair access to the legal system).

In our desperate attempt to assert our individuality and self-esteem, we become easy prey to the cult of celebrity. We ‘identify’ with certain people and take them as models for ourselves. The celebrity cult makes heroes out of singers and entertainers, politicians, rich business people, religious workers and even criminals. For someone who idolizes another individual, the object of their adoration can do no wrong. They live vicariously through them, and see their own individuality as linked to the talents or the fate of another. Of course, others can inspire us, but they should never become the primary way in which we define ourselves.

This is not just a modern phenomenon. In the time of Paul, the greatest celebrities were the traveling teachers or Rhetoricians. They traveled from city to city persuading people of the truth of a particular philosophy or religion through their eloquence and knowledge. The Corinthian Christians considered those who spoke about Jesus of Nazareth as rhetoricians, and that is why they are arguing about who is the better teacher and preacher. Paul is stern in his condemnation of their mistake. He tells them that he is a slave and a steward – he is no celebrity. We are not to judge the message based on the skill of the messenger or the force of their powers of persuasion. The church is not in the celebrity

business. Our personal identity is unique, and gifted to us by God. Christ heals us of our obsession with worldly values, and gives us back our dignity as the children of God. We meet in churches to build one another up in the light of the crucifixion and resurrection of Christ – not to celebrate the cult of a personality. Your testimony is uniquely yours. It may have been shaped by an encounter with a person that you consider to be an exemplary Christian, but that person may have been struggling in private ways that you could never see. They would be horrified to think that you consider yourself their ‘disciple’. We are disciples of Christ alone.

As a preacher, I need to be reminded of this truth every time I write a sermon. Preaching isn’t about the skillful manipulation of phrases. It is a means of reminding us of what our new community should look like. The preacher isn’t there to make people feel guilty or to build up their sense of ‘self-esteem’, a preacher is there to remind us of the primacy and supreme love of Christ.

NJM

 

Troisième Dimanche après l’Épiphanie                                                                                        26 janvier 2020

Il existait un temps – mais il n’y a pas si longtemps que cela – où ceux qui se disaient Chrétiens trouvaient leur identité dans l’appartenance à une dénomination spécifique. D’abord et avant tout, ils étaient catholiques, méthodistes, baptistes, épiscopaliens, congrégationalistes, etc. et ne changeaient pas de dénomination au gré de leurs humeurs. Les dirigeants ecclésiastiques se retrouvaient parfois pour des discussions œcuméniques dont le but principal était de réunir deux groupes de chrétiens afin de leur permettre de partager leur façon de diriger et la communion. Depuis, le monde semble être devenu plus petit. Alors que les dirigeants chrétiens se rencontraient pour déterminer de quelle façon les barrières qui s’élevaient entre eux pourraient être abattues, les chrétiens ordinaires travaillaient et vivaient à côté d’autres chrétiens de dénominations différentes, assistaient à leurs baptêmes, mariages et funérailles, et, en général, observaient les traditions les uns des autres, bien plus que les prêtres et ministres qui s’adonnaient à ces discussions officielles. De nos jours, il semble que nous appartenons tous à ce mouvement œcuménique et il en est certainement de la sorte pour notre petite église du Saint Esprit. Nous venons de diverses traditions religieuses et nous partageons cette richesse sans penser particulièrement que nous sommes des pionniers œcuméniques.

Dans la lecture tirée de la première lettre de Paul aux Corinthiens, nous pouvons voir que cette compréhension mutuelle n’a pas toujours été là. Les chrétiens de Corinthe argumentaient avec passion quant à leurs différences baptismales : certains disaient ‘appartenir’ à Paul ; d’autres à Pierre (Cephas) et d’autres encore à quelqu’un nommé Apollos. Ce débat nous rappelle que, même aujourd’hui, dans certains pays, l’appartenance à une Église est bien loin d’être un choix personnel. Dans les endroits où les Chrétiens sont persécutés, cela peut être un cas de vie ou de mort. Notre église du St. Esprit a été fondée par ceux qui pouvaient proclamer ‘appartenir’ à Calvin plutôt qu’au Pape. Nous pouvons être heureux que ces temps soient loin de nous. Mais il y a un mauvais côté dans ce changement d’attitude qui fait que, dans notre société, nous n’appartenons à personne. Nous appartenons à nous-mêmes. Chacun mérite ce qu’il a ; la Bonne Opinion de Soi est à l’ordre du jour. Vous êtes le maître (ou la maîtresse) de votre destinée, vos droits et vos possessions sont méritées. Vous avez le droit de posséder une arme si vous le désirez (mais, par contre, vous n’avez pas accès à un système universel de santé publique ou à des services légaux équitables).

Dans nos efforts désespérés d’établir notre individualité et notre amour propre, nous sommes une proie facile au culte de la célébrité. Nous nous ‘identifions’ à certaines personnes et les prenons pour modèles. Le culte de la célébrité fait des héros de chanteurs ou d’artistes de music-hall, de politiciens, de riches hommes d’affaires, religieux ou même de criminels. Pour ceux qui idolâtrent un autre individu, l’objet de leur adoration ne peut avoir tort. Ils vivent par procuration à travers celui-ci et voient leur propre individualité liée aux talents ou au sort de cette personne. Naturellement, on peut être inspiré par autrui, mais pas au point de n’être soi-même défini qu’à travers la personne en question.

Ce n’est pas seulement un phénomène actuel. Au temps de Paul, les célébrités étaient les érudits ou rhéteurs itinérants qui prodiguaient leurs enseignements. Ils passaient de ville en ville afin de persuader le plus grand nombre d’habitants de la vérité contenue dans une philosophie ou une religion particulière et ce, grâce à leur éloquence et à leur savoir. Les chrétiens de Corinthe estimaient que ceux qui parlaient de Jésus de Nazareth étaient des rhétoriciens et argumentaient pour déterminer lequel était le meilleur enseignant ou prêcheur. Paul corrige leur erreur avec âpreté. Il leur déclare qu’il est un esclave et un intendant, mais certainement pas une célébrité. Nous ne devons pas juger de la teneur du message en se basant sur la personnalité du messager ou sur ses pouvoirs de persuasion. L’église n’est pas liée au domaine de la célébrité. Notre identité personnelle est unique et nous est accordée par Dieu. Le Christ nous guérit de notre obsession pour les biens de ce monde et nous rend notre dignité d’enfants de Dieu. Nous sommes dans les églises pour nous soutenir dans la lumière de la crucifixion et de la résurrection du Christ – et non pas pour célébrer un culte de la personnalité.  Votre témoignage vous appartient. Il peut avoir été façonné par une rencontre avec quelqu’un que vous considérez comme un chrétien exemplaire, mais cette personne peut subir des luttes internes dont vous ne serez jamais témoin. Elle serait horrifiée à la pensée que vous vous considérez comme son ‘disciple’. Nous sommes les disciples du Christ uniquement.

En tant que prêcheur, il faut que je me souvienne de cette vérité à chaque fois que j’écris un sermon. Prêcher, ce n’est pas une utilisation adroite de mots ou de phrases. C’est une façon de nous rappeler ce à quoi notre nouvelle communauté devrait ressembler. Le prêcheur n’est pas là pour rendre les gens coupables mais pour développer dans chacun l’estime de soi ; il est là pour nous rappeler la prépondérance de l’amour suprême du Christ.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Epiphany II

Second Sunday of Epiphany

January 19, 2020

Isaiah 49:1-7 I Corinthians 1:1-9 John 1:29-42

It is strangely comforting to know that we are not the first generation to find the apostle Paul difficult. Many people today accuse him of being dogmatic, authoritarian, sexist, racist (in his letter to Titus he calls all Cretans imbeciles) and homophobic – in short, nothing short of a rabid wide-eyed Bible basher. It may surprise you to know that the problems that the Corinthian church had with the apostle Paul were of a different order. Paul’s letters to the Corinthians show us that the Christians in that city thought that he was ineffective at converting people, that he created cliques, and that he was a clumsy public speaker. Their criticisms did not stop there. The Corinthians accused Paul of insincerity – he flattered people and too often said one thing and did another. They accused him of behaving in a manner unbecoming to an Apostle, and claimed that he did not show enough miraculous powers to be a true disciple of Jesus. To sum up, the Corinthians questioned Paul’s claim to speak with any authority.

If the Christians in Corinth had a problem with Paul, it is equally true that Paul had a problem with them. He is about to write them a very stiff letter indeed. He is unhappy with their sexual mores. They are suing each other in the courts. They are confused about everything from marriage to the resurrection of the dead. They are arguing amongst themselves about what constitutes idolatry, the role of women in the church, and the use of miraculous spiritual gifts. In the first nine verses of his letter, Paul is introducing the mother of all complaints letters.

Nobody likes writing such letters. I myself hate having to complain about things. English people as a whole have difficulties with complaining in a clear and constructive way. They generally begin by saying, “I’m terribly sorry, but…” and end up giving the impression that the problem is all their fault. I have noticed that Americans are rather less shy of asserting their rights. The art of complaining is a talent very few of us has. Money Magazine has just devoted an entire issue to the subject – entitled How to Complain. According to them, there are three key elements to making a successful complaint.

1) Always be polite: no matter what happens. Treat the other person as a human being.

2) Don’t just moan. Always be constructive, and above all know what you want done.

3) Wherever possible, don’t speak to a minion; go to the very top of the organization.

How does poor old Paul measure up to the professional standards set by a twenty-first century cutting edge business magazine? Is he good at writing a complaints letter?

Is he polite? Well, yes. Perhaps he is a little ironic at times in his opening address, but he calls his readers saints. He thanks God for them; he admires their gifts, and blesses them in the name of the God whom they all serve together. All of this may well have made uncomfortable reading for a group of people who had put all their energy into criticizing Paul. Paul certainly does not judge them, patronize them, or begin by shouting at them.

Is he constructive? Most certainly. He points them to God’s grace and His ability to enable us to overcome all difficulties. He reminds the Corinthian Christians of God’s power to sustain us to the very end. He tells them that it is in the name of this faithful God that all the difficulties of the church will be resolved.

Does he make his appeal to the head of the organization? In the opening nine verses of his letter to the Corinthians, Paul mentions God six times, and Jesus eight times. It could not be more clear. Their disputes are not about Paul or his authority. They are about God’s authority and God’s ability to resolve their differences. The question that should be put is not “Can Paul be trusted?”, but “Can God be trusted?” Paul is a minion. God is in control.

Therein lies the power of Paul’s opening appeal. He puts everything into perspective. He does not set out to defend himself; neither does he set out to make himself popular. The same must go for our own disputes, whatever they are. We follow Paul’s instructions; the instructions which Money Magazine thinks that it has discovered in the name of good modern business practice. Firstly, we recognize each other’s dignity – not as consumers, nor even as fellow human beings, but as God’s chosen children; his saints. Secondly, we give thanks to God for each other, and our respective gifts. Thirdly, we bless each other in the name of the God whom we serve. Finally, we recognize that we all serve the same God; he is the God who is faithful to his promises and will not let his people down. When it comes to our shared life in the Body of Christ, Paul wants us all, himself included, to find our call, our purpose and our identity in the power and the grace of God.

