En mémoire d’elles…
Valérie Duval-Poujol, Église du SE New-York 08/03/2026
« Je suis dans la joie quand on me dit : « allons vivre un beau dimanche avec les chrétiens de l’Eglise du Saint-Esprit à New York! » Vous connaissez ce psaume ? Il est dans ma Bible !
Je me réjouis de vivre ce beau temps autour de la parole de notre Dieu, merci à Nigel et Joris pour leur invitation et leur hospitalité.
Je voudrai commencer par une question… Il existe un personnage dans la Bible dont Jésus a dit qu’il faudrait en faire mention à chaque fois que la bonne nouvelle serait prêchée… De qui s’agit-il ?
Ecoutons la réponse en Marc 14/Mat 26 : nous sommes il y a un peu plus de 2000 ans, une femme verse du parfum de grand prix sur la tête de Jésus. Et Jésus dit alors à son propos: Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait (Mat 26.13/Marc 14,9).
« Partout où la bonne nouvelle sera prêchée »… qui a déjà vu dans une Eglise ou entendu dans une prédication faire mémoire d’elle ? Comment la garde-t-on en mémoire ? Bizarrement elle a été totalement oubliée. Cette femme admirée par Jésus et qu’on devrait tous admirer, comment s’appelle-t-elle ? Cette femme présentée par Jésus lui-même en modèle, qui préfigure l’hommage que tous les chrétiens doivent rendre au Christ ressuscité, quelle est son histoire ? Qu’est-elle devenue ? On n’en sait rien, elle est anonyme !
Et pourtant, ce n’est pas n’importe quelle onction qu’elle réalise puisque c’est sur la tête de Jésus qu’elle verse le parfum. Ce geste d’onction rappelle celui par lequel les prophètes choisissaient les rois ou par lequel étaient choisis les prêtres pour leur sacerdoce. Symboliquement cette femme sacre Jésus roi d’Israël et prophète. Mais elle est anonyme… et restera anonyme pour l’éternité…
Ainsi, elle devient emblématique de toutes ces femmes qui ont joué un rôle important dans les récits bibliques ou dans l’histoire de l’humanité mais qu’on a fini par oublier, qu’on a fait tomber dans l’oubli du silence.
Une théologienne catholique, Elisabeth Schüssler Fiorenza, a écrit un ouvrage intitulé En mémoire d’elle, justement en mémoire de cette femme anonyme.
Je vous propose, en ce 8 Mars, de nous souvenir de cette femme pour honorer ce que notre Seigneur Jésus avait ordonné. Et je vous propose de le faire en évoquant d’autres femmes que notre Seigneur Jésus a rencontré, des femmes souvent oubliées ou dont le rôle a été minimisé. Pourtant ces femmes nous apprennent des vérités précieuses sur ce que veut dire être disciple aujourd’hui. Tournons nos regards vers Jésus. Après tout, c’est lui notre modèle, celui qui doit inspirer nos comportements et convictions.
Jésus et les femmes
Jésus a une attitude incroyable avec les femmes de son entourage, celles qu’il rencontre, une impressionnante liberté, les considérant, les traitant avec respect, avec dignité et égalité. Et pourtant, ce n’est pas le cas de son époque, particulièrement patriarcale. La prière juive quotidienne rapportée par la tradition, cad ce que récite un homme Juif, pieux, chaque jour disait : « Béni sois-tu Seigneur qui ne m’as pas fait femme »
Ou encore voilà ce que rapporte Flavius Josèphe, historien de l’époque de Jésus: « La femme, dit la loi, est inférieure à l’homme en toutes choses ». Vous avez bien entendu, « en toutes choses » !
Quelle est l’attitude de Jésus ? Ni conformiste ni révolutionnaire, Jésus semble faire preuve d’une sagesse subversive qui ouvre une troisième voie, celle d’une force transformatrice qui fait toutes choses nouvelles. En effet, dans beaucoup de ses rapports sociaux, Jésus est tout à fait un « fils de son temps », comme le montre le choix de 12 disciples hommes, choix imposé par la culture ; mais il apporte aussi par ses agissements, la nouveauté radicale de l’Évangile dans ce domaine. Pas de table renversée donc face au patriarcat, pas de discours féministe comme certains à notre époque en attendraient, mais une telle ouverture aux femmes qui l’entourent ou qu’il croise, une telle subversion par rapport à l’époque que rien ne sera plus jamais comme avant ! Avec audace Jésus instaure une communauté surprenante de disciples des deux sexes.
L’Eglise a-t-elle suivi son exemple ? Se mettre à son écoute, bien considérer son attitude envers les femmes permet de s’en inspirer aujourd’hui et de permettre aux femmes de devenir des participantes à part entière, des collaboratrices dans le royaume de Dieu qu’il annonce et inaugure.
Rappelons-nous de quelques épisodes ou rencontres de Jésus avec des femmes, sans être exhaustif : je ne relirai pas tous ces passages afin d’en voir le plus grand nombre.
– Il a des femmes disciples : plusieurs sont anonymes (le texte le dit sobrement « des femmes l’accompagnaient », des femmes « étaient aussi avec lui », autant d’expressions que le grec utilise pour dire qu’elles sont ses disciples) ; d’autres sont nommées comme Jeanne l’épouse d’un très haut fonctionnaire du roi Hérode ; et Suzanne qui subvenait aux besoins financiers de Jésus (Luc 8,1-3). Le fait que Jésus ait des femmes comme disciples contrastaient profondément avec les usages de l’époque où les femmes n’avaient pas accès à l’éducation. Aucun autre rabbin n’a fait cela. Comme le relève les spécialistes, il est certain que lorsque Jésus envoie les 72 en mission (Luc 10) il y a des femmes parmi eux. De même lorsqu’il prend son dernier repas à Pâques, malgré toute l’iconographie qui nous le représentent qu’avec les 12, des femmes sont aussi présentes, comme elles le seront à Pentecôte pour l’effusion de l’Esprit et la naissance de l’Eglise.
