Sermon – Advent III

Avent III

Sophonie 3:14-20 ; Philippiens 4:4-7 ;

Luc 3:7-18

 

Quand j’ai écrit ce sermon, j’étais encore en France et je n’étais pas certain d’arriver ici parmi vous. Ma première tentative s’était en effet soldée par un sanglant échec : juste avant d’embarquer dans l’avion j’ai été pris d’une hémorragie qui m’a conduit à l’hôpital… Ces dernières semaines des complications de santé m’ont forcé à plusieurs reprises à repousser ou annuler mes projets, à commencer par ma venue ici et ma participation à une formation pour mon service missionnaire à Rome. Comme tout patient hospitalisé, toute personne qui attend une nouvelle importante, j’ai dû attendre, patienter.

On pense souvent à l’Avent comme une saison d’attente joyeuse et exaltée. Tout ce qui nous entoure invite à vivre cette saison sur ce mode majeur. Dans notre société consumériste et sécularisée, l’Avent est d’abord la « préparation des fêtes ». C’est un peu Noël à dose homéopathique jusqu’au 25 décembre : il y a partout une abondance réglée de lumières, de nourriture, de couleurs, de musique… autant de signes de la fête… avant la fête ! On a bien sûr de bonnes raisons de se réjouir d’avance, et le prophète Sophonie nous y invite ce matin même : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Pousse des cris d’allégresse, Israël ! » Pendant l’Avent nous pouvons anticiper le bonheur de communier, d’être ensemble, d’être sauvés. Quand j’étais loin de vous, retenu par mes soucis, être unis par notre prière commune m’a donné de la joie dans l’attente. Nous avons bien le droit d’être joyeux dans l’attente car l’enfant qui nous réunit est né il y a deux mille ans et les prophéties sont accomplies. Tout est accompli. Pendant cette saison nous pouvons aussi nous réjouir en goûtant à quelques bons souvenirs ou chocolats qui rendent cette saison si cozy, si réconfortante, si humaine. Pourtant, si on s’arrêtait là, je crois que nous passerions à côté de ce qui est propre à cette saison liturgique et la distingue non seulement d’une saison de fête laïque mais aussi du Carême, la grande saison de pénitence de l’Eglise.

Si on parle parfois de l’Avent comme d’un petit Carême, c’est qu’il y a bien des similitudes et des différences entre ces deux saisons. Dans beaucoup d’églises anglicanes, pour marquer une différence de teinte, la couleur liturgique de l’Avent n’est pas le violet d’ailleurs, comme en Carême, mais le bleu. À Saint-Esprit nous n’avons pas le luxe de posséder un ensemble bleu—du moins pas encore!—mais marquer cette différence par une explication, ça ne coûtera rien : Quelle est donc la différence entre le Carême et l’Avent ? Pendant le Carême, l’Église de Dieu nous prépare à participer à la pleine révélation du pouvoir de Jésus Christ dans sa mort sur la croix et sa résurrection. C’est une saison où nous nous préparons à suivre et vivre des souffrances et des joies intenses, imposantes, grandioses. C’est le pouvoir de Dieu qui se révèle. Pendant l’Avent l’ambiance est bien différente : nous participons à des douleurs feutrées. Nous nous joignons aux doutes et aux craintes de Marie et de Joseph, à leurs voyages forcés, à leur recherche anxieuse. On participe aussi aux questions angoissées de la foule qui vient voir Jean Baptiste au désert. Ce que les personnages bibliques que nous rencontrons pendant l’Avent ressentent ressemble plus à de la patience qu’à une souffrance violente. Et c’est grâce à leur patience que Dieu va naître parmi nous.

En effet, depuis l’annonce de sa venue par les Prophètes, Dieu lui-même nous forme en sa patience toute divine. Alors qu’il devient un humain dans le ventre de Marie, il nous transforme en lui-même en nous formant à imiter sa patience séculaire. C’est lui qui de de tous temps nous relève quand nous tombons ! C’est lui qui de tous temps ne s’est jamais lassé de nous écouter quand nous doutons ! Dieu fait preuve envers nous d’une immense patience. Contemplez par exemple les siècles qui ont élaboré, petit à petit, tout ce que Dieu nous offre dans la liturgie et que nous lui offrons en retour : les textes de la Bible, la technique du chant, les instruments, ce pain, ce vin, les langues que nous utilisons. Imaginez un instant la patience toute divine dont ont dû faire preuve toutes les forces et tous les êtres qui nous ont précédé pour que nous puissions être ce que nous sommes et avoir ce que nous avons. Pendant l’Avent, alors qu’il est lui-même en gestation dans le ventre de Marie, le Christ nous invite à vivre selon cette patience qui nous entoure.