NJM

 

DEUXIÈME DIMANCHE DE L’ÉPIPHANIE                                                       19 janvier 2020

Il est rassurant de savoir que nous ne sommes pas les premiers à éprouver des difficultés quand il s’agit de déchiffrer la personnalité de Paul. De nos jours, pas mal de gens le trouvent dogmatique, autoritaire, chauvin, raciste (dans sa lettre à Tite il traite d’imbéciles les habitants de l’île de Crète) et homophobe – bref, une espèce de tête brûlée qui se sert de la Bible comme d’un marteau. Vous serez donc surpris d’apprendre que les difficultés qu’éprouvaient les chrétiens de Corinthe à l’égard de Paul étaient d’un autre ordre. Les lettres de Paul aux Corinthiens nous démontrent clairement que les chrétiens de cette ville étaient d’avis que Paul était complètement inefficace dans sa façon de convertir les gens, qu’il avait formé des cliques qui se détestaient les unes les autres, et qu’il était un piètre orateur. Ses détracteurs ne se sont pas arrêtés là. Ils sont allés jusqu’à l’accuser de manquer de franchise. Paul flattait les gens et trop souvent disait une chose et en faisait une autre. Ces mêmes détracteurs disaient de lui qu’il se comportait d’une façon qui ne convenait pas à un apôtre. Ils étaient d’avis qu’il ne démontrait pas les pouvoirs miraculeux propres à un vrai disciple de Jésus. En résumé, ils ne le croyaient pas capable d’exercer une autorité quelconque.

Si les Corinthiens étaient montés contre Paul, il est aussi vrai que Paul de son côté avait un problème avec les Corinthiens. Le voilà sur le point de leur adresser une lettre dans laquelle il ne mâche pas ses mots. Il n’apprécie aucunement leurs pratiques sexuelles. Les Corinthiens ne cessent pas d’entamer des procès les uns contre les autres. Ils se trompent du tout au tout : depuis la question du mariage, jusqu’à la résurrection des morts. Ils se disputent entre eux sur la question de l’idolâtrie, sur le rôle des femmes dans l’église, et sur l’usage des dons spirituels miraculeux. Les neuf premiers versets de cette épître de Paul sont une introduction à toutes les objections qu’il nourrit à l’égard des Chrétiens de Corinthe.

Personne ne se plaît à écrire des lettres qui ne consistent qu’en reproches. Moi-même, je déteste me plaindre à propos de quelque chose qui ne va pas comme je le veux. On dit que les Anglais, d’une manière générale, ne réussissent pas à formuler leurs plaintes d’une façon directe. Ils tournent autour du pot, et débutent en disant quelque chose comme « Je suis désolé, mais… » et ils finissent ainsi par donner l’impression que le problème est de leur faute. J’ai remarqué que les Américains sont moins timides quand il s’agit de faire valoir leurs droits. L’art de se plaindre est un talent qui n’est pas donné à tout le monde. Money Magazine a consacré un article à ce sujet, intitulé How to Complain (Comment se plaindre). Selon cet article, il y a trois éléments clefs qui garantissent le succès :

1) Soyez toujours poli – quelles que soient les circonstances. Traitez la personne avec qui vous parlez comme un être humain.

2) Retenez-vous de geindre. Soyez toujours positifs et surtout exprimez clairement ce que vous voudriez.

3) Si possible, ne vous adressez pas à un subalterne ; mais adressez-vous directement au chef de l’organisation.

Comment ce pauvre Paul peut-il être à la hauteur des attentes fixées par un magazine d’affaires pointu du vingt-et-unième siècle ? Est-il doué dans l’art de rédiger ses plaintes ?

Est-il poli ? Oui, certainement. Il lui arrive d’être parfois un peu ironique au début de ses lettres lorsqu’il appelle ses lecteurs des saints. Il remercie Dieu pour leur existence, il admire les dons que Dieu leur a accordés, et il les bénit au nom de ce même Dieu qu’ils servent en commun. Tout cela a dû mettre mal à l’aise ceux à qui la lettre était adressée, puisque ces derniers s’étaient employés à le critiquer. Paul se refuse de les réprimander, de les traiter avec condescendance et de les juger.

Est-il positif ? Assurément. Il leur fait valoir la grâce de Dieu, et sa capacité de nous aider à surmonter toutes nos difficultés. Il leur dit que Dieu est toujours fidèle à ses promesses, et qu’il les soutiendra jusqu’à la fin des temps. C’est en son nom que les difficultés de l’Église se ressouderont.

Paul s’adresse-t-il directement au chef de l’organisation, comme recommandé ? Dans les premiers versets de sa lettre, Paul fait référence à Dieu six fois, et au Christ au moins huit fois. Il ne peut pas être plus clair. Il ne fait pas référence à lui-même ou à sa propre autorité, mais à l’autorité de Dieu, et à la capacité de Dieu de résoudre les problèmes. La question qui se pose est celle-ci : « Pouvons-nous placer notre confiance en Dieu ? » et non pas « Pouvons-nous placer notre confiance en Paul ? » Paul est un subalterne, c’est Dieu qui règne.

C’est là que réside le pouvoir de l’ouverture de la lettre Paul. Il met tout en perspective. Il n’a pas l’intention de se défendre ; il ne cherche pas non plus à se rendre populaire. Il en va de même pour nos propres différends, quels qu’ils soient. Nous devons suivre les instructions de Paul, ces instructions que Money Magazine pense avoir découvert au nom des pratiques efficaces des affaires modernes. Tout d’abord, nous devons reconnaître la dignité de chacun – non pas en tant que consommateurs, ni même en tant qu’êtres humains, mais en tant qu’enfants de Dieu – des saints. Ensuite, il nous faut rendre grâce à Dieu pour chacun d’entre nous et pour nos dons particuliers. Puis nous devons nous bénir les uns les autres au nom du Dieu que nous servons. Enfin, nous reconnaissons que nous servons tous le même Dieu, ce Dieu qui est éternellement fidèle à ses promesses et ne nous abandonnera pas. Lorsqu’il s’agit de notre vie partagée dans le Corps du Christ, Paul veut que nous tous, lui inclus, puissions trouver notre vocation, notre but et notre véritable identité dans la puissance et la grâce de Dieu.

NJM Ver. Fr. FS

 

 

Epiphany I – Sermon

Epiphany I

January 12, 2020

Isaiah 42:1-9    Acts 10:34-43    Matthew 3:13-17

After all the excitement and color of the Christmas season, the season of Epiphany (which lasts from January 6 until the first day of Lent) can seem a bit dull in comparison. In Greek, Epiphany means ‘to shine upon’, and it refers to Jesus’ shining upon – or becoming known to – those whom he first meets. During the next few weeks we will hear about the start of his public ministry when he is baptized by John, his first miracle of turning water into wine, his presentation in the temple when he is forty days old (Candlemas), the call of the first disciples by the sea of Galilee and his Transfiguration on the mountaintop.

After all of these spectacular manifestations or ‘epiphanies’ it may come as a bit of a surprise to hear that halfway through Matthew’s Gospel, when Jesus asks his disciples the question “Who do people say that I am?”, they give a whole variety of answers. Nobody is quite sure. Maybe he’s John the Baptist reincarnated? Maybe Elijah or one of the other prophets? So, Jesus asks the question more bluntly. He says, “Who do you say that I am?” And Peter replies, “You are the Christ. The Son of the Living God.” In our reading from Matthew today, we heard that long before the moment of Peter’s recognition, Jesus had known who he was. After his baptism, Jesus alone sees the dove descending, and hears God’s voice declaring, “You are my beloved son, with whom I am well pleased.”

In the thirteen intervening chapters, Jesus has been walking through the countryside – including through his own home town – aware of his true identity but unrecognized even by his closest disciples. He remains something of a stranger to those who love him. In fact, in Mark’s gospel, it is only the demons who call him by his true name and recognize him for who he really is. I suppose that this is a fairly common literary device; a character who knows his true identity but doesn’t declare it openly. Think of Odysseus, or Clark Kent who is really Superman, or Severus Snape in the Harry Potter books. The literary device is popular because we can all sometimes feel like this. We might not be conventional superheroes, but every one of us from time to time feels that our true identity is hidden – that we are not fully known as ourselves even by the people who love us the most.

Perhaps this is most keenly felt when someone gives you a compliment and you brush it aside saying, “No, really, it was nothing….”, or when someone criticizes you and you don’t recognize yourself in that criticism at all. We can veer between thinking that if people really knew who we are deep down inside they would embrace us and love us and admire our bravery: and then on other days feeling that if they really knew who we are they would turn away from us in disgust. There are even days when the only ones who seem to know us properly are our own little demons. They are the inner voices that tell us that we are not worthy of anything, that we are full of self-doubt, hemmed in by our inadequacies and worries.

If you have ever felt like this, the celebration of Jesus’ baptism today should give you hope and reassurance. Jesus’ baptism takes place in a river, not in a static and self-contained pond or bath. The water is flowing; it is in a constant state of movement, just like love itself. It never stands still and it is always open to new possibilities and new ways of making itself known. We are baptized into the flow of that love. And just like Jesus, we too hear God’s words, “You are my beloved child, in whom I am well pleased.”  In our baptism, we become one with Jesus, and we are re-born in him. We have nothing to be ashamed of, and we have nothing to hide. We are nothing less than daughters and sons of God.

Once we begin to understand this, those voices of self-doubt, those fears of our own inadequacy and those worries that hem us in will all begin to shrink in size. Instead of being trapped in place, we will enter into the ceaseless flow of God’s love. Those demons whom we trusted will be recognized for who they really are; liars that are trying to immobilize us in fear and stop us from seeing ourselves as God sees us.

Our baptism is not just a one-off event. Mine happened a very long time ago in a church on the top of a hill in England. Just like the flowing river, our baptism is an ongoing and dynamic commitment. At the start of a new year we can recommit ourselves to the promises that were made by us or our parents and godparents when we were baptized: To continue in the breaking of the bread and in prayer, to resist evil, to proclaim the good news of God in Christ, to seek and serve Christ in all persons, to love our neighbor as ourselves, to strive for justice and peace among all people and to respect the dignity of every human being. If we let ourselves be carried along by that river, our New Year will truly be a happy one.

NJM

 

Le premier Dimanche après l’Épiphanie                                                           Le 12 janvier 2020

Après toutes les excitations et couleurs de la saison de Noël, la saison de l’Épiphanie (qui dure du 6 janvier au premier jour du Carême) peut sembler assez fade en comparaison. En Grec Épiphanie veut dire « briller sur quelque chose », et cela fait référence à Jésus qui brille sur – ou devient connu par – ceux qu’il rencontre pour la première fois. Durant les prochaines semaines nous allons entendre parler du commencement de son ministère publique quand il est baptisé par Jean, son premier miracle lorsqu’il transforme l’eau en vin, sa présentation au Temple quand il a 40 jours (la Chandeleur), l’appel des premiers disciples près de la Mer de Galilée, et sa transfiguration au sommet de la montagne.