– Il prend le temps de les enseigner.
Regardez ce qui se passe à Béthanie, le Bed and Breakfast de Jésus, à 3 km de Jérusalem, là où il se rend quand il a fini sa journée en ville. Avec Lazare, Marthe et Marie, Jésus a trouvé non seulement des disciples mais des amis. Vous connaissez le célèbre épisode des deux soeurs (Luc 10.39), où symboliquement on a deux activités : la cuisine avec Marthe qui s’affaire et l’instruction, avec Marie qui se trouve, nous dit le texte biblique, aux pieds de Jésus, expression alors utilisée pour décrire un disciple auprès de son maître, son enseignant. Jésus accepte donc cette relation d’enseignant/enseigné avec une femme, et en reprenant tendrement Marthe, il indique en fait de façon inédite qu’elle n’est pas contrainte de retourner aux tâches traditionnelles des femmes ; une autre voie s’ouvre qui jusque là était dévolue aux hommes.
Car la tradition juive disait : « Mieux vaut brûler la Loi que de la confier à une femme » ou encore « L’homme qui communique à sa fille la connaissance de la Loi lui enseigne la luxure ».
Jésus ne se laissa pas dicter sa conduite par les coutumes de l’époque et choisit d’enseigner des femmes, non seulement Marie mais Marthe aussi, comme l’atteste cette magnifique déclaration qu’elle va faire devant le tombeau de son frère en Jean 11.
Souvenez-vous : Jésus lui déclare qu’il est la résurrection et la vie (v.25) et il lui demande si elle croit cela. Et Marthe de répondre par cette déclaration (Jean 11v27) qui est une véritable confession de foi, une des plus belles affirmations sur Jésus: « Oui Seigneur je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » (Jean 11,27).
C’est une confession identique à celle de Pierre qu’on retrouve dans les 3 autres évangiles (Mat 16.15-19) et Jésus dit de cette confession « sur cette pierre, sur cette déclaration je bâtirai mon Eglise ». Notez au passage que quand Pierre fait cette déclaration dans les autres évangiles, il a droit à un titre dans vos bibles : « Pierre reconnait que Jésus est le Messie » mais quand Marthe fait l’exacte même déclaration en Jean, en général, pas de titre du tout… (sauf dans la NFC !)
Prudence face aux titres, ajoutés à l’époque moderne, pas présents dans les mss les plus anciens…
Jésus discute théologie, avec Marthe, avec Marie mais aussi avec la samaritaine en Jean 4. Après avoir échangé avec un membre mâle de l’establishement religieux, Nicodème, Jésus s’adresse ici à un membre féminin du peuple ennemi, les samaritains, sans qu’on connaisse son nom à elle. Je passe le cliché ou la projection de nombreux prédicateurs qui voudrait que ce soit une femme de mauvaise vie. Notez le silence assourdissant du texte pour expliquer ces 5 maris… est-elle veuve, a-t-elle été répudiée, a-t-elle connue le lévirat ? Qui peut dire pourquoi elle en est arrivée là ? Voyez en tous cas l’absence de reproche, de jugement moralisateur de Jésus sur son histoire maritale passée, ce n’est pas cela qui l’intéresse… même s’il le mentionne pour qu’elle voit qu’il est prophète. Ce que le texte souligne, c’est sa soif, sa souffrance et Jésus va lui offrir le don de l’eau jaillissant en vie éternelle.
Ce qui est fascinant dans cet échange, c’est la révélation que Jésus va lui faire de qui il est. Elle lui dit : « Je sais bien que le Messie va venir et quand il viendra, il nous annoncera tout. » Alors Jésus lui dit (v.26): « C’est moi, celui qui te parle ». Ces mots ne sont pas anodins, il s’agit, des mots « ego eimi », qu’on peut aussi traduire par « je suis ». C’est un clin d’œil à toutes les fois où Jésus dans l’Evangile de Jean déclare « Je suis » (je suis le pain de vie, je suis le bon berger…) et ici c’est le tout premier de ces fameux ego eimi johannique.
Mais c’est surtout une allusion à un autre texte fondateur : ce sont par ces mêmes mots que Dieu se présente à Moïse au buisson ardent en Exode 3.14 dans la traduction de la Septante :« je suis celui qui est » ou « je serai qui je serai »
Donc en disant à la samaritaine « je suis », Jésus se présente en fait comme Dieu. Et la personne à qui Jésus fait cette révélation aussi puissante de son identité messianique et divine, c’est à une femme, une étrangère, lui confiant ce trésor, comme Dieu l’avait confié auparavant à Moïse.
L’issue de ce dialogue si profond, c’est qu’elle évangélise tout le quartier. La samaritaine devient missionnaire, annonçant le Christ, « témoin du Sauveur du monde », bref, premier « apôtre de Samarie » comme l’ont surnommé certains.
– Jésus restaure la dignité d’une femme qui était courbée depuis 18 ans, qu’il redresse, non seulement en la guérissant mais en l’appelant « fille d’Abraham » (Luc 13,10-17) :
L’emploi de cette expression au féminin est sans précédent. On connait bien l’expression « enfant d’Abraham », « fils d’Abraham » ; mais « fille d’Abraham », voilà une expression qui n’a jamais été utilisée par quiconque auparavant. Jésus applique ce titre à une femme déformée par l’infirmité. Il la redresse non seulement de cette infirmité mais aussi de son indignité : désormais elle sera une femme debout, cohéritière avec l’homme de tout ce que Dieu avait promis à Abraham.