Lorsque saint Paul écrit sa lettre aux membres de l’église de Philippes, c’est cette patience divine qui le fait vivre. Il souffre « dans les liens », il est prisonnier à Rome. Pour Paul, cette vie de patience, cette vie disponible à tout ce qui se présente à lui, c’est ce qu’il appelle la vie en Christ. Quand nous devons être patient, tout ce qui nous entoure prend une réalité plus vive pour nous révéler quelque chose d’autre. Tout est à vif quand nous devons être patient : un moment devient une éternité, une petite remarque, une insulte, une petite joie, un immense bonheur. Quand nous exerçons notre patience, nous sommes plus au monde que jamais, nous vivons en Jésus-Christ et Jésus-Christ vit en nous. Par la patience nous nous incarnons car en étant patients nous écoutons ce qui est réel. Nous entendons Dieu qui nous parle doucement. La douceur de la patience nous rapproche de Dieu d’une manière quotidienne, intime, familière, tout sauf cucul et stéréotypée. Si nous nous y adonnons comme nous y invite Paul, la patience permet la venue quotidienne du Seigneur : “Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.”

Ma convalescence a été m’illuminée par un texte écrit par Madeleine Delbrêl, une assistante sociale et mystique catholique du XXe siècle qu’on présente parfois comme la « French Dorothy Day ». Par son travail quotidien souvent sans gloire, Madeleine savait que le Bon Dieu venait souvent à nous dans les petites choses. Elle savait, et l’Avent nous l’apprend aussi, que le visage du Seigneur brille plus souvent dans la patience des bougies que dans le feu des holocaustes. Ecoutons-là nous en parler : « La passion, nous l’attendons, nous l’attendons et elle ne vient pas. Ce qui vient, ce sont les patiences. Les patiences, ces petits morceaux de passion, dont le métier est de nous tuer tout doucement pour Votre gloire, de nous tuer sans notre gloire. Dès le matin elles viennent au-devant de nous ; ce sont nos nerfs trop vibrants ou trop mous ; c’est l’autobus qui passe plein ; le lait qui se sauve ; les enfants qui culbutent tout ; ce sont ces invités que notre mari amène et cet ami qui, lui, ne viendra pas […] C’est l’envie de se taire et le devoir de parler. C’est l’envie de parler et la nécessité de se taire. […] Ainsi viennent nos patiences […] nous les laissons passer avec mépris, attendant, pour donner notre vie, une occasion qui en vaille la peine. Car nous avons oublié que, s’il est des fils de laine tranchés nets par les ciseaux, il est des fils de tricots qui s’amincissent au jour le jour, sur le dos de ceux qui les portent. Si tout rachat est un martyre, tout martyre n’est pas sanglant. Il en est d’égrenés d’un bout à l’autre d’une vie. C’est la passion des patiences. » JFAB.

Advent III

Zephaniah 3:14-20; Philippians 4:4-7;

Luke 3:7-18

 

When I wrote this sermon, I was still in France and I was not sure I would arrive here among you. My first attempt had ended in a bloody failure: just before boarding the plane I started to bleed profusely and ended up in hospital… In recent weeks, health complications have forced on several occasions to postpone or cancel my plans, starting with my coming here and my participation in a formation for my missionary service in Rome. Like any hospital patient or anyone waiting for important news, I had to wait, be patient.

Advent is often thought of as a season of joyous and exalted anticipation. Everything surrounding us invites us to experience this season in this major mode. In our consumerist and secularized society, Advent is first and foremost “preparing for the holidays.” It’s Christmas in homeopathic doses until December 25: everywhere you find a regulated abundance of lights, food, colors, music, so many signs of a holiday… before the holiday! There is of course good reason to rejoice in advance, and the prophet Zephaniah invites us to do so this very morning: “Shout for joy, daughter of Zion! Shout for joy, Israel!” During Advent we can anticipate the happiness of communion, of being together, of being saved. When I was away from you, detained by my problems, being united in our common prayer brought me joy during my wait. We have every right to be joyful in anticipation because the child who gathers us together was born two thousand years ago and the prophecies are fulfilled. Everything is accomplished. During this season we can also rejoice by tasting some good memories or chocolates that make this season so cozy, so comforting, so humane. However, if we stopped there, I believe that we would miss what is specific to this liturgical season, and differentiates it not only from a secular feast season but also from Lent, the great season of penance of Church.

