Sermon – Pentecost IV

Pentecôte IV

1 Samuel 17:32-49 ; 2 Corinthiens 6:1-13 ;

Marc 4:35-41

 

Mes premiers mois de Master of Divinity, avant que je n’arrive à St. Esprit, ont été mes mois les plus difficiles aux États-Unis. J’étais monté à bord de ce programme sans prendre la mesure des challenges culturels et spirituels qu’il allait susciter pour moi. J’étais isolé dans un milieu assez unilatéralement anglophone, académique et américain. Pendant plusieurs mois je me suis senti presque aussi désorienté que cette fois où on m’avait volé mon passeport, ma toute première semaine aux États-Unis… Je me sentais perdu quelque part au milieu de l’Atlantique, et, avant même d’avoir entendu parler de l’Église française du St. Esprit je pensais écourter mes études et rentrer plus tôt en France. Dans ces situations, ou des situations plus tumultueuses encore que vous avez connues, ce sur quoi notre confiance, notre monde, nos repères se fondent tombe soudainement à l’eau et il est impossible de le repêcher.

La pandémie nous a donné de vivre cela aussi. Nos habitudes passées, ce que nous connaissions, est tombé à l’eau. Notre fondation est devenue un abîme sans fond. C’est un risque que l’on prend, consciemment ou inconsciemment, quand on quitte la rive ferme pour toutes sortes de raisons. En haute mer, il n’y a plus rien de stable sur lequel on peut se reposer. Plus rien de stable au sens le plus terre à terre, celui de « la foule » que Jésus et les disciples quittent ce soir-là pour traverser la mer.

Comme les disciples vous avez sûrement trouvé plus d’une fois que Jésus-Christ s’était endormi ou semblait ne pas s’inquiéter des problèmes, des dangers ou de la mort qui vous menace et menace ceux que vous aimez. C’est un sentiment auquel font souvent face les personnes qui souffrent de dépression ou de pensées suicidaires, comme ça a été mon cas. On se demande quand la tempête va finir et quand est-ce que Jésus va se réveiller pour nous sauver. On a dû mal à discerner son action si elle n’éclate pas à nos yeux comme cette tempête. On imagine souvent l’action divine comme cela : Dieu est un fort guerrier comme Goliath, un Dieu omnipotent en nos propres termes. Soit Dieu veille et agit, soit il dort et ne fait rien. Notre intelligence a du mal à concevoir des mystères plus profonds et des manières d’agir plus spirituelles.

Cette année pourtant nous avons été une église d’une façon plus évidemment mystérieuse. Notre église a ressemblé plus à David qu’à Goliath. Nous nous sommes connus, nous avons été présents les uns aux autres d’une manière moins grandiose mais non moins réelle. Si notre église n’a pas « agi » comme avant la tempête, avant la pandémie, notre église en mode « veille » a-t-elle pour autant été moins église ? Jésus-Christ qui dort est-il moins Jésus-Christ ? Sommes-nous moins nous-mêmes quand nous dormons ?

Le sommeil et la prière ont, je crois, beaucoup plus en commun qu’on le croit souvent. L’Évangile du jour le montre assez. Le Sabbat est d’ailleurs ce jour qui est consacré par Dieu à la fois à la prière et au repos. C’est aujourd’hui, c’est maintenant le jour du repos ! J’espère que vous pourrez quand même rester un peu éveillés le temps que je m’explique… La prière, le repos, le sommeil sont le fond(s) de l’église, comme ils sont le fond(s) de notre psyché humaine. Qu’on le veuille ou non, l’Église, comme Jésus-Christ, passe une bonne partie son temps en sommeil ! Dieu et l’Église se reposent et de ce repos naît quelque chose qui nous révèle qui ils sont.