Jésus nous redresse, quand la vie nous a courbé, cassé. Il nous restaure…
– Jésus se laisse toucher par les femmes, au sens propre comme au sens figuré : on pense à Marie qui essuie ses pieds avec ses cheveux (une autre onction que celle de la femme anonyme) ; il y a la femme à la perte de sang malade depuis 12 ans : elle avoue avoir touché le vêtement de Jésus, elle qui a toujours été rejetée, traitée sans ménagement, et lui, comment va-t-il réagir ? Jésus, loin de s’irriter, se laisse toucher par sa détresse, il la traite avec douceur en l’appelant affectueusement « ma fille » (Marc 5.34/Luc 8.48) : Jésus n’appelle personne d’autre mon fils, ma fille dans tout l’Evangile. Elle est sans doute plus âgée que Jésus alors trentenaire, et ce terme rare de « ma fille » indique une grande tendresse. Jésus s’est laissé toucher, au sens propre comme au sens figuré et il lui rend la vie.
Il se laisse toucher aussi au sens figuré, comme avec la cananéenne (Mat 15) une grecque d’origine syro-phénicienne (Marc 7) autrement dit une païenne, dont la fille est malmenée par le démon. Jésus lui répond par une des phrases les plus dures de son ministère : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Les Juifs appelaient chiens les païens de l’époque (Matthieu 7,6 ; Philippiens 3,2 ; Apocalypse 22,15). Il s’agirait d’un proverbe juif désignant la personne qui mange en premier dans un foyer juif. Ce qui compte est que cette mère a l’audace de dépasser ce qui s’apparente quasiment à une insulte, et qu’elle ose cette phrase : « Même les chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres. » Certains pensent que Jésus a été dur avec elle pour qu’elle prenne conscience de la chance extraordinaire qui lui est faite, du caractère vraiment novateur du ministère de Jésus à l’égard des païens, des femmes. Ou bien plutôt, il enseignerait indirectement ses disciples, qui eux pensent encore à ce moment-là que les non-Juifs ne sont que des chiens indignes, et il les pousserait à élargir leur horizon. D’autant que cette scène se trouve au début de son ministère terrestre public.
Par ce miracle, la guérison de la fille de cette étrangère, il anticipe ce qui se passera après sa résurrection, lorsqu’il offrira son sacrifice et sa victoire sur la mort à tous, Juifs et non-Juifs.
– Jésus les voit :
Alors qu’elles étaient quasi invisibles dans la société de l’époque, Jésus les observe avec grande attention, il pose son regard. Jésus dit à Simon le pharisien quand une femme vient lui laver les pieds alors que Simon l’hôte n’a pas fait de geste d’accueil : (Luc 7.36-50) : « tu vois cette femme », autre manière de dire « toi, tu ne l’as pas vue » ou « tu ne l’as vue qu’au prisme de ta réprobation et de ton mépris ».
Il prend aussi des femmes en exemple que ce soit dans ses paraboles (comme la veuve qui insiste auprès du juge) ou des vraies femmes comme la veuve qui met de son nécessaire à l’offrande, cette femme que nul ne voit et c’est sur elle que son regard s’arrête. Il ne la connait pas, il se contente de l’observer, de l’admirer. Il l’a vu. De même avec la veuve de Naïn, Jésus aussi voit sa détresse.
Dans le regard que Jésus pose sur chacun de nous, aucune réprobation, aucun mépris.
- Jésus libère la femme adultère qu’on veut lapider : Jean 7.53-8.11
Vous vous souvenez les détails de cette histoire très connue: l’absence de l’homme adultère, alors que la loi les condamnait tous les deux ; la manière dont Jésus sort du piège qui lui est tendu en dénonçant l’hypocrisie légaliste de l’époque, et une parodie de justice, avec cette phrase devenue proverbiale : « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». En parlant de péché à tous les auditeurs, il met sur un pied d’égalité les scribes, les pharisiens et cette femme. C’est à eux tous qu’il parle de péché, là où on aurait tendance à la stigmatiser elle et elle seule.
Et puis il y a le parallèle entre Jésus qui écrit avec son doigt on ne sait quoi sur les pierres de la cour du temple au sol, et la loi de Moïse écrite avec le doigt de Dieu sur la pierre.
Et enfin comment il libère la femme accusée et la pardonne, lui ouvrant un chemin de nouveauté de vie, même si le texte reste silencieux sur la réception qu’elle fit de cette grâce. Ce « va et ne pèche plus » que Jésus lui confie n’est pas une leçon de morale mais bien plutôt une promesse : « Je t’aime et je te fais confiance, je sais que tu peux vivre autrement. »
- Last but not least : A une époque où leur témoignage n’est pas reçu, pas reconnu comme valable, Jésus choisit une femme comme tout premier témoin de sa résurrection : Marie de Magdala ou Marie Madeleine en version francisée.
Sa vie n’a pas été facile. Elle a été délivrée de sept démons par Jésus, ce qui veut dire qu’avant cette délivrance, elle souffrait beaucoup, torturée par une puissance néfaste, oppressante, qui la dépassait ; elle était dépossédée d’elle-même, sans doute exclue de la société.
En symbolique biblique, le chiffre sept indique la plénitude, donc son état était vraiment très grave, ce chiffre évoquant « l’ampleur du mal ». Mais rien, absolument rien dans le N.T., ne la décrit comme étant une pécheresse, une prostituée ou une femme de mauvaise vie !