Après toutes ces manifestations spectaculaires ou « épiphanies » cela peut être surprenant d’apprendre qu’au milieu de l’Évangile de Matthieu, lorsque Jésus demande à ses disciples : « Qui dit-on que je suis ? », ils donnent des réponses différentes. Personne ne sait vraiment. Peut-être est-il la réincarnation de Jean le Baptiste ? Peut-être Elie ou un des autres prophètes ? Alors Jésus pose la question plus directement. Il dit : « Qui dites-vous que je suis ? » Et Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Dans notre lecture de Matthieu aujourd’hui, nous entendons dire que bien avant sa reconnaissance par Pierre, Jésus avait appris qui il était. Après son baptême, Jésus seul voit la colombe descendre et il entend : « Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »

Dans le XIIIe chapitre que je viens de mentionner, Jésus marchait à travers la campagne – y compris sa ville de naissance – au courant de sa vraie identité mais non-reconnu, et ce même par ses disciples les plus proches. Il reste une sorte d’étranger pour ceux qui l’aiment. En fait, dans l’Évangile de Mark, ce n’est que les démons qui l’appellent par son vrai nom et reconnaissent qui il est vraiment. Je suppose que c’est une figure de style assez commune ; un personnage connait sa vraie identité mais ne la déclare pas ouvertement. Pensez à Ulysse, ou Clark Kent qui est réellement Superman, ou Severus Rogue dans Harry Potter. Cette figure de style est populaire parce que nous pouvons tous nous y retrouver. Nous ne sommes peut-être pas des superhéros conventionnels, mais chacun de nous de temps en temps se sent comme si notre vraie identité était cachée – que nous ne sommes pas réellement reconnus comme nous-mêmes, et ce même par ceux qui nous aiment le plus.

Peut-être que cela est ressenti le plus ardemment lorsque quelqu’un vous fait un compliment et que vous le refusez poliment en disant : « Non vraiment, ce n’est rien… », ou lorsque quelqu’un vous critique et vous ne vous reconnaissez pas dans le portrait de vous qui y est fait. Nous pouvons à un moment penser que si les gens nous connaissaient vraiment au plus profond de nous-mêmes ils nous accepteraient et nous aimeraient et admireraient notre bravoure ; puis à un autre ressentir que s’ils savaient réellement qui nous étions ils s’enfuiraient dans le dégoût. Il y a même des jours où il semble que les seuls qui semblent vraiment savoir qui nous sommes sont nos propres petits démons. Ce sont les petites voix intérieures qui nous disent que nous ne valons rien, que nous sommes pleins de doutes sur nous-mêmes, pris au piège par nos insuffisances et nos soucis.

Si vous vous êtes déjà sentis comme cela, la célébration du baptême de Jésus aujourd’hui devrait vous donner de l’espérance et vous rassurer. Le baptême de Jésus s’est déroulé dans un fleuve, pas dans une bassine ou dans un bain où l’eau est contenue. L’eau coule ; elle est constamment en mouvement, tout comme l’amour. Elle ne reste jamais figée et reste toujours ouverte à de nouvelles possibilités et de nouvelles façons de se faire connaitre. Nous sommes baptisés dans l’écoulement de cet amour. Et tout comme Jésus, nous entendons aussi la voix de Dieu qui dit : « Vous êtes mes enfants bien-aimés, en qui j’ai mis toute mon affection. » Lors de notre baptême, nous devenons un avec Jésus, et nous sommes nés à nouveau en lui. Il n’y a aucune raison d’avoir honte, et nous n’avons rien à cacher. Nous ne sommes que les filles et fils de Dieu.

Lorsque nous commençons à comprendre cela, ces voix de doutes sur nous-mêmes, ces peurs de notre propre insuffisance, et ces soucis qui nous emprisonnent vont tous rétrécir. Au lieu de se sentir coincés dans un endroit, nous entrerons dans l’écoulement incessant de l’amour de Dieu. Ces démons à qui nous faisions confiance seront reconnus pour qui ils sont vraiment ; des menteurs qui tentent de nous immobiliser dans la peur et de nous empêcher de nous voir comme Dieu le fait.

Notre baptême n’est pas un évènement ponctuel. Le mien s’est déroulé il y a très longtemps dans une église en haut d’une montagne en Angleterre. Tout comme le courant du fleuve, notre baptême est un engagement continu et dynamique. Au début d’une nouvelle année nous pouvons nous réengager à tenir les promesses qui ont été faites par nous-mêmes, nos parents, ou nos parrains et marraines lorsque nous avons été baptisés : de continuer de partager le pain et de prier, de résister au mal, de proclamer la bonne nouvelle de Dieu en Christ, de chercher et de servir le Christ en toute personne, d’aimer notre prochain comme nous-mêmes, de s’efforcer de faire la justice et la paix avec tous et de respecter la dignité de tout être humain. Si nous nous laissons emporter par le fleuve, notre nouvelle année sera réellement heureuse.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – Epiphany

Epiphany Sunday

January 5, 2020

Isaiah 60:1-6 Ephesians 3:1-12 Matthew 2:1-12

There is something that has always troubled me about these so-called “Wise Men” or Magi. If they were so wise, why did they go to Jerusalem first instead of Bethlehem? In their defense it may be said that Bethlehem is only nine miles away from Jerusalem; not such a long distance since tradition tells us that the Magi may have been from India, a country over one thousand miles away. Perhaps the Magi were expecting the king of the country where the Messiah was born to know about the earth-shattering event that had taken place in his own back yard. That would explain why they went to King Herod to ask him where the child was. Whatever the reason; their detour to Jerusalem and their meeting with Herod had some very serious consequences. On the basis of the testimony of the wise men, and on their failure to return to him after visiting the child, Herod ordered the massacre of every male child aged two and under in the region of Bethlehem. The birth of the Savior was soon followed by the massacre of the innocents – all thanks indirectly to these Magi.

Despite the colorful nature of these figures – their traditional robes and crowns and their exotic gifts – we must always try to remember this darker side to their story. Unlike the humble shepherds, or the simple figures of Mary and Joseph, the Magi are portrayed with all the accoutrements of worldly power. They were representatives of ancient civilizations. They knew exactly how to gain an audience with a king, and how to behave when they were admitted into his presence. It is precisely this savoir-faire that makes them so potentially dangerous. Herod would never have believed that a powerful king had been born from a nonentity in a backwoods town had he not been told so by a group of people whom he respected.

What are we to make of the ambiguity at the heart of this story? Was it a good or a bad thing that the Magi visited Jesus at his birth? The key to the answer to this question can be found in the nature of the revelation that they were seeking by following the star. The incarnation of Christ cannot be forced into our cramped conception of the morally good or the morally bad. It is a bit like the crucifixion. Some people wonder why Judas was condemned, since it was necessary for Jesus to be betrayed by someone. These revelations go beyond the limits of human rationality, because they strain to reveal the greatness of divine love.

Such revelations all come with a cost: often with the death of something that we have hitherto held to be crucial or unchangeable. Perhaps you too are looking for such a revelation (or Epiphany) in your own life. You may be willing to move heaven and earth in order to find it; just like the Magi did. But they found it in the place they least expected – not in the luxurious royal court of Herod in Jerusalem, but in a lowly stable in Bethlehem. What they saw transformed them so much that they abandoned Herod and returned home incognito. They must have known what a dangerous move this was. Had Herod’s soldiers found them, they would have been tortured and executed. The Bible tells us that they abandoned the trappings of worldly power and glory and became anonymous journeymen on the dusty roads of Palestine.

Just like the Magi, we sometimes look for God in the wrong places. We are often misled by what we think God should be doing, or by whom we think God is. We want him to appear in predictable places, based on our own research or our so-called wisdom. The consequences of our false expectations are often dire; just like they were for the Magi. The Epiphany teaches us to let go of those expectations, and simply let God be God. Tradition tells us that there was a happy ending for the Magi. They returned to India, where the apostle Thomas later found them. He did not reproach them for their ‘mistake’. He simply baptized them all, and then ordained them leaders in the first Indian church. Far from being remembered as useless politicians who unwittingly provoked the massacre of the innocents, they are remembered throughout the world as the first Gentiles who recognized the Christ for who he was.

NJM

 

Le dimanche de l’Épiphanie                                           dimanche 5 janvier 2020

Il y a quelque chose qui m’a toujours dérangé à propos de ces soi-disant « hommes sages », le nom des Rois Mages en anglais (Wise Men). S’ils étaient si sages, pourquoi est-ce qu’ils sont allés d’abord à Jérusalem avant de se rendre à Bethléem ? On doit quand même leur accorder que Bethléem n’est qu’à un peu moins de 15 kilomètres de Jérusalem ; ce n’est pas une très longue distance quand on considère que la tradition nous apprend que les Mages venaient d’Inde, un pays à des milliers de kilomètres. Peut-être qu’ils s’attendaient à ce que le roi du pays où le messie était né soit au courant de l’évènement bouleversant qui venait de se dérouler dans son arrière-cour. Cela expliquerait pourquoi ils seraient venus voir le Roi Hérode afin de lui demander où était l’enfant. Quelle qu’en soit la raison ; leur détour par Jérusalem et leur rencontre avec Hérode a eu de sérieuses conséquences. Sur la base du témoignage des Mages, et du fait qu’ils ne soient pas retournés le voir après avoir rendu visite à l’enfant, Hérode ordonna de massacrer tous les petits garçons de moins de deux ans de la région de Bethléem. La naissance du Sauveur fut rapidement suivie par le massacre des innocents – indirectement à cause des Mages.

En dépit de la nature colorée de ces personnages – leur robes et couronnes traditionnelles ainsi que leurs cadeaux exotiques – nous devons toujours essayer de nous rappeler le côté sombre de leur histoire. Contrairement aux bergers humbles, ou aux personnages simples qu’étaient Marie et Joseph, les Mages sont représentés avec tous les attirails du pouvoir terrestre. Ils représentaient les anciennes civilisations. Ils savaient exactement comment être reçus par un Roi, et comment se tenir lorsqu’une audience leur était accordée. C’est précisément ce savoir-faire qui les rend potentiellement dangereux. Hérode n’aurait jamais cru qu’un roi puissant était né d’une personne insignifiante dans une zone rurale s’il ne l’avait pas appris d’un groupe de personnes qu’il respectait.

Que devons-nous comprendre de l’ambiguïté au cœur de cette histoire ? Était-ce une bonne ou une mauvaise chose que les Mages rendent visite à Jésus lors de sa naissance ? L’élément clé pour trouver la réponse à cette question est la nature de la révélation qu’ils cherchaient en suivant l’étoile. L’incarnation du Christ ne peut pas être forcée à l’intérieur de notre conception étroite de ce qui est moralement bon ou mauvais. C’est un peu comme la crucifixion. Certains se demandent pourquoi Judas a été condamné, puisqu’il était nécessaire que Jésus soit trahi par quelqu’un. Ces révélations vont au-delà des limites de la rationalité humaine, parce qu’elles ont du mal à révéler la grandeur de l’amour divin.

Ce genre de révélations viennent toutes à un prix : souvent la mort de quelque chose que nous avons considéré jusqu’à présent comme crucial ou immuable. Peut-être que vous aussi cherchez ce type de révélations (ou épiphanie) dans vos vies. Vous êtes peut-être prêts à mouvoir ciel et terre afin de les trouver ; tout comme les Mages l’ont fait. Mais ils ont trouvé cette épiphanie là où ils s’y attendaient le moins – non pas dans la cour royale luxurieuse du Roi Hérode à Jérusalem, mais dans une humble étable à Bethléem. Ce qu’ils ont vu les a tant transformés qu’ils abandonnèrent le Roi Hérode et rentrèrent chez eux incognitos. Ils devaient savoir à quel point il était dangereux de faire cela. Si les soldats d’Hérode les avaient trouvés, ils auraient été torturés puis exécutés. La Bible nous dit qu’ils abandonnèrent les pièges du pouvoir terrestre et de la gloire et devinrent des voyageurs anonymes sur les vieilles routes palestiniennes.