Durant ces derniers mois, nous avons comme Jésus Christ reposé pendant la tempête, nous n’avons pas fait la fête comme avant. Nous avons jeûné de bien des choses. Nous avons recentré et recueilli toutes nos relations et tous nos soins autour de l’essentiel : la prière et son corollaire qu’est le don de soi à nos frères et sœurs. Nous avons prié matin et soir. Vous avez donné de vous en étant toujours plus nombreux à nous rejoindre sur YouTube et aux études du mercredi soir. Nous avons partagé nos richesses d’argent et d’humanité en soutenant les personnes dans le besoin. Tout cela, bien qu’obscur, avec parfois presque la même consistance que celle des rêves lorsqu’on ne s’est pas vus en personne, n’en a pas été moins réel. L’obscurité est toujours, d’ailleurs, d’une façon ou d’une autre, l’endroit où germe le pouvoir de Dieu qui nous rend semblable à lui. C’est dans le retrait du monde, dans la prière, dans le repos, que se dissolvent les contraires et pointe l’amour et la réconciliation qui manifestent le Règne de Dieu.

En Jésus Christ le Père nous adopte et nous recueille dans le sommeil, dans la prière, dans sa Sainte Communion. Jésus Christ, comme l’Eglise, ne se trouvent pas seulement dans des actions éclatantes, les banquets de fête ou l’horreur des croix. Dieu sauve en tout temps et en tous lieux si nous le laissons faire. Toute la Sainte Liturgie est un berceau et un bateau qui nous fait entrer dans le repos de Dieu. Dieu nous y livre son corps au repos, et par lui il réconcilie nos divisions, les contraires que nous croyons insolubles. L’Eucharistie brisée en deux, puis en quatre, puis infiniment et pour tous les temps nous fait paradoxalement un. Dans le repos du Christ et sa prière, nous sommes tous au même endroit et unis quels que soit nos pays, nos cultures, nos statuts et nos origines.

Dans les mois à venir notre église qui s’est concentrée cette année dernière dans la prière et l’attention pour ceux dans le besoin, va émerger de son repos. Elle va manifester son autorité d’une manière nouvelle comme Jésus à son réveil a dompté la mer déchaînée. Nous allons de plus en plus revenir au monde après ces mois difficiles comme on se réveille d’un sommeil. Nous allons nous réveiller comme le Christ a été réveillé par les disciples un peu inopportuns, comme il a été ressuscité au matin de Pâques. C’est ce repos et ce réveil qui nous forment à son image. Comme les disciples nous allons voir les signes qui manifestent que le Christ n’est pas seulement notre maître à penser, mais notre sauveur. Avant même de toucher l’autre rive qui sera la nouvelle réalité de notre église, nous voyons les effets de ce repos que nous a apporté le Christ pendant la pandémie. Ce repos a non seulement mis un frein à la pandémie mais, nous l’espérons et y œuvrons aussi, à des virus sociaux d’autres ordres. Pendant ces mois Jésus-Christ a été tout sauf impuissant et inactif et son réveil présage encore d’autres merveilles.

Vous allez revenir à St. Esprit et retourner dans le monde « vous réjouissant de la puissance de l’Esprit ». Je vais retourner sur mon rivage. Mais où que nous abordions nous apporterons, consciemment ou non, cette paix que Christ a inlassablement cultivée en nous dans le repos et la prière. C’est sa paix, et cette paix seulement pourra calmer les lames destructrices du monde où nous voguons et relever les défis logistiques, écologiques, économiques, culturels, politiques et missionnaires que connaissent notre terre et de notre église. « La clarté » de cette paix « chassera les ombres de la mort / Et tout sera paisible et tu verras le port. »  JFAB.

 

 

Pentecost IV

1 Samuel 17:32-49 ; 2 Corinthians 6:1-13 ;

Mark 4:35-41

 

My first few months of Master of Divinity, before I came to St. Esprit, were my toughest months in the United States. I had begun this program without realizing the cultural and spiritual challenges it would pose for me. I was isolated in a fairly unilaterally Anglophone, academic and American environment. For several months I felt almost as disoriented as the time when, in my very first week in the United States, my passport was stolen….. I felt lost somewhere in the middle of the Atlantic, and, even before I had heard of the French Church of St. Esprit, I was thinking of cutting short my studies and returning to France earlier. In these situations, or in those even more tumultuous situations that you’ve experienced, the very places where we were confident, our world, our yardsticks suddenly sink underwater, and it’s impossible to fish them out.

The pandemic has led us to experience this too. Our past habits, a lot of what we used to know, seemed to be submerged. Our foundation has become a bottomless abyss. These are the risks we take, consciously or unconsciously, when we leave the stable shore for whatever reason. Out on the high seas, there is nothing stable to rest on anymore. Nothing is stable any more in the most down to earth sense, that of “the crowd” that Jesus and the disciples left that evening on the shore to cross the sea.