Après avoir été délivrée, elle suit Jésus, et appartient au groupe de celles et ceux qui l’accompagnent, ce qui signifie qu’elle retrouve une dignité sociale, une identité. « Elle fait partie de ces gens qui ont goûté la grâce extraordinaire de remonter, grâce à quelqu’un, de l’ombre de la mort, du non-sens, du néant, pour une vie où l’on éprouve ce que c’est d’être aimé et d’aimer. »
Et puis arrive la semaine de Pâques. Ces jours sont vraiment éprouvants. Marie voit son Maître, son Seigneur, l’homme qui l’a libérée, qui a donné sens à sa vie, être arrêté, jugé, condamné et crucifié sur une croix, tout nu. Et maintenant, il est mort ! Le silence de la mort l’environne. Trouve-t-elle du réconfort auprès des autres femmes mentionnées au pied de la croix ? Et où sont les autres disciples, ses amis ? On dirait qu’ils sont tous partis, à part Jean le disciple bien-aimé. C’est un vendredi terrible, un jour de souffrance que certains d’entre nous ont expérimenté, quand la maladie nous terrasse, lorsque l’espoir semble perdu, ou lorsqu’un être cher est mort, qu’il nous a quittés pour toujours.
Mais ce vendredi n’est pas la fin de l’histoire !
Après la croix vient le jour de Pâques. Le dimanche matin, Marie se rend au tombeau : selon Jean, elle est toute seule. Elle pleure, non seulement parce que Jésus est mort, mais aussi parce que son cadavre a disparu ! Sans corps, le processus de deuil est bien plus difficile. À ce moment-là, elle voit deux anges, et leur partage son désarroi, peut-être sa colère ou son désespoir, le texte ne le précise pas : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » Puis elle se retourne, geste évocateur du changement qui s’amorce en elle. Symboliquement, elle doit « se détourner du tombeau qui est pour elle l’espace de la mort, si elle veut apercevoir Jésus ». Et là, elle voit un homme. Elle croit s’adresser au jardinier, et lui demande où se trouve le corps. Nous lecteurs, savons que le jardinier, c’est Jésus.
Là, Jésus l’appelle par son nom. Ce n’est que lorsqu’il l’appelle que Marie le reconnaît. Il est possible d’y voir un rapprochement, comme un écho avec le bon berger de Jean 10 qui appelle chacune de ses brebis par son nom. Marie se retourne une seconde fois pour lui répondre, et exprime à nouveau par ce geste un changement symbolique plus profond, un retournement de pensée. Si l’on prend ici le verbe « se retourner » au sens propre, le texte devient assez incohérent. Mais si on le comprend sur un plan métaphorique, Marie est en train de se détourner du tombeau, de la réalité de la mort, pour se diriger vers le Vivant.
Jésus lui demande : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Notons que celui-ci lui parle en araméen, sa langue maternelle. Or c’est aussi ce qui s’est passé avec Saul, sur la route de Damas, quand le Seigneur l’a appelé en araméen, sa langue maternelle : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »
Cet échange rapporté en Actes 9,4 le transformera : le persécuteur de chrétiens deviendra Paul, l’apôtre du Christ.
De même, l’échange entre Jésus et Marie la transforme et l’oriente vers sa nouvelle mission qui est de la plus haute importance. Le message qu’il lui confie est fondamental, c’est le cœur de la foi chrétienne : « Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. »
C’est la toute première fois que les disciples sont appelés frères. Jésus manifeste que désormais, ils sont enfants de Dieu, adoptés par le Père, grâce à lui leur frère. C’est à Marie qu’il confie la mission d’annoncer le message incroyable que non seulement il est vivant, mais aussi qu’ils ont une toute nouvelle identité d’enfants de Dieu qui les rend frères et sœurs. C’est le cœur même du christianisme dont elle est porteuse : la résurrection et la fraternité !
Jésus ajoute une recommandation qui l’aidera dans sa mission : « Ne me retiens pas », littéralement Cesse de me toucher. Ce n’est pas qu’il la dénigre mais « elle doit faire le deuil du rabbi de jadis, terrestre, et l’accepter comme le ressuscité, le Christ vivant. Ce n’est qu’en faisant ce deuil qu’elle pourra accomplir la mission qu’il veut lui confier. » Elle doit accepter de ne pouvoir maîtriser Jésus, le garder sous contrôle, conforme à ce qu’elle croit qu’il est. Il faut qu’elle le laisse libre d’aller, d’être qui il est. C’est un des apprentissages de la vie de disciple.
À cause de ce rôle premier dans l’annonce de la résurrection, du fait que Jésus l’envoie vers les disciples, Marie reçut dans les premiers siècles de notre ère le titre prestigieux de « l’apôtre des apôtres », apostola apostolorum, l’apôtre étant celui ou celle qui est envoyée. Irénée de Lyon, Hippolyte de Rome, Ambroise, Origène vont l’appeler ainsi.
Pourtant on la connaît peu sous ce titre, et pour cause : elle le perd au 7ème siècle ! En effet, le pape Grégoire le Grand réalise un coup de force : il décide d’identifier Marie de Magdala avec la sœur de Marthe et de Lazare, et avec une anonyme, présentée comme peu fréquentable. L’amalgame de ces trois personnes en une seule a comme conséquence que désormais Marie-Madeleine est connue comme une personne de mauvaise vie, une grande pécheresse convertie, incarnant le pardon de Jésus… Et Marie l’apôtre, la première personne à annoncer la résurrection, a totalement disparu ! L’apostolat de Marie est tombé aux oubliettes de l’Histoire et sa féminité reste associée au péché. L’idée insidieusement véhiculée par ce télescopage est qu’une femme est obligatoirement une pécheresse, alors que l’Évangile nous rapporte autre chose d’elle : non seulement son apostolat, mais aussi sa féminité, sa tendresse, sa passion pour le Seigneur.
