Christmas Eve Sermon

Veillée de Noël
Le 24 décembre 2021
Esaïe 9:2-7 ;  Tite 2:11-14 ;  Luc 2:1-14

 

C’est assez paradoxal que nous soyons réunis pour une fête religieuse ce soir car ce que nous fêtons, la naissance de Jésus-Christ, est tout sauf un « événement religieux ». Contrairement aux événements de Pâques qui se passent pendant la fête juive de Pessah, Noël ne correspond à aucune fête religieuse juive. En un sens les Puritains de Boston qui refusaient de faire la fête à Noël voyaient donc assez juste ! La célébration de la naissance du Christ le 25 décembre n’apparaît à Rome qu’en 336, sans doute le fruit de la christianisation de festivals polythéistes. L’évangile que nous venons d’entendre, lui, ne mentionne aucune date, il ne suggère aucun arrière-plan « religieux » traditionnel. Où est le temple ? Où sont les prêtres ? Les prophètes ? Où est le peuple d’Israël ? Où sont les sacrifices ? Rien de ce qui fait un événement religieux juif en tant que tel n’apparaît dans le récit de la naissance de Jésus. Alors que notre église a prévu trois services religieux ce weekend, il est peut-être temps de se demander ce que nous faisons !

Le récit de la naissance de Jésus que nous avons lu nous raconte une suite d’évènement qui n’a rien de solennel et qui est même un peu fouillis. Tout semble arriver à l’improviste : César Auguste décide de nulle part de faire un recensement ; alors que Joseph et Marie étaient en voyage à Bethlehem, Marie accouche (ce qui ne semblait pas prévu !) ; enfin, alors qu’ils sont loin de chez eux, avec un tout jeune bébé, Joseph et Marie n’ont pas d’endroit où se poser… Tout cela ressemble plus à un cauchemar de femme enceinte, qu’à une fête religieuse, à une liturgie bien réglée ! Et pourtant celui qui naît cette nuit parmi nous à Bethléhem, dans ces circonstances troubles, suite à un recensement aux motivations politiques assez louches, loin de son foyer et presque pas parmi les humains, c’est Dieu lui-même. Dieu naît exactement là où personne n’aurait jamais imaginé qu’il naisse. Dieu naît au fin fond des contrariétés de nos vies humaines soumises à des décisions politiques contestables, aux exigences familiales, aux réalités physiologiques de nos vies humaines… C’est à travers tout cela, dans tout ce qui nous paraît des obstacles, des encombrements, des ennuis, que Dieu vient au jour.

Qu’y a-t-il de religieux là-dedans ? Rien au sens que le monde donne à ce terme… Rien de formel, rien de moralisateur, rien d’élevée, rien non plus des manigances politiques que l’on retrouve aussi dans les institutions religieuses. Ce qui naît cette nuit c’est purement et simplement la paix. Parmi tout ce que nos intelligences, nos tactiques politiques et nos préjugés veulent séparer et opposer, Dieu, en s’incarnant nous révèle leur unité, il apporte dans notre monde son unité, sa paix. Nous pensons souvent que notre relation à Dieu, notre salut ou notre bien-être ne peuvent venir que de domaines que nous connaissons et expérimentons comme vrais ou éprouvés. Quand je n’étais pas chrétien, je pensais que rien de bon, de juste et de vrai ne pouvait venir de ce qui avait a trait, de près ou de loin, au christianisme. Lorsque nous nous engageons dans une tradition ou une culture religieuse particulière, nous avons souvent tendance à penser que tout ce qui n’est pas timbré de son vocabulaire ou de son symbolisme est profane, que Dieu ne peut pas parler à travers eux ou alors seulement d’une manière anecdotique. La naissance de Dieu dans ce lieu tout sauf sacré aux yeux du monde, la naissance de Dieu en tant qu’humain en premier lieu, nous révèle l’insuffisance de ces deux attitudes séculière ou pieuse. Notre esprit sépare ce que Dieu, notre corps et la création ne vivent que comme unis, complémentaires, interdépendants. Dieu devient homme pour nous rappeler à notre unité première, à celle dans laquelle il nous a créé. Il s’incarne pour nous rappeler l’union de tout en lui et le fait qu’il nous a fait naître à son image. En ce sens tout ce qui se passe cette nuit est infiniment religieux : car la naissance de Dieu parmi les humains relie ensemble tout ce que nous séparons, elle intègre tout ce que nous excluons.

La naissance de Jésus nous rappelle que la vraie vie est tout sauf une vie religieuse ou séculière au sens étroit de ces termes. Si vous ne vous définissez pas comme religieux, « soyez sans crainte », le Christ ne naît pas pour vous forcer dans quelque chose qui ne vous ressemble pas : il naît avec votre visage, il naît pour vous révéler la beauté et la bonté de ce que vous méprisez ou haïssez en vous. Dieu d’ailleurs vient souvent à nous dans des lieux, des rencontres, des symboles, des circonstances – parfois même très difficiles – qui n’ont pour notre culture et pour nous-mêmes rien d’habituel ou d’acceptable. C’est ce qui fait peur aux bergers : lorsque l’ange leur annonce la bonne nouvelle et les incite à aller trouver le Sauveur, il leur indique un « signe » qui est tout sauf attendu, presque saugrenu : « vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Cette nuit, plus qu’aucune autre nous restons éveillés avec les bergers, à écouter les anges pour ne pas passez à côté d’un signe, d’une aide, à côté de Dieu-lui-même là où l’on n’imaginait pas qu’il puisse naître.