Just like the disciples you have surely found more than once that Jesus Christ has either fallen asleep or not seemed to care about the problems, dangers, or even death that threaten you and those whom you love. This is a feeling that people who suffer from depression or suicidal thoughts often face, as I did. We wonder when the storm will end and when Jesus will wake up and save us. It’s difficult to discern his intervention if it doesn’t explode in front of our eyes like this storm. We often imagine divine action like this: God is a strong warrior like Goliath, an omnipotent God in our own terms. Either God watches and acts, or he sleeps and does nothing. Our intelligence struggles to conceive of deeper mysteries and more spiritual ways in which God acts.

This year, however, we have been a church in a more obviously mysterious way. Our church looked more like David than Goliath. We got to know each other; we were present to each other in a less grandiose but no less real way. If our church did not “act” as it did before the storm, before the pandemic, has our church in “sleep” mode been less church? Is the sleeping Jesus Christ less Jesus Christ? Are we less ‘ourselves’ when we are sleep?

Sleep and prayer have, I think, a lot more in common than we often think. The Gospel of the day shows this clearly. The Sabbath is, moreover, that day which is consecrated by God both to praying and to resting. Today is the day of rest! I hope you can stay awake a while anyway, while I explain myself a little … Prayer, rest, sleep are the foundation of the church, as they are the basis of our human psyche. Like it or not, the Church, like Jesus Christ, spends much of her time asleep! God and the Church rest, and from that rest something is born that reveals to us who and what they are.

During these last months we have rested like Jesus Christ during the storm, we haven’t celebrated like before. We fasted from many things. We have refocused and focused all our relationships and all our care around the essentials: prayer and its corollary, which is the gift of self to our brothers and sisters. We have prayed morning and evening. You have given of yourselves by joining us in more and more numbers on YouTube and during the studies on Wednesday evening. We have shared our monetary wealth and our compassion by supporting those in need. All of this, (while seemingly hidden and often almost dream-like when we don’t see ourselves in person), was no less real. Darkness is always, in one way or another, the place where the power of God germinates to make us more like him. It is in withdrawing from the world, in prayer, in rest, that opposites melt away to reveal the love and reconciliation that characterize the Kingdom of God.

In Jesus Christ the Father adopts us and welcomes us in sleep, in prayer, in Holy Communion. Jesus Christ, like the Church, is not only found in dazzling deeds, festive banquets or the horror of crucifixions. God saves at all times and in all places; if we let him. The whole Sacred Liturgy is a cradle and a boat which brings us into God’s rest. God gives us his resting body, and through him he reconciles our divisions, the opposites that we believe irreconcilable. The Eucharistic host, broken in two, then in four, then infinitely and for all times, paradoxically makes us one. In Christ’s rest and his prayer, we are all in one place and united whatever our countries, cultures, status and origins.

In the months to come, our church, which has focused this past year on prayer and caring for those in need, will emerge from its rest. She will manifest her authority in a new way, just as Jesus did when he awoke and tamed the stormy sea. Increasingly, we will come back to the world after these difficult months as we wake up from a sleep. We are going to wake up as Christ was awakened by the rather urgent disciples; or as he was resurrected on Easter morning. It is this rest and this awakening that shapes us in his image. Like the disciples, we will see the signs that show us that Christ is not only our teacher, but our Savior. Before we even reach the other shore that will be the new reality of our church, we will see the effects of this rest that Christ brought us during the pandemic. This rest has not only calmed the effects of the pandemic but, as we hope and as are working towards, to calm social viruses of other kinds. During these months Jesus Christ has been anything but helpless and inactive, and his awakening portends yet other wonders.

You will return to St. Spirit and return to the world “rejoicing in the power of the Spirit”. I will return to my shore. But wherever we are led, we will bring, consciously or unconsciously, the peace that Christ has tirelessly cultivated in us through rest and prayer. This is his peace, and only this peace can calm the destructive waves of the world over which we sail and meet the logistical, ecological, economic, cultural, political and missionary challenges facing our land and our church. “The clarity” of this peace “will drive away the shadows of death / All will be peaceful and you will reach the port. » JFAB.

Posted in sermons.