En revanche, les commentateurs insistent lourdement sur un détail : ses pleurs. D’ailleurs en français ne dit-on pas « pleurer comme… une madeleine ! » en référence à Marie de Magdala…
Certes le récit évoque trois fois ses larmes, en Jean 20,11.13.15, mais ils se focalisent tellement sur cet aspect, que le registre spirituel d’apôtre finit par être remplacé par celui de l’hypersensibilité émotionnelle.
« De cette manière ils enfermeront le lecteur dans la certitude que le féminin se réduit à l’affectivité ;
Bien évidemment, ils s’empresseront d’oublier que Jésus lui aussi a pleuré près de son ami Lazare, que Pierre lui aussi est décrit pleurant après qu’il ait renié Jésus en Marc 14,72. Il faut reconnaître l’efficacité de leur enseignement, puisqu’aujourd’hui encore l’expression populaire pleurer comme une Madeleine sonne toujours comme une évidence. » Bien plus que le titre « Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres » ! ici avec l’œuf de la résurrection…
Conclusion
POUR ALLER PLUS LOIN :
Ouvronslabible.com (site internet de Valérie Duval-Poujol)
« La Bible est-elle sexiste ? » Valérie Duval-Poujol, Empreinte temps présent, 2021
Comme nous l’avons vu, Jésus ose aller vers des femmes, les prend pour amies, pour interlocutrices, pour missionnaires, il discute théologie avec elles. Il les traite avec respect, dignité, égalité. Pourquoi fait-il cela ? Non parce qu’il aurait été féministe avant l’heure ou parce qu’il aurait « préféré les femmes » (pour reprendre le titre d’un livre récent de Mme Pedotti) mais parce qu’il restaure ce qui était prévu « au commencement » ; Il revient au désir créationnel de Dieu tel qu’il est présenté en Gen 1-2, lorsque l’homme ET la femme sont tous deux créés à l’image de Dieu, lorsque c’est à l’homme Et à la femme qu’il confie l’autorité de gérer la terre.
Jésus abroge les structures hiérarchiques abusives de son époque, la domination de l’homme sur la femme, le patriarcat héritées depuis la chute, car il les voit bien comme des conséquences de la chute et non comme le dessein créationnel de Dieu. Désormais en Christ toutes les formes d’inimitié, de rivalité, de violence sont surmontées, de sorte qu’une paraphrase légitime de ces mots pauliniens « il n’y a plus ni homme ni femme » de Galates pourrait s’énoncer : désormais dans le Christ il y a enfin l’homme et la femme !
Par la vie du Christ, ce qu’il a vécu, montré par ses enseignements et son attitude, nous pouvons vivre aujourd’hui en Eglise et dans la société de nouvelles relations hommes/femmes. Non plus des relations de domination, de pouvoir, de violence, mais des relations femmes/hommes en vis-à-vis, en égale dignité, enfants de Dieu aimés du même Dieu qui offre sa vie pour chacun, chacune d’entre nous.
Ce matin Dieu nous invite à nous laisser inspirer par le comportement de Jésus pour accueillir comme il se doit dans son corps, l’Eglise, tant les hommes que les femmes, chacun, chacune invité à la table du Seigneur, appelé à servir avec ses dons et à témoigner ensemble à ce monde de son amour, de l’espérance qui nous anime.
“In memory of them…”
Valérie Duval-Poujol, Église française du Saint-Esprit, New York 03/08/2026
Third Sunday in Lent
“I rejoice when someone says to me, ‘Let’s go and enjoy a wonderful Sunday with the Christians at Saint-Esprit in New York!’ Do you know this psalm? It’s in my Bible! I look forward to enjoying this beautiful time around the word of our God. Thank you to Nigel and Joris for their invitation and hospitality.
I would like to start with a question… There is a character in the Bible whom Jesus said should be mentioned every time the good news is preached… Who is it? Let’s listen to the answer in Mark 14/Matthew 26: we are a little over 2000 years ago, a woman pours expensive perfume on Jesus’ head. And Jesus said of her: “I tell you the truth, wherever the gospel is preached throughout the world, what she has done will also be told in memory of her” (Matthew 26:13/Mark 14:9). “Wherever the gospel is preached”… who has ever seen her remembered in a church or heard her mentioned in a sermon? How is she remembered? Strangely enough, she has been completely forgotten . This woman admired by Jesus and whom we should all admire, what is her name? This woman presented by Jesus himself as a model, who foreshadows the homage that all Christians must pay to the risen Christ, what is her story? What became of her? We know nothing about her, she is anonymous! And yet, this is not just any anointing, for she pours the perfume on Jesus’ head. This gesture of anointing recalls that by which the prophets chose kings or by which priests were chosen for their priesthood. Symbolically, this woman crowns Jesus king of Israel and prophet. But she is anonymous… and will remain anonymous for eternity… Thus, she becomes emblematic of all those women who played an important role in biblical stories or in the history of humanity but who have been forgotten, who have fallen into the silence of oblivion. A Catholic theologian, Elisabeth Schüssler Fiorenza, wrote a book entitled In Memory of Her, precisely in memory of this anonymous woman. On this March 8, I invite you to remember this woman in order to honor what our Lord Jesus commanded. And I suggest we do so by remembering other women whom our Lord Jesus met, women who are often forgotten or whose role has been minimized. Yet these women teach us valuable truths about what it means to be a disciple today. Let us turn our gaze to Jesus. After all, he is our model, the one who should inspire our behavior and convictions.
Jesus and women
Jesus had an incredible attitude toward the women around him, those he met, showing impressive freedom, considering them, treating them with respect, dignity, and equality. And yet, this was not the case in his particularly patriarchal era. The daily Jewish prayer reported by tradition, recited by a pious Jewish man every day, said: “Blessed are you, Lord, for not making me a woman”
Or here is what Flavius Josephus, a historian of Jesus’ time, reports: “The law says that women are inferior to men in all things.” You heard right, “in all things”!