Tout comme les Mages, nous cherchons parfois Dieu au mauvais endroit. Nous sommes souvent induis en erreur par ce que nous pensons que Dieu devrait faire, ou qui nous pensons qu’Il est. Nous voulons qu’Il apparaisse dans des endroits prévisibles, basés sur nos propres recherches ou notre soi-disant sagesse. Les conséquences de nos fausses attentes sont souvent terribles ; tout comme pour les Mages. L’Épiphanie nous apprend à nous libérer de ces attentes, et à simplement laisser Dieu être Dieu. La tradition nous dit que les Mages ont connu une fin heureuse. Ils retournèrent en Inde, où l’apôtres Thomas les retrouva plus tard. Il ne leur reprocha pas leur ‘erreur’. Il les baptisa simplement, puis les ordonna en tant que ministres de la première église indienne. Loin d’être reconnus comme des politiciens inutiles qui ont provoqué sans le vouloir le massacre des innocents, on se souvient d’eux à travers le monde comme des premiers Gentils qui ont reconnu le Christ pour qui Il était.

NJM Ver. Fr. FS

Sermon – First Sunday after Christmas

The First Sunday after Christmas Day

December 29, 2019

Isaiah 61 :10 – 62 :3 Galatians 3 : 23-25, 4 :4-7 John I :l-18

The great market square in Marrakech, the Djemaa el Fna, is the largest town square on the African continent. As the sun sets, it becomes more and more crowded with people in search of refreshment and entertainment. The most popular attractions are not the orange juice sellers, or the snake charmers, the magicians or the sellers of traditional medicines. The largest crowds of local people gather around the storytellers. These storytellers have no props; apart from perhaps a drum. The only things they offer are their voice, and the extraordinary stories they have stored up in their memory.

There is nothing like a good story. From our youngest age when an adult would read to us, to our first faltering steps in reading for ourselves, to the age when we are first able to lose ourselves in a good book, stories are our companions, our friends and even our mentors. Stories develop our imagination, they teach us about the use of language, how to interact (or not to interact!) with others, and how to live moral lives. Story telling between an adult and a child creates a bond of trust. Children love to hear their parents drawing on their own experience to make up stories. It is through these stories that they realize that they are not alone in the world. It is through these stories that they see visions of what they themselves can become.

The church understands the power of stories; especially those stories we tell about other Christians who have lived extraordinary lives. Each year, on the first Sunday in November, we celebrate All Saints Day, when we remember that such lives have the power to transform our own lived experience. On that day we remember that we are called to tell our own stories too. When we gather together it is our stories that unite us and deepen the bonds of affection between us. Of all the stories in the Bible, it is perhaps the story of Christ’s birth that is the best known. The stable, the angels, the shepherds, the Wise Men, Mary and Joseph; all these elements are familiar to us, perhaps even from a very young age. The Incarnation of Christ is the greatest story ever told. Like other stories, it possesses the power to instruct and inspire. It teaches us how to interact or not to interact with others. It teaches how to live moral lives.

But more than this; the Incarnation is the story of the Word itself made flesh. This remarkable event is perfectly described in today’s reading from the Gospel of John; “And the Word became flesh and dwelt among us, full of grace and truth; we have beheld his glory, glory as of the only Son from the Father.” (Jn. l:14) The man is the story; the story is the man. In Christ, God himself is telling a story to his creation; just as the parent reads to the child.

This story creates a bond of trust between God and us – His children. Through this story we realize that we are not alone in the world. Through this story, we obtain a vision of what we ourselves will one day become. Once again in these twelve days of Christmas, when we examine our own lives, we rediscover a remarkable thing. God his telling His story of the triumph of love through the unfolding of our own lives. The triumph of that love is seen through the incarnation, life, death and resurrection of our Savior. This story knows no end, and every year it is born in us anew.

Happy Christmas to you all, and a healthy and blessed New Year!

NJM

 

Le premier Dimanche après le jouir de Noël                           le 29 décembre 2019

La grande place du marché de Marrakech, la place Djemaa el Fna, est la plus grande place urbaine sur le continent africain. Au coucher du soleil, elle devient de plus en plus encombrée de gens en quête de rafraîchissement et de divertissement. Les attractions les plus populaires ne sont pas les vendeurs de jus d’orange, ni les charmeurs de serpents, les magiciens ou les vendeurs de remèdes traditionnels. Les foules les plus nombreuses de la population locale se rassemblent autour des conteurs. Ces conteurs n’ont aucun accessoire ; à part peut-être un tambour. Les seules choses qu’ils offrent sont leur voix et les histoires extraordinaires du répertoire de leur mémoire.

Il n’y a rien de tel qu’une bonne histoire. De notre plus jeune âge où un adulte nous faisait la lecture, à nos premiers pas hésitants où nous nous y lancions nous-mêmes, à l’âge où nous arrivons à nous perdre dans un bon livre pour la première fois, les histoires sont nos compagnons, nos amis et même nos mentors. Les histoires développent notre imagination, elles nous enseignent l’utilisation du langage, comment interagir (ou ne pas interagir !) avec les autres, et comment vivre une vie morale. Raconter une histoire entre un adulte et un enfant crée un lien de confiance. Les enfants adorent entendre leurs parents s’inspirer de leur propre expérience pour inventer des histoires. C’est à travers ces histoires qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls au monde. C’est à travers ces histoires qu’ils entrevoient ce qu’ils peuvent devenir eux-mêmes.

L’église comprend le pouvoir des histoires ; en particulier ces histoires que nous racontons sur d’autres chrétiens qui ont vécu des vies extraordinaires. Chaque année, le premier dimanche de novembre, nous célébrons la Toussaint, lorsque nous nous souvenons que de telles vies ont le pouvoir de transformer notre propre expérience vécue. Ce jour-là, nous nous souvenons que nous sommes aussi appelés à raconter nos propres histoires. Lorsque nous nous réunissons, ce sont nos histoires qui nous unissent et approfondissent les liens d’affection entre nous. De toutes les histoires de la Bible, c’est peut-être l’histoire de la naissance du Christ qui est la plus connue. L’étable, les anges, les bergers, les mages, Marie et Joseph ; tous ces éléments nous sont familiers, peut-être même dès le plus jeune âge. L’incarnation du Christ est la plus grande histoire jamais racontée. Comme d’autres histoires, elle possède le pouvoir d’instruire et d’inspirer. Elle nous apprend à interagir ou non avec les autres. Elle enseigne comment vivre une vie morale.

Mais plus que cela ; l’Incarnation est l’histoire du Verbe lui-même fait chair. Cet événement remarquable est parfaitement décrit dans la lecture d’aujourd’hui de l’Évangile de Jean ; « Et la Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père. » (Jean 1:14) L’homme est l’histoire ; l’histoire est l’homme. En Christ, Dieu lui-même raconte une histoire à sa création ; tout comme le parent lit à l’enfant.

Cette histoire crée un lien de confiance entre Dieu et nous – ses enfants. À travers cette histoire, nous réalisons que nous ne sommes pas seuls au monde. A travers cette histoire, nous obtenons une vision de ce que nous deviendrons un jour. Encore une fois en ces douze jours de Noël, lorsque nous examinons notre propre vie, nous redécouvrons une chose remarquable. Dieu raconte son histoire du triomphe de l’amour à travers le déroulement de nos propres vies. Le triomphe de cet amour se voit à travers l’incarnation, la vie, la mort et la résurrection de notre Sauveur. Cette histoire ne connaît pas de fin, et chaque année elle renaît en nous.

Joyeux Noël et une bonne et heureuse année à tous !

NJM Ver. Fr. FS

Advent IV – Sermon

Advent IV

December 22, 2019

Isaiah 7:10-17, Romans 1:1-7 Matthew 1:18-25

Dreams play a major role in the nativity stories. It seems as if every key moment in the conception, birth and early childhood of Jesus was accompanied by a dream. When I think about my own dreams, they sometimes reveal my worst fears, and sometimes reveal my deepest hopes and joys. I have a recurring dream of standing in front of a congregation desperately leafing through a Bible or prayer book trying to find my place. I sometimes dream of all sorts of wonderful people I have known; some of whom are now no longer alive.

Early church theologians had two important beliefs about sleep and dreams. They believed that sleep was given to us toiling humans to give us rest, but also to remind us of death. They also believed that sleep reminded us of our total dependence on God: God alone is the only being that never sleeps. But what is the reason for our dreams?

Today’s gospel is about a dream: the dream of Joseph. Joseph’s dream was wonderful. He dreamed that God was going to enter the world. God was going to be born into the world through his future wife. I suppose that the dream was as shocking as it was wonderful. It certainly meant that Joseph was in the very difficult position of having to trust Mary. The revelation of pregnancy under such conditions is far from a normal event!

This is why Joseph’s dream is so important. He dreamed of the salvation of the world. And the salvation of the world depended on his ability to trust someone else. Perhaps that is true for us too. We have to trust that God is working through our family members, our friends, our colleagues or those whom we love who currently live far away from us. We are far more likely to worry about them than we are to trust that God is working through them, just as he has promised to work through us. Joseph reminds us of the vital importance of this ability to trust in God’s working through other people; even if that work appears as strange or unlikely as an unexpected pregnancy.

People often ask “Why is such trust necessary? Why doesn’t God just speak directly? Why doesn’t he send an angel, just like he seems to have done in days gone by?” I think that we ask this question because we are apt to forget that there is a vital link between discerning God’s voice and learning how to love others as God loves us. We tend to remember the spectacular appearance of the angel Gabriel to announce the news to Mary, and forget that the angel appeared to Joseph as well. In the Bible, the annunciation doesn’t just occur to Mary, it occurs to Joseph as well. The annunciation took a different form: it came through a dream, and it required an enormous amount of trust. And this means that God does continue to appear to us, if we pay attention to our dreams and the dreams of those around us.

The greatest Christmas gift you can give this year is to believe in someone’s dreams. The greatest gift you can give is to have faith in someone else; and to believe in their dreams. Believe in the dreams of the person you love. Believe in the dreams of your children. Our church is full of people who are here because they followed their dreams. Our community is made up of those who have been supported by others who believed in those dreams, and continue to believe in them. Joseph shows us that it is a holy task to believe in the dream of your hero, your leader or your friend.

I know that some people don’t sleep very well. I’m one of them sometimes. And the Christmas holidays are a prime time for poor sleep. There is too much worry. People tend to eat and drink too much. Find time to rest, and in that time, find time to dream. Rabelais once joked: “I never sleep comfortably except when I am at a sermon.” Well, if this is the only time you can dream, use it well! We sleep in order to dream. We share our dreams with those who are close to us so that they can believe in our dreams too. And God works through all of these relationships. At Christmastime, God works both through Mary and Joseph. He works through a young woman, and her husband believes her and trusts her. That miracle is still possible today. Believe in the dreams of the person you love. If you believe in dreams this Christmas, Jesus will be born again in us. Sleep well, and may your dreams become as true as the dream of Joseph.

