Sermon Jeudi Saint -Maundy Thursday

Jeudi Saint

Jean 13:1-17

Quand quelque chose de nouveau, de surprenant nous arrive on réagit en général en s’arrêtant, en se recroquevillant, en regardant en arrière pour voir ce qui s’est passé. On est abasourdi, on regrette ou encore on s’insurge. Une injustice criante nous donne ces sentiments. La pandémie a sûrement suscité en nous un peu de tout ça. Toutes ces réactions ont en commun d’être des tentatives de retenir ce qui se passe, que ce soit en faisant comme si rien n’avait changé ou en s’opposant à ce changement. Ces attitudes sont naturelles, et profondément humaines. Elles nous rappellent que notre nature première est d’aimer ce qui est paisible et bienfaisant, ce qui nous donne du pouvoir.

Après avoir marché avec Jésus tout ce chemin, l’avoir pris pour maître, levé les yeux vers lui, Pierre est offusqué et scandalisé qu’il s’abaisse ainsi à lui laver les pieds ! Pierre s’indigne car il aimerait préserver une certaine idée du Serviteur de Dieu qu’il s’est formée, celle d’un maître parfait et puissant, transcendant et éminent. Un maître qui, en le formant, lui permettra aussi d’être supérieur, plus noble et plus puissant. Mais ce soir, Dieu, Jésus Christ, ne peut se satisfaire de ces conceptions trop humaines de la perfection, de la paix et du bien. Il s’enfonce encore plus dans la nuit, entame la lente ascension, la lente sanctification de notre misère. Par un geste, fait en général par le plus jeune esclave de la maison, Jésus révèle quelque chose qu’aucun enseignement, qu’aucun raisonnement ne peut pleinement révéler. Il touche les pieds de ses disciples, il les lave.

Ses disciples se demandent ce qui peut bien passer par la tête de leur maître. Ils voyaient en lui un leader charismatique, un chef (ce vieux mot qui veut dire tête). Mais Jésus, à même leurs corps, leur montre que ce n’est pas d’abord de nos têtes que dérive la puissance divine, le salut du monde. Il touche nos pieds, cette partie de notre corps que nous ne considérons pas souvent, que nous négligeons facilement. Ces membres qui peuvent même être dur à toucher avec nos mains. On doit baisser les yeux pour regarder ses pieds ou ceux des autres, être prostré, dans une attitude de prière et d’humilité. Les pieds en eux-mêmes reçoivent peu d’honneur : on admire la course du guépard, les mains du pianiste, la vue de la chouette, le chant des oiseaux ou de la cantatrice. Les pieds, en eux-mêmes, n’intéressent pas grand monde.

Pourtant en invitant ses disciples à se laver les pieds mutuellement, Jésus leur montre à quoi ressemblent des relations profondément humaines et contemplatives. Les pieds sont la zone de notre corps la plus éloignée des organes d’où sortent nos paroles, des oreilles par lesquelles nous entendons celles de nos proches ou celle de Dieu. Ils sont loin des discours. Les pieds sont les plus éloignés de la bouche par laquelle nous nous nourrissons ou nous parlons, des yeux par lesquels nous voyons et nous nous orientons dans le monde et nous le dominons. Les pieds sont aussi loin de nos mains par lesquelles nous occupons à tant de choses. Nos pieds ne peuvent rien saisir. A même nos corps, nos pieds et ceux de nos frères et sœurs sont des symboles de l’humilité contemplative dans laquelle Dieu nous forme. Laver les pieds les uns des autres c’est vraiment prendre soin de la personne toute entière, ce n’est pas d’abord interagir via des idées, des émotions, des sentiments. C’est se donner complètement et recevoir complètement. Le lavement de pied peut prendre des formes très différentes et les autres évangiles qui ne mentionnent pas ce rite, ont en son lieu et place, le repas eucharistique de Jésus avec ses amis. Le mystère du lavement des pied existe dans toutes nos tâches quotidiennes les plus humbles. Il vit lorsque nous veillons notre corps et ses parties les plus humbles.

Si, comme Christ nous le montre, nous nous lavons les pieds les uns des autres, en acte ou en esprit, nous nous trouvons à des années lumières des prises de têtes, des disputes sur des sujets de doctrine, de politique, sur ce qui est juste ou vrai. Les pieds sont l’incarnation à l’état pur. Ils sont bien plus terre à terre que des idées ou des idéologies. Se laver les pieds les uns des autres c’est prendre le contre-pied des prises de tête. Ce contre-pied, nos pieds nous y conduisent si nous les laissons nous guider. Penser et vivre avec nos pieds, avec ceux de nos frères et sœurs, nous ancrent dans ce monde et dans l’amour de Dieu. Cela nous permet de traverser bien des tempêtes (comme cette pandémie) et de créer des relations profondes et fidèles, qui, pas après pas, nous conduisent à la croix (et au-delà).