What is Jesus’ attitude? Neither conformist nor revolutionary, Jesus seems to demonstrate a subversive wisdom that opens up a third way, that of a transformative force that makes all things new. Indeed, in many of his social relationships, Jesus is very much a “son of his time,” as shown by his choice of 12 male disciples, a choice imposed by the culture; but he also brings, through his actions, the radical newness of the Gospel in this area. So there is no overturning of the table in the face of patriarchy, no feminist discourse as some in our time would expect, but such openness to the women around him or whom he encounters, such subversion in relation to the times that nothing will ever be the same again! With boldness, Jesus establishes a surprising community of disciples of both sexes.
Did the Church follow his example? Listening to him and carefully considering his attitude toward women allows us to draw inspiration from him today and enable women to become full participants and collaborators in the kingdom of God that he proclaims and inaugurates.
Let us recall a few episodes or encounters between Jesus and women, without being exhaustive: I will not reread all these passages in order to see as many as possible.
– He had female disciples: several are anonymous (the text simply says “women accompanied him” , women “were also with him,” expressions used in Greek to indicate that they were his disciples); others are named, such as Joanna, the wife of a high official of King Herod; and Susanna, who provided for Jesus’ financial needs (Luke 8:1-3). The fact that Jesus had women as disciples contrasted sharply with the customs of the time, when women did not have access to education. No other rabbi did this. As scholars point out, it is certain that when Jesus sent the 72 on mission (Luke 10), there were women among them. Similarly, when he ate his last meal at Passover, despite all the iconography that depicts him with only the 12, women were also present, as they would be at Pentecost for the outpouring of the Spirit and the birth of the Church.
– He takes the time to teach them.
Look at what happens in Bethany, Jesus’ bed and breakfast, 3 km from Jerusalem, where he goes when he finishes his day in the city. With Lazarus, Martha, and Mary, Jesus found not only disciples but friends. You know the famous episode of the two sisters (Luke 10:39), where symbolically we have two activities: cooking with Martha busily at work and instruction, with Mary, who, according to the biblical text, is at Jesus’ feet, an expression used at the time to describe a disciple with his master, his teacher. Jesus therefore accepts this teacher/student relationship with a woman, and by tenderly rebuking Martha, he indicates in a novel way that she is not obliged to return to traditional women’s tasks; another path opens up that until then had been reserved for men.
For Jewish tradition of the time said, “It is better to burn the Law than to entrust it to a woman,” or “The man who imparts knowledge of the Law to his daughter teaches her lust.”
Jesus did not allow himself to be dictated to by the customs of the time and chose to teach women, not only Mary but Martha too, as evidenced by the magnificent declaration she makes before her brother’s tomb in John 11.
Remember: Jesus tells her that he is the resurrection and the life (v. 25) and asks her if she believes this. And Martha responds with this statement (John 11:27), which is a true confession of faith, one of the most beautiful affirmations about Jesus: “Yes, Lord, I believe that you are the Christ, the Son of God, who is coming into the world” (John 11:27).
This confession is identical to that of Peter found in the other three Gospels (Matthew 16:15-19), and Jesus says of this confession, “On this rock, on this declaration, I will build my Church.” Note in passing that when Peter makes this declaration in the other Gospels, he is given a title in your Bibles: “Peter recognizes that Jesus is the Messiah,” but when Martha makes the exact same declaration in John, there is generally no title at all… (except in the Nouvelle français courant!)
Be cautious about titles added in modern times that are not present in the oldest manuscripts…
Jesus discusses theology with Martha, with Mary, but also with the Samaritan woman in John 4. After talking with a male member of the religious establishment, Nicodemus, Jesus here addresses a female member of the enemy people, the Samaritans, without us knowing her name. I will skip over the cliché or projection of many preachers who would have us believe that she was a woman of ill repute. Note the deafening silence of the text in explaining these five husbands… Was she a widow, had she been repudiated, had she experienced levirate marriage? Who can say why she ended up in this situation? In any case, note the absence of reproach or moralizing judgment from Jesus about her past marital history; that is not what interests him… even if he mentions it so that she can see that he is a prophet. What the text emphasizes is her thirst, her suffering, and Jesus offers her the gift of water springing up into eternal life.
What is fascinating about this exchange is Jesus’ revelation to her of who he is. She says to him, “I know that the Messiah is coming, and when he comes, he will tell us everything.” Then Jesus says to her (v. 26): “I am he, the one who is speaking to you.” These words are not insignificant; they are the words “ego eimi,” which can also be translated as “I am.” This is a nod to all the times Jesus declares “I am” in the Gospel of John (I am the bread of life, I am the good shepherd…) and here it is the very first of these famous Johannine ego eimi.
But above all, it is an allusion to another foundational text: it is with these same words that God introduces himself to Moses at the burning bush in Exodus 3:14 in the Septuagint translation: “I am who I am” or “I will be who I will be.”
So by saying “I am” to the Samaritan woman, Jesus is in fact presenting himself as God. And the person to whom Jesus makes this powerful revelation of his messianic and divine identity is a woman, a stranger, entrusting her with this treasure, just as God had previously entrusted it to Moses.
The outcome of this profound dialogue is that she evangelizes the whole neighborhood. The Samaritan woman becomes a missionary, proclaiming Christ, “witness to the Savior of the world,” in short, the first “apostle of Samaria,” as some have called her.