NJM

 

Avent IV                                                                                                   22 décembre 2019

Dans tous les récits de la Nativité, les rêves jouent un rôle essentiel. Que ce soit le moment de la conception, de la naissance ou de l’enfance de Jésus, un rêve l’accompagne. Quand je pense à mes propres rêves, certains révèlent mes peurs les plus intenses, d’autres mes joies et espoirs les plus profonds. J’ai un rêve qui revient souvent : Me voilà en train de feuilleter désespérément une Bible ou un livre de prières dans l’espoir de trouver la page adéquate. Mais parfois, je rêve de toutes les personnes merveilleuses que j’ai eu l’occasion de connaître; certaines d’entre elles ne sont déjà plus de ce monde.

Les premiers théologiens avaient deux croyances principales en ce qui concerne le sommeil et les rêves. Pour eux, le sommeil nous octroyait le repos après nos tâches quotidiennes, mais nous rappelait aussi que la mort existe. Le sommeil nous démontre également notre complète dépendance envers Dieu : Dieu étant la seule entité qui ne dort jamais. Par contre, quelle était la raison d’être des rêves?

L’Évangile d’aujourd’hui se réfère à un rêve : le rêve de Joseph. C’était un rêve magnifique. Il rêva que Dieu allait venir au monde. Il allait naître par l’intermédiaire de sa future femme. C’était un rêve aussi choquant qu’extraordinaire, et cela signifiait que Joseph devait avoir une confiance totale en Marie. La révélation de sa grossesse dans des circonstances aussi curieuses n’est pas quelque chose de très ordinaire !

C’est pourquoi le rêve de Joseph est si important. Il s’agissait du salut du monde qui ne pouvait avoir lieu que dans la mesure où Joseph faisait confiance à une tierce personne. Peut-être est-ce vrai pour nous également? Nous devons croire que Dieu agit à travers les membres de notre famille, nos amis, nos collègues ou ceux que nous aimons et qui vivent loin de nous. Nous sommes souvent inquiets à leur sujet au lieu de penser que Dieu agit en eux, tout comme il agit en nous.

Joseph nous remet en mémoire combien vitale est cette confiance en Dieu et dans son action à travers les hommes, même si cette action donne des résultats aussi étranges ou invraisemblables qu’une naissance inattendue.

Les gens demandent souvent : “Pourquoi avoir une telle confiance? Pourquoi Dieu ne s’exprime-t-il pas directement? Pourquoi n’envoie-t-il pas un ange comme il le faisait autrefois?” Je pense qu’on se pose ces questions parce que nous oublions qu’il y a un lien direct entre être à l’écoute de la voix de Dieu et apprendre à aimer les autres de la même façon que Dieu nous aime. Nous nous souvenons de la spectaculaire apparition de l’Ange Gabriel annonçant à Marie la nouvelle de la naissance et nous oublions qu’il apparut aussi à Joseph. L’annonce prit la forme d’un rêve et demanda une confiance inébranlable. Cela veut dire que Dieu continue à apparaître si nous y prêtons attention, dans nos propres rêves et dans les rêves de ceux qui nous entourent.

Le plus grand cadeau de Noël que vous puissiez faire est de croire dans les rêves de ceux qui vous entourent. Le cadeau le plus important est d’avoir foi en quelqu’un d’autre et de soutenir ses rêves. Croire aux rêves de ceux que vous aimez. Croire aux rêves de vos enfants. Notre église est pleine de gens qui sont ici parce qu’ils ont suivi leurs rêves. Notre communauté est faite de personnes qui ont été soutenues par d’autres qui croyaient en leurs rêves et continuent à y croire. Joseph nous démontre que c’est une tâche sacrée que de croire dans les rêves de vos héros, vos dirigeants ou vos amis.

Je sais que certaines personnes ont du mal à dormir. Cela m’arrive parfois. Les vacances de Noël sont souvent un moment où l’on dort mal. On s’inquiète de tout et n’importe quoi; on mange et on boit trop. Trouvez un moment pour vous reposer et, surtout, pour rêver. Rabelais dit une fois en plaisantant: “Je ne dors jamais si bien que lorsque j’écoute un sermon.” Eh! Bien, si c’est le seul moment où vous pouvez dormir, profitez-en maintenant! Nos rêves viennent pendant notre sommeil; nous les partageons avec ceux qui nous sont proches afin qu’ils y croient, eux aussi. Et Dieu est là, au milieu de tous ces liens. Lors de Noël, Dieu agit à travers Marie et Joseph. Il agit en une toute jeune femme et son époux la crut et lui fit confiance. Ce miracle est encore possible de nos jours. Croyez dans les rêves de celui ou celle que vous aimez. Si vous faites cela pendant cette saison de Noël, alors Jésus naîtra à nouveau. Dormez bien, et puissent vos rêves devenir aussi vrais que le fut celui de Joseph.

NJM Ver. FR : FS

Avent II – Sermon

Advent II

December 8, 2019

Isaiah 11:1-10  Romans 15:4-13   Matthew 3:1-12

 

It is hard for us to understand today, but there have been times when the Middle East was at peace. In fact, centuries have gone by without the area knowing any conflict at all. The period from about 825 BC until 730 BC was such a time for the little kingdoms of Israel and Judah. In 722 BC all of this changed. When Tiglath-Pileser III became king of Assyria in about 745 BC, he destabilized the entire region and brought all the surrounding nations under the threat of Assyrian dominance. He was intent on conquering all the land to his south and west: including the prosperous little kingdom of Israel. The northern kingdom of Israel fell in 722 BC. Its cities were destroyed and a vast number of its citizens were dispersed. (We now know them as the so-called ‘lost tribes of Israel’).

Isaiah the prophet was writing in the southern kingdom of Judah when all of this was going on. His situation was no less perilous, and the future of the Davidic dynasty that ruled from Jerusalem was very much in doubt. Would Judah fall to the Assyrians, just as their neighbors to the north and south had fallen? What would become of God’s promises if that should happen? The fall of their neighbors and the threat of extinction led to a huge sense of insecurity for the king in Jerusalem and for the citizens of Judah. Under such circumstances, you would expect the prophet to issue dire warnings to the king and the people: “Mend your ways, or disaster will strike! Repent, trust in God and not in kings or armies so that you will be spared!”

Instead of such dire warnings, Isaiah speaks about hope and reassurance. He addresses the people with words of security and promise, and speaks of a future filled with hope. Whatever happens, God will be faithful to the Davidic kingdom. And whatever happens to the current king, God will still be king over them. Even if the family tree of the house of David is cut down, its roots will remain and a new branch will spring up from the tree that is hewn down. This time, the kingship will not be exercised by someone like the faithless king Ahaz of Judah, but by a king who will exercise the seven gifts of kingship that Isaiah names in our passage: wisdom, understanding, authority, strength, justice and righteousness; all bound together by the crowning seventh gift, the Spirit of God that will rest on such a ruler. The needy, the poor and the disenfranchised will be championed, and the wicked will be judged. Isaiah describes a utopian state of affairs, in which paradise is restored and the wolf and the lamb lie down together. All of this will take place in Jerusalem; the holy mountain of God. All nations – even the dreaded enemy Assyria – will be drawn to it.

Some of the most beautiful language in the Bible was produced at a time of catastrophe: quite a contrast with the language used in our media and our public discourse today. Advent is a time when we clear our minds of such counsels of despair. We need to learn the language of hope. During Advent we recall the titles and attributes of the king that Isaiah described and apply them to Jesus. The hymn ‘O come; o come Emmanuel’ contains these images: “O wisdom! O Lord! O root of Jesse! O key of David! O dayspring from on high! O King of the nations! O Emmanuel!”

With Jesus’ coming, the Kingdom of God becomes visible. As Jesus himself said, his lordship is not ‘of this world’, and Jesus exercises authority in a way that is vastly different from the way in which authority is exercised by the rulers of the nations today. He causes fresh green shoots to spring up in places where we thought that all life had departed. He opens doors of love and forgiveness that we thought were locked to us forever. He shines light in places in our lives we thought would always have to stay in the deepest darkness. The titles of the Messianic King described by Isaiah to a nation living in fear continue to bring us hope and courage. In the middle of political uncertainty, a climate crisis and the transformation of society in unpredictable and unsettling ways, God stays constant. Whatever befalls us, God will still be our guide and our ruler; just as he was for the Kingdom of Judah when it, in its turn was defeated and destroyed by the Babylonians in 586 BC.

By nurturing our hope and by remembering the stories of those who have emerged from disaster, we come to experience the peace that Christmastime is supposed to bring us. We long for peace in our nation, we long for peace between the nations, peace in our city, peace in our families and within ourselves. In describing his vision of God’s reign, Isaiah uses images of animals who are normally antagonistic to each other lying down in peace. He reminds us of the Garden of Eden in Genesis 1-2. When the Prince of Peace finds a place in our lives, peace will flow from us, just as peace flowed from God’s holy mountain in Isaiah’s vision. That sense of peace will lead us to right relationships with our neighbors and fairness in our dealings with others. Just as violence begets violence, peace begets peace. At Jesus’ birth, the angels sang “Glory to God in the Highest, and peace on earth!” May that be our song too as we prepare to celebrate the birth of the Prince of Peace this Christmas.

NJM

 

 

Le deuxième dimanche de l’Avent                                                                  le 8 décembre 2019

 

Il est difficile pour nous de le comprendre aujourd’hui, mais il y a eu des moments où le Moyen-Orient était en paix. En fait, des siècles se sont écoulés sans que la région ne connaisse aucun conflit. La période d’environ 825 avant JC à 730 avant JC était une telle période pour les petits royaumes d’Israël et de Judée. En 722 avant JC, tout cela a changé. Lorsque Tiglath-Pileser III est devenu roi d’Assyrie vers 745 avant JC, il a déstabilisé toute la région et a exposé toutes les nations environnantes à la menace de la domination assyrienne. Il avait l’intention de conquérir toutes les terres à son sud et à son ouest : y compris le petit royaume prospère d’Israël. Le royaume du nord d’Israël est tombé en 722 av. JC. Ses villes ont été détruites et un grand nombre de ses citoyens ont été dispersés. (Nous les connaissons maintenant comme les « tribus perdues d’Israël »).