Ce soir, nous n’observons pas le rituel du lavement des pieds, comme cela a lieu dans d’autres églises. Cette absence nous rappelle que les signes physiques de notre communion, que Jésus, notre communauté, nous ont manqué pendant toute cette année. Si la pandémie nous empêche de communier ensemble et en présence au sacrement de l’Eucharistie, de refaire ensemble le lavement des pieds dans l’Eglise, elle nous conduit aussi à faire l’expérience de ces rituels hors les murs de notre église. Christ et les mystères de l’Eglise ne nous appartiennent pas mais qu’ils ne sont pourtant jamais loin de nous. Ils sont en tout temps et en tous lieux accessibles à la méditation. Christ va sortir ce soir de Jérusalem, de la ville sainte, pour prier à Gethsémané. Marchons sur ses pas et veillons avec lui hors des murs de la ville.  JFAB

Maundy Thursday

April 1, 2021

 

When something new and surprising happens to us we usually react by stopping, curling up on ourselves and looking back to see what happened. We are stunned, we feel remorseful or we rebel. A glaring injustice gives us these feelings. The pandemic has surely sparked a bit of all of that in us. We can miss the dinners with friends, the festivals in St Esprit. When we lose someone we love, we often think of that person, we miss the times we spent together. If you get sick, you miss your health. What all of these reactions have in common is that they are attempts to resist what is happening, whether by pretending nothing has changed or by opposing it. These attitudes are natural, and deeply human. They remind us that our primary instinct is to love that which is peaceful and beneficial, and see in those things places which give us power.

After walking with Jesus all this way, taking him as his master and looking up to him, Peter is offended and scandalized that Jesus stooped down to wash his feet. Peter is indignant because he would like to hold on to a certain idea of ​​the Servant of God that he had cultivated; that of a perfect and powerful master, transcendent and eminent. A master who by training him will also allow him to be superior, more noble and powerful. But tonight, God –  Jesus Christ –  cannot be satisfied with these all too human conceptions of perfection, peace or well-being. He sinks deeper into the night, begins the slow exaltation and the slow sanctification of our misery. With a gesture that is usually made by the youngest slave in the house, Jesus reveals something that no teaching, that no reasoning can fully reveal. He touches the feet of his disciples. He washes them.

His disciples wonder what is going through their master’s mind. They saw him as a charismatic leader, a Chief (that old word which means head). But Jesus shows them in their bodies themselves that it is not primarily from our heads that divine power and the salvation of the world derives. It touches our feet, that part of our body that we don’t often consider and that we easily overlook. This part of our bodies can even be difficult to touch with our hands. We must lower our eyes to look at our feet or those of others, to be prostrate in an attitude of prayer and humility. Feet themselves receive little honor: we admire the cheetah’s speed, the pianist’s hands, the eyesight of the owl, the song of the birds or the singer. Feet, by themselves, are not of interest to many people.

Yet by inviting his disciples to wash each other’s feet, Jesus invites them to be deeply human and contemplative. The feet are the parts of our body that are furthest from the organs from which our words come, our ears through which we hear our loved ones or God. The feet are furthest from the mouth through which we feed or speak, from the eyes through which we see and orient ourselves in the world. The feet are also far from our hands with which we deal with so many things. Our feet can seize nothing. In our very bodies, our feet and the feet of our brothers and sisters are symbols of the contemplative humility in which God forms us. Washing each other’s feet is really about taking care of the whole person, not about interacting through ideas, emotions, or feelings first. The gesture is about giving yourself completely and receiving completely. The washing of the feet can take very different forms and the other Gospels (which do not mention this rite) have in its place the Eucharistic meal of Jesus with his friends. The mystery of the foot wash exists in all of our humblest daily tasks. It lives when we wake the humblest parts of our bodies.

If, as Christ shows us, we wash each other’s feet, in fact or in spirit, we will find ourselves light years away from the mental deadlocks, the disputes over matters of doctrine, of politics, over what is right or true. It is light years away from ideas and ideologies. Our feet are places of pure embodiment. They are light years away from ideas and ideologies. Washing each other’s feet involves turning away from our mental deadlocks. Our feet lead us there if we let them guide us. Thinking and living with our feet, with those of our brothers and sisters, anchors us in this world and in the love of God. It allows us to weather many storms (like this pandemic) and to create deep and faithful relationships, which step by step lead us to the cross (and beyond).

We’re not observing the ritual of the washing of the feet tonight; as is the case in other churches.  This absence reminds us that the physical signs of our fellowship with Jesus have been missing throughout this year. If the pandemic prevents us from communing together and in person in the sacrament of the Eucharist and from observing the washing of the feet together in the Church, it also means that we must experience these rituals outside the walls of our church. Christ and the mysteries of the Church do not belong to us, and yet they are never far from us. In all times and in all places, they are always accessible through meditation. Christ is going out of Jerusalem the Holy City tonight, to pray in Gethsemane. Let us follow in his footsteps and watch with him outside the city walls.

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