Jesus restored the dignity of a woman who had been bent over for 18 years, straightening her up, not only by healing her but by calling her “daughter of Abraham” (Luke 13:10-17):
The use of this feminine expression is unprecedented. We are familiar with the expressions “child of Abraham” and “son of Abraham,” but “daughter of Abraham” is an expression that has never been used by anyone before. Jesus applies this title to a woman deformed by infirmity. He straightens her up not only from her infirmity but also from her unworthiness: from now on she will be a woman standing upright, co-heir with man of all that God had promised to Abraham.
Jesus straightens us up when life has bent us over and broken us. He restores us…
– Jesus allows himself to be touched by women, both literally and figuratively: we think of Mary wiping his feet with her hair (a different anointing from that of the anonymous woman); there is the woman who had been sick for 12 years with a bleeding disorder: she confesses to having touched Jesus’ garment, she who had always been rejected, treated harshly, and how does he react? Jesus, far from being irritated, allows himself to be touched by her distress, treating her gently and affectionately calling her “my daughter ” (Mark 5:34/Luke 8:48). Jesus calls no one else “my son” or “my daughter” in the entire Gospel . She is undoubtedly older than Jesus, who is in his thirties, and this rare term “my daughter” indicates great tenderness. Jesus allowed himself to be touched, both literally and figuratively, and he restored her life.
He also allows himself to be touched figuratively, as with the Canaanite woman (Matthew 15), a Greek woman of Syro-Phoenician origin (Mark 7), in other words a pagan, whose daughter is being tormented by a demon. Jesus responds with one of the harshest statements of his ministry: “It is not right to take the children’s bread and throw it to the dogs.” ” The Jews called the pagans of the time dogs (Matthew 7:6; Philippians 3:2; Revelation 22:15). This is a Jewish proverb referring to the person who eats first in a Jewish household. What matters is that this mother had the audacity to rise above what was almost an insult, and dared to say: “Even the dogs eat the crumbs that fall from their masters’ table. Some believe that Jesus was harsh with her so that she would realize how extraordinarily fortunate she was, and how truly innovative Jesus’ ministry was toward pagans and women. Or rather, he was indirectly teaching his disciples, who at that time still believed that non-Jews were nothing but unworthy dogs, and he was pushing them to broaden their horizons. This is especially true since this scene takes place at the beginning of his public ministry on earth.
Through this miracle, the healing of this foreign woman’s daughter, he anticipates what will happen after his resurrection, when he will offer his sacrifice and his victory over death to everyone, Jews and non-Jews alike.
Jesus sees them:
Although they were virtually invisible in the society of the time, Jesus observes them with great attention, he looks at them. Jesus says to Simon the Pharisee when a woman comes to wash his feet while Simon the host has made no gesture of welcome (Luke 7:36-50): “Do you see this woman?” Another way of saying, “You have not seen her” or “You have only seen her through the prism of your disapproval and contempt.”
He also uses women as examples, whether in his parables (such as the widow who insists before the judge) or real women such as the widow who puts her necessities into the offering, this woman whom no one sees and on whom his gaze rests. He does not know her, he simply observes her, admires her. He saw her. Similarly, with the widow of Nain, Jesus also sees her distress.
In the way Jesus looks at each of us, there is no condemnation, no contempt.
- Jesus frees the adulterous woman who is about to be stoned: John 7:53-8:11
You remember the details of this well-known story: the absence of the adulterous man, even though the law condemned them both; the way Jesus escapes the trap set for him by denouncing the legalistic hypocrisy of the time and a parody of justice, with the now proverbial phrase: “Let him who is without sin cast the first stone .” By speaking of sin to all his listeners, he puts the scribes, the Pharisees, and this woman on an equal footing. He speaks of sin to all of them, where one would tend to stigmatize her and her alone.
And then there is the parallel between Jesus writing with his finger we know not what on the stones of the temple courtyard, and the law of Moses written with the finger of God on stone.
And finally, how he frees the accused woman and forgives her, opening up a new path of life for her, even though the text remains silent on how she received this grace. Jesus’ “go and sin no more” is not a moral lesson but rather a promise: “I love you and I trust you, I know you can live differently. ”
- Last but not least: at a time when their testimony was not accepted or recognized as valid, Jesus chose a woman as the first witness of his resurrection: Mary Magdalene.
Her life had not been easy. She was delivered from seven demons by Jesus, which means that before this deliverance, she suffered greatly, tortured by an evil, oppressive power that was beyond her control; she was dispossessed of herself, no doubt excluded from society.
In biblical symbolism, the number seven indicates fullness, so her condition was truly very serious, as this number evokes “the extent of evil .” But nothing, absolutely nothing in the New Testament describes her as a sinner, a prostitute, or a woman of ill repute!
After being delivered, she follows Jesus and belongs to the group of those who accompany him, which means that she regains her social dignity and identity. “She is one of those people who have tasted the extraordinary grace of rising, thanks to someone, from the shadow of death, from meaninglessness, from nothingness, to a life where one experiences what it is to be loved and to love .”
And then comes Easter week. These days are truly trying. Mary sees her Master, her Lord, the man who freed her, who gave meaning to her life, being arrested, tried, condemned, and crucified on a cross, naked. And now he is dead! The silence of death surrounds her. Does she find comfort among the other women mentioned at the foot of the cross? And where are the other disciples, her friends? It seems that they have all left, except for John, the beloved disciple. It is a terrible Friday, a day of suffering that some of us have experienced, when illness overwhelms us, when hope seems lost, or when a loved one has died, leaving us forever.
But this Friday is not the end of the story!