Ésaïe le prophète écrivait dans le royaume du sud de Judée quand tout cela se passait. Sa situation n’était pas moins périlleuse et l’avenir de la dynastie davidique qui régnait de Jérusalem était très incertain. La Judée tomberait-elle aux mains des Assyriens, tout comme leurs voisins du nord et du sud étaient tombés ? Que deviendraient les promesses de Dieu si cela se produisait ? La chute de leurs voisins et la menace d’extinction ont créé un énorme sentiment d’insécurité pour le roi de Jérusalem et pour les citoyens de Judée. Dans de telles circonstances, vous vous attendriez à ce que le prophète envoie des avertissements désastreux au roi et au peuple : « Changez vos manières, ou un désastre frappera ! Repentez-vous, faites confiance à Dieu et non aux rois ou aux armées afin que vous soyez épargnés ! »

Au lieu de ce type d’avertissements pressants, Ésaïe parle d’espoir et de réconfort. Il s’adresse aux gens avec des mots de sécurité et de promesse, et parle d’un avenir rempli d’espérance. Quoi qu’il arrive, Dieu sera fidèle au royaume davidique. Et quoi qu’il arrive au roi actuel, Dieu sera toujours leur roi. Même si l’arbre généalogique de la maison de David est coupé, ses racines resteront et une nouvelle branche en jaillira. Cette fois, la royauté ne sera pas exercée par quelqu’un comme le roi infidèle Achaz de Judée, mais par un roi qui exercera les sept dons de royauté qu’Ésaïe nomme dans notre passage : sagesse, compréhension, autorité, force, justice et vertu ; toutes liées par le septième don du couronnement avec l’Esprit de Dieu qui reposera sur un tel dirigeant. Les nécessiteux, les pauvres et les démunis seront défendus, et les méchants seront jugés. Ésaïe décrit un état des choses utopique, dans lequel le paradis est restauré et le loup et l’agneau s’allongent cote à cote. Tout cela aura lieu à Jérusalem ; la sainte montagne de Dieu. Toutes les nations – même l’ennemi redouté de l’Assyrie – y seront attirées.

Certaines des plus belles phrases de la Bible ont été produites à une époque de catastrophe : un contraste assez important avec le langage utilisé dans nos médias et nos discours publics aujourd’hui. L’Avent est un moment où nous nous effaçons ces conseils désespérants de nos esprits. Nous devons apprendre la langue de l’espérance. Pendant l’Avent, nous nous rappelons des titres et des attributs du roi qu’Esaïe a décrits et nous les appliquons à Jésus. L’hymne ‘O come; o come Emmanuel’ contient ces images : ‘O wisdom! O Lord! O root of Jesse! O key of David! O dayspring from on high! O King of the nations! O Emmanuel!’

Avec la venue de Jésus, le Royaume de Dieu devient visible. Comme l’a dit Jésus lui-même, son règne n’est pas « de ce monde », et Jésus exerce son autorité d’une manière très différente de la manière dont cette autorité est exercée par les dirigeants des nations aujourd’hui. Il fait pousser de nouvelles pousses vertes dans des endroits où nous pensions que toute vie avait disparu. Il nous ouvre des portes d’amour et de pardon que nous pensions verrouillées pour toujours. Il éclaire des endroits de notre vie que nous pensions voués à l’obscurité éternelle la plus profonde. Les titres du roi messianique décrits par Ésaïe à une nation vivant dans la peur continuent de nous apporter espoir et courage. Au milieu de l’incertitude politique, d’une crise climatique et de la transformation de la société de manière imprévisible et troublante, Dieu reste constant. Quoi qu’il nous arrive, Dieu sera toujours notre guide et notre souverain ; tout comme il l’était pour le royaume de Judée lorsqu’il fut, à son tour, vaincu et détruit par les Babyloniens en 586 av.

En nourrissant notre espérance et en se souvenant des histoires de ceux qui se sont sortis d’un désastre, nous arrivons à vivre la paix que Noël est censé nous apporter. Nous aspirons à la paix dans notre nation, nous aspirons à la paix entre les nations, la paix dans notre ville, la paix dans nos familles et en nous-mêmes. Pour décrire sa vision du règne de Dieu, Ésaïe utilise des images d’animaux normalement opposés les uns aux autres, allongés en paix. Il nous rappelle le jardin d’Eden dans la Genèse 1-2. Lorsque le Prince de la paix trouvera une place dans nos vies, la paix coulera de nous, tout comme la paix coulait de la montagne sainte de Dieu dans la vision d’Ésaïe. Ce sentiment de paix nous conduira à de bonnes relations avec nos voisins et à l’équité dans nos relations avec les autres. Tout comme la violence engendre la violence, la paix engendre la paix. À la naissance de Jésus, les anges ont chanté « Gloire à Dieu au plus haut, et paix sur terre ! ». Que ce soit aussi notre chanson alors que nous nous préparons à célébrer la naissance du Prince de la paix ce Noël.

NJM Ver. Fr. FS

Avent I – Sermon

Advent I

December 1st, 2019

Isaiah 2:1-5                 Romans 13:11-14         Matthew 24:36-44

One of the things that I like the best about the Episcopal Church is that it follows the regular and traditional pattern of the Church’s Year. Every season of the secular year has its corresponding liturgical season. The Church’s year begins with the first Sunday of Advent, which we are celebrating today. The month of December is the darkest time of the year in the Northern Hemisphere. It is during these darkest days of the year that we prepare ourselves to celebrate the coming of Christ, the Light of the World. I have a feeling that people who do not attend Church miss out on this rhythmic cycle of preparation, meditation and celebration that the Church’s year is devised to evoke.

Whether we attend Church or not, the month of December in which Advent falls can often be a hard time of year for some of us. Many people feel the stress of the approaching holidays. They may be worried about the sorts of family gatherings they will be obliged to take part in; the anxiety over the people they may have to see, or indeed the people they cannot see either because of bereavement or because their family and friends live too far away to be able to celebrate the season with them. They may be anxious about the amount of things they have to do, the presents they must buy, the cards they must write, and the shopping and cooking they feel obliged to do. We are all bombarded with a consumer-centered nightmare of publicity, which seems to suggest that happiness is dependent on the amount of money that we will spend. Finally, the season makes us think of the passage of time and the approach of yet another New Year.

For all of these reasons and more, Christmas is hard to celebrate without any sort of preparation. The business of the season is all the more striking when it is set against the seeming simplicity and innocence of the event which it is designed to commemorate – that of a child born in a stable behind an inn and laid in a manger by his young mother. But the season of Advent is not designed to be a refuge from all of these stresses. The traditional themes of the Advent season are sometimes uncomfortable and troubling. They include death, judgment, heaven and hell, the disturbing messages of the Old Testament prophets, the preaching of the strange and slightly sinister figure of John the Baptist, and a contemplation of the events which will attend the second coming of Christ in glory to judge the world. This atmosphere of trepidation is well described in the Gospel of Matthew: “Two men will be in the field; one is taken and one is left. Two women will be grinding at the mill; one is taken and one is left. Watch therefore, for you do not know on what day your Lord is coming.” (Matthew 24:40-42) Jesus calls us to be on the look out for signs that indicate that his Second Coming is immanent. Advent calls us to watch in heightened tension for the awesome events that will usher in our final redemption.

It is precisely this sort of tension which all the commercialism and sentimentality of this season is designed to stun. The tense expectation proper to the season is thus replaced by a hollow fear about what we will buy or how we will cope with the emotional obligations of the festival.

But heightened expectations are not the only notes struck by the liturgical season of Advent. When the days are darkest, we are called to hope. What are the elements that make up the Advent hope? We need darkness and doubt for hope to function at all. People who have all their promises fulfilled have no need of hope. Advent on the contrary, calls us to recognize that we are all in need. We are longing for something that we do not yet have. We have been promised things that we do not yet possess. Sometimes those things are so long in coming that we think that there is no strength left in us even to hope for them any more. Advent renews our hope and our vision of wonderful things that are yet to come. It comforts us in the midst of our longings by setting before us a vision of the heavenly city whose citizens we are: “Come let us go up to the mountain of the Lord, to the house of the God of Jacob’ that he may teach us his ways and that we may walk in his paths. He shall judge between the nations and decide for many peoples, and they shall beat their swords into ploughshares and their spears into pruning hooks. Nation shall not lift up sword against nation, neither shall they learn war any more.” (Isaiah 2:3-4) Our Advent wreath with its five candles symbolizes the re-kindling of our hope in the darkest season of the year. As you prepare yourselves to celebrate Christmas, may your minds be stilled in prayerful hope on the God whose promises are true.

NJM

 

Avent I                                                                                                         1er décembre 2019

L’une des choses que j’aime le plus dans l’Église Épiscopale est qu’elle suit le modèle régulier et traditionnel de l’année de l’Église. Chaque saison de l’année séculaire correspond à une saison liturgique. L’année de l’Église commence le premier dimanche de l’Avent, que nous célébrons aujourd’hui. Le mois de décembre est le moment le plus sombre de l’année dans l’hémisphère nord. C’est durant ces jours les plus sombres de l’année que nous nous préparons à célébrer la venue du Christ, la lumière du monde. J’ai le sentiment que les gens qui ne vont pas à l’Église rate ce cycle rythmique de préparation, de méditation et de célébration que la division de l’année de l’Église est censée évoquer.

Que vous alliez à l’Église ou non, le mois de décembre durant lequel l’Avent se déroule peut souvent être un moment dur de l’année pour certains d’entre nous. Beaucoup de gens ressentent le stress des vacances approchantes. Ils sont peut-être soucieux du type de rassemblements familiaux auxquels ils devront participer ; anxieux à cause des gens qu’ils devront peut-être voir, ou alors des gens qu’ils ne pourront pas voir soit à cause d’un deuil ou bien à cause de la distance qui les sépare trop pour pouvoir célébrer cette saison ensemble. Ils sont peut-être anxieux à cause du nombre de choses qu’ils ont à faire, des cadeaux qu’ils doivent acheter, des cartes qu’ils doivent écrire et des magasins auxquels ils doivent aller et de la cuisine qu’ils se sentent obligés de faire. Nous sommes tous bombardés par un cauchemar publicitaire axé sur les consommateurs, qui semble suggérer que le bonheur est dépendant du montant que nous dépenserons. Enfin, la saison nous fait penser au passage du temps et à l’approche d’une nouvelle année de plus.

Pour toutes ces raisons et d’autres, il est difficile de célébrer Noël sans une sorte de préparation. Le principe de la saison est encore plus frappant quand on le met côte à côte avec la simplicité et l’innocence flagrante de la commémoration de l’événement auquel sa préparation mène – celle d’un enfant né dans un étable derrière une auberge, allongé dans une mangeoire par sa jeune mère. Mais la saison de l’Avent n’est pas conçue pour être un refuge contre toutes sortes de choses stressantes. Les thèmes traditionnels de la saison de l’Avent sont souvent inconfortables et troublants. Ils comportent la mort, le jugement, le paradis et l’enfer, le message troublant des prophètes de l’Ancien Testament, la prédication de la forme étrange et plutôt sinistre de Jean le Baptiste, et la contemplation des événements qui participeront à la seconde venue du Christ dans sa gloire afin de juger le monde. Cette atmosphère d’inquiétudes est bien décrite dans l’Évangile de Matthieu : “deux hommes seront dans un champ : l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes moudront à la meule : l’une sera prise et l’autre laissée. Restez donc vigilants, puisque vous ignorez à quel moment votre Seigneur viendra” (Matthieu 24:40-42). Jésus nous appelle à être attentifs aux signes qui indiquent que sa seconde venue est imminente. L’Avent nous appelle à guetter dans une vive tension les événements impressionnants qui inaugureront notre rédemption finale.

C’est précisément ce type de tensions que tout le commercialisme et la sentimentalité de cette saison visent à étourdir. La tension des attentes propre à la saison est donc remplacée par la peur creuse de ce que nous allons devoir acheter ou de comment nous surmonterons les obligations émotionnelles de ces festivités.

