sermons

Passion – Palm Sunday
March 29, 2026
Isaiah 50 :4-9a ; Philippians 2 :5-11 ; Matthew 26:14- 27:66

Since at least the 5th century, the Church has read the narrative of Christ’s Passion in its entirety on this Sunday, marking the beginning of Holy Week. We give it such importance because this judicial and cosmic drama is the most defining mystery of our lives. The dramatic reading of the Passion dates back to the Middle Ages: the various protagonists were chanted by different deacons in distinct musical registers. A narrative tone for the Evangelist, a high-pitched tone for the crowd and other characters, and a low register for the words of Christ.

At the very heart of the liturgy, this summary execution unsettles us. It reminds us exactly of what we apt to forget within the “safe space” of a church in a country like the United States: we are caught up in this raw, real human violence that thrives through those who are complicit in it. Right here, in our own time, we see the right of defense being trampled every day for the most vulnerable amongst us, particularly foreigners and children. We are in the midst of it; witnesses and participants in this violence.

We see a world surrendered to human intrigue and passion, detached both from God and from the dignity of others, whom God created in His image. In varying degrees, all the Passion characters are acted upon more than they act. They bear no resemblance to the “partner-creatures” of the Creator (or of one another) that God had intended. No one is in a position to stop the machinery of death. The frenzy of the crowds, the defense of personal interests, all kinds of fears: it all combines into a tragic parody of justice. Instead of worshipping God, we execute His Son. Pilate is driven by fear of the Judeans. The high priests by fear of the people. The crowd by the fear of losing what they think they know. And Jesus? To the eyes of the world, he appears to be the least significant actor in this story. He hardly speaks.

Yet, everyone speaks for him. More importantly, even when they speak or act against him, they speak and act for and about him without knowing it. Everything in this story is an echo of the Word of God, of which he is the incarnation. Matthew insists that Christ’s martyrdom is the fulfillment of God’s word, as read in the Books of Moses and the Prophets. The passage from Isaiah we read is like the script for this execution. All the actors believe they are the agents. They believe they are managing the “Jesus problem” and getting rid of him. But even at the heart of their insults and their violence, it is God who speaks, God who acts, God who returns to the center. We believe we are piercing God, but it is God who pierces through our death and all our systems of death, cutting right through them.

The dramatic reading of the Passion, featuring actors you know well, embodies this mystery of God within us: it is Scripture, the Word of God, speaking through us. There is no place where His Word of life cannot penetrate; not even the most terrible human violence of which we are victims, witnesses, or accomplices. Today, we acknowledge that we are incapable, on our own, of managing or resolving our multifaceted, destructive violence, which ranges from petty indifference to the most terrible cruelties. We are Judas, Peter, Caiaphas, the crowd shouting “Crucify him,” and the disciples who flee. We have condemned an innocent man, and God, to death. We have asked that this death be on our heads. We have taken sides out of malice, peer pressure, or fear.

This terrible mystery is embodied in the acting of each one of us. By putting on these masks, we realize to what extent we are not the directors of this world or of our own lives. Louis Jouvet, one of the greatest French directors of the 20th century, said that an actor is only truly themself when they dispossess themself: “This dispossession is the primary condition of the actor’s art. One must lose oneself to find oneself.”

In the liturgy, reaching its peak in the Passion, we recognize that we are losing ourselves. This letting go causes all our manipulations of the world, our little arrangements, our pretenses, and everything we think we control to collapse. But in this dispossession, the Word of God possesses us. The love of God plays out within us, even against us. We are part of it, for free.

The services this week will follow the Word of God as it sinks ever deeper into our violence. They will invite us to follow different characters, so many facets of ourselves. Through this mystery of love, that of his Passion, Christ will communicate to us tangibly in his meal, on that night “when he was delivered up to suffering and death.” At this intimate and cosmic meal, to which we are always already invited, he gives us a share of himself and his Passion. We can only endure the violence of our lives by taking part in the way God, in Jesus, through love, walks through it with us and for us. Without the death of Jesus, through love, our violence leads to despair. Through his death, he leads us through that violence into a life beyond imagining.  