If Advent is sometimes referred to as Little Lent, it is because there are many similarities and differences between these two seasons. In many Anglican churches, to mark a nuance, the liturgical color of Advent is not purple, as in Lent, but blue. At St. Esprit, we don’t have the luxury of owning a blue communion set—at least not yet!—but we can mark this difference with an explanation which comes for free: so what’s the difference between Lent and Advent? During Lent, the Church of God prepares us to participate in the full revelation of the power of Jesus Christ in his death on the cross and in his resurrection. It is a season in which we prepare to follow and experience intense, imposing and awe-inspiring suffering and joy. The power of God is being revealed. However, during Advent the atmosphere is very different: we participate in dull pains. We join in the doubts and fears of Mary and Joseph in their forced journeys and their anxious search. We also participate in the anguished questions of the crowd who come to see John the Baptist in the desert. What the biblical characters feel during Advent is more like patience than violent suffering. And thanks to their forebearance God will be born among us.

Indeed, since the announcement of his coming by the Prophets, God himself trains us in his very divine patience. As he is becoming a human in Mary’s womb, he transforms us into himself by training us to imitate his timeless patience. He is the one who has always picked us up when we’ve fallen ! He is the one who has never tired of listening to us when we’ve had doubts! God shows us immense patience. For example, contemplate the centuries over which gradually developed all that God offers us in the liturgy and that we offer him in return: the texts of the Bible, the styles of singing, the instruments, this bread, this wine, the languages ​​we use. Imagine for a moment the very divine patience which had to manifest itself to all the forces and all the beings who came before us, in order that we could be what we are and have what we have. During Advent, while he himself is gestating in the womb of Mary, Christ invites us to live according to this patience which surrounds us.

When Paul writes his letter to the church members of Philippi, it is this divine patience that keeps him alive. He suffers “in bonds”, he is a prisoner in Rome. For Paul, this life of patience, this life open to whatever befalls to him, is what he calls life in Christ. When we have to be patient, everything around us takes on a more vivid reality and reveals something else to us. Everything is raw when we have to be patient: a moment becomes an eternity, a small remark, an insult, a small joy, an immense happiness. When we exercise our patience, we are more in the world than ever, we live in Jesus Christ and Jesus Christ lives in us. By means of forbearance we become incarnate, because when we are patient we are listening to what is real. We hear God speaking to us softly. The softness of patience brings us closer to God in a daily, intimate, familiar way that is anything but naïve and stereotypical. If we devote ourselves to it as Paul invites us to do, forbearance allows the Lord’s daily coming: “Let your meekness be known to all men. The Lord is near.”

My convalescence was illuminated by a text written by Madeleine Delbrêl, a 20th century Catholic social worker and mystic who is sometimes referred to as “French Dorothy Day.” Through her often inglorious daily work, Madeleine knew that the Good Lord often comes to us in small things. She knew, (as Advent also teaches us), that the face of the Lord shines more often in the patience of candles than in the fire of burnt offerings. Let us hear her speak about it: “We wait for Passion, we wait for it and it does not come. What comes are moments of patience. Patiences, those little pieces of passion, whose job is to kill us slowly for Your glory, to kill us without our glory. In the morning they come to meet us; our nerves are too excited or too weak; the full bus passes by us; the milk boils over; the children overturn everything; our husband brings unexpected guests and a friend who doesn’t come […] It is the urge to be silent and the duty to speak. It is the urge to speak and the need to be silent. […] our patiences come  this way […] we let them pass with contempt, waiting, to give our lives for a worthwhile opportunity. Because we have forgotten: that if there are woolen threads cut cleanly by scissors, there are knitted threads that get thinner every day on the backs of those who wear them. If all redemption is martyrdom, not all martyrdom is bloody. It is strung out from one end of a lifetime to the other. It is the passion of patiences.” JFAB.

 

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