Mais les attentes vives ne sont pas les seuls points que la saison liturgique de l’Avent marque. Quand les jours sont plus sombres, nous sommes appelés à espérer. Quels sont les éléments qui font l’espoir de l’Avent ? Nous avons besoin de l’obscurité et du doute pour que l’espoir puisse ne serait-ce que fonctionner. Les gens qui voient toutes leurs promesses accomplies n’ont pas besoin d’espoir. L’Avent au contraire, nous appelle à reconnaître que nous sommes tous dans le besoin. Nous désirons ardemment quelque chose que nous n’avons pas encore. On nous a promis des choses que nous ne possédons pas encore. Parfois ces choses prennent tellement de temps à arriver que nous pensons qu’il ne nous reste plus assez de force pour ne serait-ce qu’espérer qu’elles arrivent encore. L’Avent renouvelle notre espoir et notre vision des merveilleuses choses qui ne sont pas encore arrivées. Cela nous réconforte au milieu de nos attentes en mettant devant nous un aperçu de la ville divine dont nous sommes les citoyens : ” Venez, montons à la montagne de l’Eternel, à la maison du Dieu de Jacob ! Il nous enseignera ses voies et nous marcherons dans ses sentiers. Il sera le juge des nations, l’arbitre d’un grand nombre de peuples. Ceux-ci mettront en pièces leurs épées pour en faire des socs de charrue, et leurs lances pour en faire des serpes. Aucune nation ne prendra plus les armes contre une autre et l’on n’apprendra plus à faire la guerre” (Ésaïe 2:3-4). Notre couronne de l’Avent avec ses cinq bougies symbolise le renouveau de notre espoir dans la saison la plus sombre de l’année. Alors que vous vous préparez à célébrer Noël, que vos esprits soient apaisés dans l’espoir et la prière du Dieu dont les promesses sont vraies.

NJM Ver. FR : FS

Sermon – HARVEST / CHRIST THE KING 2019

HARVEST / CHRIST THE KING
November 24th, 2019
Deuteronomy 26:1-11 Philippians 4:4-9 John 6:25-35

The news stories concerning migrants and refugees over the past 5 years or so have reminded us forcibly of the historical fact that migrant peoples are very rarely welcomed with open arms by the settled populations into which they move. The face of the persecuted or hungry stranger is normally not greeted as the face of Christ, but rather as a threat to everything the ‘host’ country holds dear: resources, family life, jobs, the environment, religious belief, political stability and even life itself. People move around our little globe in large numbers for a great variety of reasons: because they have been persecuted in their own country, because they are seeking resources that their own country doesn’t have, because they believe that they have resources to offer to the destination country that might benefit them both, or perhaps just because they happen to have fallen in love with the culture or a person from the country where they are newly settled. This Thursday, Americans of nearly all cultures and backgrounds will be celebrating Thanksgiving. It is a day that the native American population of the United States does not necessarily celebrate: precisely because of the reasons I mentioned above. The arrival of the Europeans in America was nothing to be thankful for. The America of today comprises peoples from every country on the globe, over ninety percent of whom are descended from people who moved here in the last two hundred years. While it is a difficult day for the indigenous peoples of the United States, it is also a holiday that unites the immigrants of many nations in an act of Thanksgiving that isn’t dependent on race or religion.

In the Book of Deuteronomy, we are introduced to another group of people who were unwelcome strangers and refugees in an already settled land. The passage instructs the Hebrew people on the procedure to follow after the first harvest in the land into which God was leading them. (A land already settled for thousands of years by the Canaanites). After placing the first fruits of the land in a wicker basket, they were to present them to the priest in the temple, and recite a prayer which begins with the words: “A wandering Aramean was my father”. The word ‘wandering’ can also be translated as ‘starving’. The Arameans were a large group of Semitic peoples who were spread over the whole middle east. Some of them were settled in the areas we now know as Syria or Lebanon or Israel, others led a nomadic life on the Arabian Peninsula. It is the prayer of a hungry and wandering stranger who has come to a land of plenty and made it their own.

And this is where the story becomes interesting. The prayer recited at the offering of the first fruits isn’t some great dogmatic statement about belief in the God’s power. It is a story. The story asks the person who is making their offering to acknowledge their own history. Their ancestors were hungry wanderers. Their ancestors were enslaved in Egypt. God saved them from their hunger and their slavery, and now has given them food and freedom. The temple offering was also a time to remember and give thanks.

The story does not end there. Now that they have food and freedom, they must make sure that others who have no farms and no food are fed and satisfied too: including the ‘strangers’ in the land. The Torah (the first five books of the Old Testament) contains strict laws about agriculture. When harvesting olive trees, the branches should only be struck once, leaving some of the olives to be collected by the hungry and landless. After cutting the wheat, it was forbidden to return to the field to collect a forgotten sheaf. It was to be left for the hungry and landless. Every seven years, the land should be left fallow out of respect for nature. Hebrew slaves should be freed by their owners. Every forty-nine years, all land reverted to its original owners in a fair distribution system, and all slaves, regardless of nationality were freed, and all debts forgiven. The child of a hungry and wandering Aramean was required by law and tradition to remember where they came from, and to make sure that other wanderers and strangers were treated with dignity and respect.

At our harvest festival today, we are being called to the same thankful remembrance. We acknowledge that our own ancestors were often not as fortunate as we are today. We acknowledge that our own ancestors have also been responsible for enslaving or depriving others of their rights. We acknowledge that what we enjoy is not ours by right. It is a gift of God, and we should therefore treat others with the same generosity and kindness that God has shown to us.

The story of deliverance recited by the Hebrews in the temple is our story too. The wonderful food we will share in a few moments is not the most expensive and important meal we will have today. That meal is the one we will share when we gather around our altar in remembrance of what Christ has done for us. He has satisfied our hunger. He has delivered us from slavery to sin and death, and he has bestowed on us freedom to love each other as his children. We are still strangers and exiles in a troubled world. But we know that one day we will be called home to the feast that will know no end, at the heavenly banquet where no one is a stranger and hunger and crying will be no more.

NJM

DIEU DONNANT / CHRIST ROI 24 NOVEMBRE 2019

Depuis un peu plus de cinq ans, les nouvelles et articles concernant les migrants et les réfugiés nous ont forcé à nous souvenir qu’historiquement, les migrants sont très rarement accueillis à bras ouverts par les gens qui habitent l’endroit où ils s’installent. Le visage de l’étranger persécuté ou affamé n’est généralement pas accueilli comme celui du Christ, mais plutôt vu comme une menace contre tout ce que le pays ‘hôte’ tient cher à son cœur : les ressources, la vie de famille, les emplois, l’environnement, les croyances religieuses, la stabilité politique et même la vie elle-même. Les gens se déplacent de parts et autres du globe pour bien différentes raisons : parce qu’ils ont été persécutés dans leur pays d’origine, parce qu’ils cherchent des ressources auxquelles ils n’ont pas accès dans leur pays, parce qu’ils pensent qu’ils ont des ressources à offrir au pays d’accueil qui peuvent leur être bénéfiques à tous les deux, ou tout simplement parce qu’il se trouvent qu’ils sont tombés amoureux de la culture ou d’une personne du pays où ils se sont nouvellement installés. Ce jeudi, les américains de presque toutes les cultures et de tous les milieux célébreront ‘Thanksgiving’. C’est un jour que les peuples autochtones des États-Unis ne célèbrent pas vraiment : exactement à cause des raisons que j’ai mentionnées juste auparavant. L’arrivée des Européens en Amérique n’est en aucun cas une raison de rendre grâce. L’Amérique d’aujourd’hui comprend des peuples de tous les pays du monde, dont plus de 90% descend de gens qui ont immigré ici dans les deux-cents dernières années. Bien que ce soit un jour difficile pour les peuples autochtones des États-Unis, c’est aussi une fête qui unit les immigrants de bien des nations dans une action de grâce qui ne dépend pas de la race ou de la religion.

Dans le Deutéronome, on nous introduit à un autre groupe de gens qui étaient les étrangers et les réfugiés importuns d’une terre déjà habitée. Le passage instruit le peuple hébreu sur la procédure à suivre après la première moisson de la terre vers laquelle Dieu les dirigeait (une terre déjà habitée depuis des milliers d’années par les Cananéens.) Après avoir placé les premiers fruits de la terre dans un panier d’osier, ils devaient les présenter au prêtre du Temple, et réciter une prière qui commençait par les mots : “Mon ancêtre était un Araméen nomade”. Le mot ‘nomade’ peut aussi être traduit par ‘affamé’. Les Araméens étaient un large groupe de sémites étalés de parts et autres de tout le Moyen-Orient. Certains d’entre eux étaient installés dans des endroits que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Syrie, Liban, ou Israël, d’autres vivaient une vie nomade sur la péninsule arabe. C’est la prière d’un étranger errant qui a faim et qui est venu sur une terre d’abondance et en a fait la sienne. Et c’est là que l’histoire devient intéressante. La prière récitée à l’offrande des premiers fruits n’est pas une grande déclaration dogmatique sur la croyance au pouvoir de Dieu. C’est une histoire. L’histoire demande à la personne qui fait son offrande de reconnaître leur propre histoire. Leurs ancêtres étaient des nomades qui avaient faim. Leurs ancêtres étaient des esclaves en Égypte. Dieu les a sauvés de leur faim et de leur esclavage, et maintenant leur donne de la nourriture et la liberté. L’offrande au Temple était aussi un moment pour se souvenir et remercier.

L’histoire ne s’arrête pas là. Maintenant qu’ils ont de la nourriture et qu’ils sont libres, ils doivent être certains que ceux qui n’ont pas de ferme et pas de nourriture soient nourris et satisfaits aussi : y compris ‘l’étranger’ sur la terre. La Torah (les 5 premiers livres de l’Ancien Testament) contient des lois strictes sur l’agriculture. Lorsque l’on récolte le fruit de l’olivier, les branches ne doivent être frappées qu’une fois, laissant quelques olives pour que le pauvre et celui sans terre puissent les cueillir. Après avoir coupé le blé, il était interdit de retourner sur le champ afin de récolter une gerbe oubliée. Elle devait rester sur le champ pour le pauvre et celui sans terre. Tous les sept ans, la terre doit être laissée en jachère par respect pour la nature. Les esclaves hébreux doivent être libérés par leurs maîtres. Tous les quarante-neuf ans, toutes les terres revenaient à leurs propriétaires d’origines dans un système de distribution juste, et tous les esclaves, quelle que soit leur nationalité étaient libérés, et toutes les dettes étaient effacées. Le fils d’un Araméen nomade et affamé devait selon la loi et la tradition se souvenir d’où il venait, et s’assurer que les autres nomades et étrangers étaient traités avec dignité et respect.

Lors de notre festival de la moisson aujourd’hui, nous sommes appelés à nous souvenir de la même chose dans la gratitude. Nous reconnaissons que nos propres ancêtres n’avaient souvent pas autant de chance que nous en avons aujourd’hui. Nous reconnaissons que nos propres ancêtres ont aussi été responsables de l’esclavagisme et de la privation du droit des autres. Nous reconnaissons que ce dont nous jouissons n’est pas à nous de droit. C’est un don de Dieu, et nous devrions donc traiter les autres avec la même générosité et bonté que Dieu nous a montré.