Cette nuit de Noël nous fait changer de regard sur tout ce qui nous entoure, sur nous-mêmes : quels endroits, quelles rencontres, quelles circonstances inattendues vous ont fait changer de perspective cette année ? En quels recoins de votre vie avez-vous rencontré quelque chose ou quelqu’un qui vous a fait grandir dans une paix et un amour plus grand ? Pour moi, c’est Hortense, ma nièce de neuf mois maintenant. Elle m’a converti en me montrant tout ce qu’un bébé pouvait transformer autour de lui, sans pourtant « faire » grand-chose. Elle est et cela suffit. Elle a transformé ma famille, apporté une joie dont nul ne connaît la fin. Ses pleurs, ses rires, ses besoins, sa petite bouille m’ont fait entrer dans le mystère de Noël, d’une manière plus réelle qu’aucune chose « religieuse », plus réelle qu’aucun discours sur Noël. Avec la naissance du Christ naît aussi pour nous une nouvelle façon d’être au monde, une nouvelle façon d’être les uns avec les autres, réconciliés et en paix, loin des idées et des catégories qui divisent. En nous précédant dans cette nouvelle perspective, cette humilité inattendue, sa profonde humanité, Jésus nous accueille dans une joie et une paix qui dépassent tout ce que nous pouvions imaginer.

JFAB

 

Christmas Eve

It’s quite a paradox that we are gathered for a religious festival tonight because what we are celebrating (the birth of Jesus Christ) is anything but a “religious event”. Unlike the Easter events which take place on the Jewish holiday of Passover, Christmas does not correspond to any Jewish religious holiday. In a sense, the Boston Puritans who refused to celebrate Christmas were therefore quite right! The celebration of the birth of Christ on December 25 was not commemorated in Rome before 336, probably the result of the Christianization of polytheistic festivals. The gospel we have just heard does not mention any date; it does not suggest any traditional “religious” background. Where is the temple? Where are the priests? The prophets? Where are the people of Israel? Where are the sacrifices? Nothing that makes up a Jewish religious event as such appears in the account of Jesus’ birth. As our church has three church services scheduled for this weekend, it might be time to ask ourselves what we’re doing!

The account of the birth of Jesus that we have heard tells us of a sequence of events which is not at all solemn, and is even a little messy. Everything seems to happen out of the blue: Caesar Augustus decides out of nowhere to hold a census; while Joseph and Mary were on a trip to Bethlehem, Mary gave birth (which seems untimely!); finally, while they are far from home with a very young baby, Joseph and Mary have no place to rest… It all looks more like a pregnant woman’s nightmare than a religious feast or a well-ordered liturgy! And yet the one who is born in Bethlehem among us that night in these troubled circumstances, consequent on a census with rather shady political motives –  far from his home and barely among other humans –  is God himself. God is born exactly where no one would ever have imagined him to be born. God is born in the depths of the frustrations of our human lives subjected as they are to questionable political decisions, to family demands, to the physiological realities of our human life … It is through all of this, through those things that appear to us to be obstacles, encumbrances and bother, that God comes to light.

What is religious in this? Nothing in the sense that the world gives to this term … Nothing formal, nothing moralizing, nothing elevated, nothing either of the political shenanigans that one also finds in religious institutions. What is born this night is purely and simply peace. In everything that our intelligence, our political tactics and our prejudice want to separate and oppose; God, through his incarnation reveals their unity, he brings his unity and his peace into our world. How does it happen? We often think that our relationship to God, our salvation or our well-being can only come from the places that we know and experience as true or experienced. We often think that only the truths that we can grasp can save us. When I was not a Christian, I thought that nothing good could come from that which related (distantly or closely) to Christianity. When we engage in a particular religious tradition or culture, we often tend to think that anything that is not stamped with its vocabulary or symbolism is secular; that God cannot speak through them or only in an anecdotal way. The birth of God in far from sacred surroundings in the eyes of the world, the birth of God as a human in the first place, reveals to us the insufficiency of these secular or pious attitudes. Our mind separates what our body and creation experience only as united, complementary, interdependent. God becomes man to call us back to our original unity, to that state in which he created us. He is embodied to remind us of the unity of everything in him, and of the fact that he made us to be born in his image. In this sense, everything that happens tonight is infinitely religious: because the birth of God among humans links together everything that we separate; it integrates everything that we exclude.

The birth of Jesus reminds us that real life is anything but a religious or secular life in the narrow sense of these terms. If you do not define yourself as religious, “have no fear”, Christ is not born in order to force you into something that is not like you: he is born with your face; he is born to reveal to you the beauty and the goodness of those things that you despise or hate within you. God, moreover, often comes to us in places, in encounters, in symbols, in circumstances – sometimes very difficult ones – which for our culture and for ourselves are not at all usual or acceptable. This is why the shepherds are afraid: when the angel announces the good news to them and urges them to go and find the Savior, he points them to a “sign” which is anything but expected and is almost absurd: “you will find a new- born swaddled and lying in a manger ”. This night more than any other, we stay awake with the shepherds, listening to the angels so as not to miss a sign, some help so that we will not pass God by when he shows up where we did not imagine that he could be born.

This Christmas night makes us change our outlook on everything around us and on ourselves. What places, what encounters, what unexpected circumstances have changed your perspective this year? In what corners of your life have you met something or someone that made you grow in greater peace and love? For me, it is Hortense, my niece who is nine months old now. She converted me by showing me how many things and people a baby could transform around herself, even without her “doing” much. She is herself, and that is enough. She transformed my family, brought a joy that no one knows the end of. Her crying, her laughter, her needs, her little face brought me into the mystery of Christmas in a way more real than anything “religious”, more real than any talk about Christmas. With the birth of Christ, a new way of being in the world is also born for us, and a new way of being together – reconciled and in peace – far from those ideas and categories that divide, dominate or subdue us. As we move into this new perspective, this unexpected humility, into his deep humanity, Jesus welcomes us in a joy and a peace that surpasses anything we could imagine.

  JFAB

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