After the cross comes Easter Sunday. On Sunday morning, Mary goes to the tomb: according to John, she is alone. She weeps, not only because Jesus is dead, but also because his body has disappeared! Without a body, the grieving process is much more difficult. At that moment, she sees two angels and shares her distress with them, perhaps her anger or despair, the text does not specify: “They have taken away my Lord, and I don’t know where they have put him.” Then she turns around, a gesture evocative of the change that is beginning within her. Symbolically, she must “turn away from the tomb, which is for her the space of death, if she wants to see Jesus .” And there she sees a man. She thinks she is addressing the gardener and asks him where the body is. We readers know that the gardener is Jesus.
Then Jesus calls her by name. It is only when he calls her that Mary recognizes him. It is possible to see a connection here, like an echo of the good shepherd in John 10 who calls each of his sheep by name. Mary turns around a second time to answer him, and with this gesture she once again expresses a deeper symbolic change, a reversal of thought. If we take the verb “to turn around” literally here, the text becomes rather incoherent. But if we understand it metaphorically, Mary is turning away from the tomb, from the reality of death, to turn toward the Living One .
Jesus asks her, “Why are you crying? Who are you looking for?” Note that he speaks to her in Aramaic, her mother tongue . This is also what happened with Saul on the road to Damascus, when the Lord called him in Aramaic, his mother tongue: “Saul, Saul, why are you persecuting me?”
This exchange, recounted in Acts 9:4, will transform him: the persecutor of Christians will become Paul, the apostle of Christ.
Similarly, the exchange between Jesus and Mary transformed her and guided her toward her new mission, which was of the utmost importance. The message he entrusted to her was fundamental, the heart of the Christian faith: “Go to my brothers and tell them that I am ascending to my Father, who is your Father, to my God, who is your God.”
This is the very first time that the disciples are called brothers. Jesus shows that from now on, they are children of God, adopted by the Father, thanks to him, their brother. It is to Mary that he entrusts the mission of announcing the incredible message that not only is he alive, but also that they have a whole new identity as children of God, which makes them brothers and sisters. This is the very heart of Christianity that she carries: resurrection and brotherhood !
Jesus adds a recommendation that will help her in her mission: “Do not hold me back,” literally, “Stop touching me.” It is not that he is denigrating her, but “she must mourn the rabbi of old, the earthly one, and accept him as the risen one, the living Christ. Only by doing so will she be able to fulfill the mission he wants to entrust to her .” She must accept that she cannot control Jesus, keep him under her control, in accordance with what she believes him to be. She must let him go free, let him be who he is. This is one of the lessons of discipleship.
Because of her primary role in announcing the resurrection, and because Jesus sent her to the disciples, Mary was given the prestigious title of “apostle of the apostles,” apostola apostolorum, in the early centuries of our era, the apostle being the one who is sent. Irenaeus of Lyon, Hippolytus of Rome, Ambrose, and Origen would call her this.
However, she is little known by this title, and for good reason: she lost it in the7thcentury! Indeed, Pope Gregory the Great carried out a coup: he decided to identify Mary of Magdala with the sister of Martha and Lazarus, and with an anonymous woman, presented as unsavory. The amalgamation of these three people into one meant that Mary Magdalene became known as a woman of ill repute, a great sinner who had converted, embodying Jesus’ forgiveness… And Mary the Apostle, the first person to announce the resurrection, disappeared completely! Mary’s apostolate fell into the dustbin of history and her femininity remains associated with sin. The idea insidiously conveyed by this conflation is that a woman is necessarily a sinner, whereas the Gospel tells us something else about her: not only her apostleship, but also her femininity, her tenderness, her passion for the Lord.
On the other hand, commentators heavily emphasize one detail: her tears. In fact, in French, don’t we say “to cry like… a Magdalene!” in reference to Mary Magdalene…
Admittedly, the story mentions her tears three times, in John 20:11, 13, and 15, but they focus so much on this aspect that the spiritual register of the apostle ends up being replaced by that of emotional hypersensitivity.
“In this way, they will lock the reader into the certainty that femininity is reduced to emotionality.
Of course, they will be quick to forget that Jesus also wept over his friend Lazarus, that Peter is also described as weeping after he denied Jesus in Mark 14:72. We must acknowledge the effectiveness of their teaching, since even today the popular expression “to cry like a Magdalene” still sounds obvious .” Much more than the title “Mary Magdalene, the apostle of the apostles”! Here with the egg of the resurrection…
Conclusion
TO GO FURTHER:
Ouvronslabible.com (Valérie Duval-Poujol’s website)
“Is the Bible sexist?” Valérie Duval-Poujol, Empreinte temps présent, 2021
As we have seen, Jesus dares to reach out to women, takes them as friends, as interlocutors, as missionaries, and discusses theology with them. He treats them with respect, dignity, and equality. Why does he do this? Not because he was a feminist ahead of his time or because he “preferred women” (to quote the title of a recent book by Ms. Pedotti), but because he restores what was intended “in the beginning.” He returns to God’s creative desire as presented in Genesis 1-2, when both man AND woman are created in God’s image, when it is to man AND woman that he entrusts the authority to manage the earth. Jesus abolishes the abusive hierarchical structures of his time, the domination of man over woman, the patriarchy inherited since the Fall, because he sees them clearly as consequences of the Fall and not as God’s creative design. Now in Christ, all forms of enmity, rivalry, and violence are overcome, so that a legitimate paraphrase of Paul’s words in Galatians, “there is neither male nor female,” could be stated as follows: now in Christ there is finally man and woman! Through the life of Christ, what he lived, showed through his teachings and his attitude, we can live today in the Church and in society in new relationships between men and women. No longer relationships of domination, power, and violence, but relationships between women and men as equals, with equal dignity, children of God loved by the same God who offers his life for each and every one of us. This morning God invites us to be inspired by Jesus’ behavior to welcome both men and women into his body, the Church, each one invited to the Lord’s table, called to serve with their gifts and to bear witness together to this world of his love and the hope that animates us.