L’histoire de la délivrance récitée pas les Hébreux dans le Temple est notre histoire aussi. La merveilleuse nourriture que nous partagerons dans quelques instants aujourd’hui n’est pas le repas le plus important et le plus cher de notre journée. Celui-ci est celui que nous partagerons lorsque nous nous rassemblerons autour de l’autel en mémoire de ce que le Christ a fait pour nous. Il a satisfait notre faim. Il nous a libéré de l’esclavage du péché et de la mort, et nous a accordé la liberté de s’aimer les uns les autres comme ses enfants. Nous sommes toujours les étrangers et les exilés dans un monde troublé. Mais nous savons qu’un jour nous serons appelés à retourner chez nous pour le repas qui ne connaîtra pas de fin, au banquet divin où personne n’est un étranger et la faim et les pleurs n’existent plus.

NJM Ver. FR : FS

Sermon – Pentecost +23

Pentecost XXIII
November 17th, 2019
Isaiah 65:17-25 II Thessalonians 3:6-13 Luke 21:5-19

When I encountered the breadth of Christian spirituality in the United States first-hand, I was astonished at the importance that many Christians gave to thinking about the end of the world. Televangelists, book sales, entire denominations were dedicated to interpreting the book of Revelation. People were (and still are) encouraged to spend their money on apocalypse merchandise and prepare themselves for the rapture. All that energy devoted to a time or a day that Jesus told us that only God knows! Think what could be done with all the time, paper and resources wasted on fantasies about the book of Revelation! How many hungry people could be fed, how many children educated, how many medical clinics be built and doctors and nurses paid! It seems to be a particularly American malady, and it is hard not to be sucked in to the debate. People fear and long for the apocalypse at the same time. We dream that it will solve our problems, put an end to our uncertainties and wreak revenge on those whom we consider to be our personal or political enemies. In the end, what we have made of this part of the bible looks more like a theology of hate and fear than a theology of love and hope.

Given the current state of the world and the uncertainty in our nation, it is hardly surprising that we are anxious about the country’s future and our ability to work together for the common good. Dread of impending disaster or political, economic or climate collapse – is always in the back of our minds. It is also true that the church’s calendar between All Saints Day and the First Sunday of Advent concentrates on the passages in the Bible that speak about the end of the world and the final judgment. Traditionally speaking, those readings are not inclined to give us a sense of comfort in the midst of anxious times. If anything, they have been used to increase people’s anxieties in every period of the church’s history. For Christians, there is nothing new about those anxieties in whatever period in which we have lived. Isaiah was writing following the end of Israel and Judah’s hopes. Jesus was speaking from the heart of a small occupied country terrorized by the Roman Empire. Paul was writing to a group of Christians who were convinced that the world was about to come to an end.

The church in Thessalonica in northern Greece is a particularly interesting community from this point of view. When Paul visited the church on one of his missionary journeys, he spoke about the impending second coming of Christ. Jesus had been raised from the dead; a sure sign that the end of times had come. Mankind’s last enemy had been destroyed, death was no more, and our future lay not in this world, but in the world to come. Some of the Christians in the Thessalonian church reacted to the news in a very unhelpful way. They gave up their jobs. They stopped sowing seeds and raising animals. They accused their fellow Christians of a lack of belief in Jesus’ imminent second coming if they didn’t do as they did; giving up everything in confidence that Jesus was about to reappear riding on the clouds. Paul reacts with dismay to this news. He is so angry with the Christians who have given up on their civic duties that he writes to the church saying: “If someone does not work, then let him not eat!” Instead, Paul tells them to learn to persevere. Stick to your jobs. Be found at your post, performing your duty when the last trumpet sounds.

None of us knows when Jesus will return. If we become obsessed with the dates or the so-called ‘signs’ of the last days we will simply become more fearful, less trusting of the world and each other, and less inclined to treasure what we have; our families, our friends and our beautiful world. We will end up thinking like the world thinks, not like Jesus thinks.

There is no denying the climate of fear in the world. The apocalyptic passages in the Bible that speak about the end of the world acknowledge how frightening our human condition can be. Our political climate has heightened our fears to fever-pitch. We have been told to fear the Muslims, the Latinos, the immigrants, LGBT people, left-wing people, right-wing people, democrats or conservatives. We long for a way out of this climate of fear, because fear inevitably leads to oppression and violence. But we want the way out to be easy. We want to win, and when we lose, we are tempted also to lose hope. In the 1950’s Adlai Stevenson lost a presidential election twice, to General Eisenhower. In the face of his defeat, he famously said: “What counts now is not just what we are against, but what we are for. Who leads us is less important that what leads us – what convictions, what courage, what faith – win or lose.”

Even while acknowledging our fears or anxieties, we should comfort ourselves with the knowledge that we face a challenge today that people of faith have had to face in every age. We have to hold on to our hope, our joy and our love even in the middle of a climate of fear. And as we are reminded every time we lay one of our brothers or sisters to rest, we must learn to sing Alleluia even at the grave-side. In two weeks’ time it will be Advent; the season of hope. The nights seem to be getting longer, but the darker it gets, the more we persevere, and the more joy and love and hope can flow from us. Jesus says the same to us today as he did last Sunday. Stay at your post. Courage. And may God give you the strength and love that you need to accomplish the tasks that are set before you.

NJM

 

23ême dimanche de la pentecôte                                                                              17 novembre 2019
Lorsque j’ai vu par moi-même l’étendue de la spiritualité chrétienne aux États-Unis, j’ai été étonné de l’importance que de nombreux chrétiens accordaient à la fin du monde. Les télévangélistes, les livres en vente, des confessions entières étaient dédiées à l’interprétation du livre de l’Apocalypse. Les gens étaient (et sont toujours) encouragés à acheter des produits pour l’apocalypse et à se préparer pour l’enlèvement de l’Église. Toute cette énergie consacrée à un moment ou à un jour qui, comme Jésus nous l’a dit, seul Dieu connaît ! Pensez à ce qui pourrait être fait de tout ce temps, ce papier et ces ressources gaspillés en fantasmes sur le livre de l’Apocalypse ! Combien de personnes affamées pourraient être nourries, combien d’enfants éduqués, combien de cliniques médicales construites et de médecins et d’infirmières payés ! Cela semble être une maladie particulièrement américaine et il est difficile de ne pas se faire prendre dans le débat. Les gens ont peur et aspirent à l’apocalypse en même temps. Nous rêvons que cela résoudra nos problèmes, mettra fin à nos incertitudes et nous vengera de ceux que nous considérons comme nos ennemis personnels ou politiques. Au final, ce que nous avons fait de cette partie de la Bible ressemble plus à une théologie de la haine et de la peur qu’à une théologie de l’amour et de l’espérance.

En voyant l’état actuel du monde et l’incertitude dans notre nation, il n’est que peu surprenant que nous soyons anxieux quant au futur de notre pays et notre capacité à œuvrer ensemble vers un bien commun. La crainte d’un effondrement politique, économique ou climatique imminent est toujours dans un coin de notre tête. Il se trouve aussi que le calendrier de l’Église entre la Toussaint et le premier dimanche de l’Avent se concentre sur des passages de la Bible qui parlent de la fin du monde et du jugement final. Traditionnellement parlant, ces lectures ne sont pas susceptibles de nous offrir du réconfort à travers des temps de tensions. Elles auraient même plutôt été utilisées afin d’augmenter la nervosité des gens dans toutes les périodes de l’histoire de l’Église. Pour les Chrétiens, ces angoisses n’ont jamais été nouvelles quelle que soit la période dans laquelle nous nous trouvions. Ésaïe a écrit après la fin des espoirs d’Israël et du Royaume de Judée. Jésus s’exprimait du cœur d’un petit pays occupé et terrorisé par l’Empire Romain. Paul écrivait pour un groupe de Chrétiens qui étaient convaincus que le monde touchait à sa fin.

L’Église de Thessalonique est une communauté particulièrement intéressante de ce point de vue.  Alors que Paul y était en visite lors d’un de ses voyages missionnaires, il y parla de la deuxième venue imminente du Christ. Jésus avait été ressuscité ; un signe évident de la fin du monde. Le dernier ennemi de l’humanité avait été détruit, la mort n’était plus, et notre futur n’était pas de ce monde, mais de celui à venir. Certains des Chrétiens de l’Église de Thessalonique ont réagi à cette nouvelle d’une façon plutôt inutile. Ils ont abandonné leur travail. Ils ont arrêté de semer des graines et d’élever des bêtes. Ils ont accusé leurs confrères Chrétiens de manquer de Foi en la seconde venue imminente du Christ s’ils ne faisaient pas comme eux ; abandonner tout dans la certitude que Jésus allait réapparaître chevauchant les nuages. Paul est consterné par cette nouvelle. Il est tellement énervé contre les Chrétiens qui ont abandonné leurs responsabilités civiques qu’il écrit à l’Église : “si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.” Au contraire, Paul leur dit d’apprendre à persévérer. Gardez vos emplois ! Soyez à votre poste en train de faire votre travail lorsque retentira la dernière trompette.

Aucun de nous ne sait quand Jésus reviendra. Si nous devenons obsédés par la date et les soi-disant ‘signes’ des derniers jours nous n’en deviendrons que plus craintifs, avec moins de confiance en le monde et les autres, et moins disposés à chérir ce que nous avons ; nos familles, nos amis et notre monde merveilleux. Nous penserons comme le monde pense, et non comme Jésus pense.

On ne peut pas nier le climat de peur dans le monde. Les passages apocalyptiques de la Bible qui parlent de la fin du monde reconnaissent à quel point notre condition humaine peut être effrayante. Notre climat politique a porté nos peurs à leur paroxysme. On nous a dit de craindre les musulmans, les latinos, les immigrants, les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, les gens de gauche, les gens de droite, les démocrates, les conservateurs. Nous avons hâte de nous sortir de ce climat de peur, parce que la peur mène inévitablement vers l’oppression et la violence. Mais nous voulons nous en sortir facilement. Nous voulons gagner, et quand nous perdons, nous sommes tentés de perdre espérance. Adlai Stevenson a perdu les élections présidentielles deux fois contre le Général Eisenhower dans les années 50. Face à sa défaite, il a prononcé ces mots célèbres : “ce qui compte maintenant n’est pas seulement ce contre quoi nous sommes, mais ce pour quoi nous sommes. Celui qui nous dirige est moins important que ce qui nous dirige – quelles convictions, quel courage, quelle Foi – que l’on gagne ou que l’on perde.”

Même en reconnaissant nos peurs et nos angoisses, nous devrions nous réconforter de savoir que nous faisons face aujourd’hui à un défi auquel les gens de Foi ont fait face durant tous les âges. Nous devons nous accrocher à nos espoirs, notre joie et notre amour et ce même à travers un climat de peur. Comme nous en sommes rappelés chaque fois que nous enterrons un ou une de nos frères et sœurs, nous devons apprendre à chanter Alléluia, même auprès des tombes. Dans deux semaines ce sera l’Avent ; la saison de l’espoir. Les nuits semblent devenir plus longues, mais plus elles deviennent sombres, plus nous persévérons, et plus nous pouvons répandre la joie, l’amour et l’espoir. Jésus nous dit aujourd’hui la même chose qu’il nous a dit dimanche dernier. Restez à votre poste. Courage. Et que Dieu vous donne la force et l’amour dont vous avez besoin pour accomplir les tâches qui se présentent devant vous.

NJM Ver. FR : FS