Dimanche de la Passion – Rameaux  

29 mars 2026     Esaïe 50 :4-9a ; Philippiens 2 :5-11 ; Matthieu 26:14- 27:66

Depuis au moins le Ve siècle, l’Église lit le récit de la Passion du Christ en entier ce dimanche, qui ouvre la Semaine Sainte. Si on lui accorde cette importance, c’est que ce drame judiciaire et cosmique est le mystère le plus important de nos vies. La lecture dramatique de la Passion remonte au Moyen Âge : les différents protagonistes étaient chantés par différents diacres avec des tessitures distinctes. Un ton narratif pour l’évangéliste. Un ton élevé pour la foule et les autres personnages. Un ton bas pour les paroles du Christ. 

Cette exécution sommaire, au cœur de la liturgie, nous bouleverse. Elle nous rappelle exactement ce que nous pouvons parfois oublier dans l’espace « safe » d’une église, dans un pays comme les Etats-Unis : nous sommes pris dans cette violence humaine réelle et crue qui grandit grâce à des humains qui en sont les complices. Ici-même nous voyons les droits de la défense qui sont bafoués tous les jours pour les plus vulnérables, particulièrement les étrangers et les enfants. Nous sommes au milieu, nous-mêmes témoins et participants de ces violences. 

Nous voyons le monde livré aux intrigues et aux passions des humains, détaché de Dieu et du sens des autres, que Dieu a créés à son image. Tous les personnages de la Passion sont agis plus qu’ils n’agissent, à des degrés différents. Ils ne ressemblent en rien aux créatures partenaires du Créateur et les unes des autres que Dieu avait faites. Personne n’est en mesure de renverser la machine de mort. L’excitation des foules, la défense d’intérêts personnels, toutes sortes de peurs : tout cela se combine en une parodie tragique de justice et au lieu d’adorer Dieu on exécute son Fils. Pilate est mu par la peur des Juifs. Les grands prêtres par la peur du peuple. La foule par la peur de perdre ce qu’elle croit savoir. Et Jésus ? Aux yeux du monde, il semble être le dernier des acteurs dans ce récit. Il ne parle presque pas.

Tous, pourtant, parlent pour lui. Et surtout, quand ils parlent ou agissent contre lui, ils parlent pour lui et de lui sans le savoir. Tout dans ce récit est l’écho de la Parole de Dieu dont il est l’incarnation. Matthieu insiste sur le fait que ce martyre du Christ est l’accomplissement de la parole de Dieu, celle qu’on lit dans les Livres de Moïse et les Prophètes. Le passage d’Esaïe que nous avons lu est comme le scripte de cette exécution. Tous les acteurs croient être les agents. Ils croient gérer le « problème Jésus » et s’en débarrasser. Mais même au cœur de leurs insultes, de leurs violences, c’est Dieu qui parle, c’est Dieu qui agit, c’est Dieu qui revient au centre. Nous croyons percer Dieu mais c’est Dieu qui transperce notre mort, tous nos systèmes de mort, qui coupe à travers eux. 

La lecture dramatique de la Passion, avec des acteurs que vous connaissez bien, incarne ce mystère de Dieu en nous : c’est l’Écriture, la Parole de Dieu, qui parle en nous. Il n’y a pas d’endroit où sa Parole de vie ne peut pas pénétrer, pas même les plus terribles violences humaines dont nous sommes les victimes, les témoins ou les complices. Nous acceptons, aujourd’hui, de reconnaître que nous sommes incapables par nous-mêmes de régler et gérer notre violence destructrice et protéiforme, celle qui va de nos petites mesquineries aux plus terribles cruautés. Nous sommes Judas, Pierre, Caïphe, la foule qui crie « Crucifie-le », les disciples qui fuient. Nous avons condamné un innocent et Dieu à mort. Nous avons demandé à ce que cette mort nous soit imputée. Nous avons pris parti par méchanceté, suivisme ou peur. Ce mystère terrible est incarné dans le jeu de chacun d’entre nous. En prenant ces masques nous pouvons nous rendre compte à quel point nous ne sommes pas les metteurs en scène du monde et de nos vies. 

L’un des plus grands metteurs en scène français du XXe siècle, Louis Jouvet,  disait qu’un acteur n’est vraiment acteur que quand il se dépossède : « Cette dépossession est la condition première de l’art du comédien. Il faut se perdre pour se retrouver. » Dans la liturgie, à son paroxysme dans la Passion, nous reconnaissons que nous nous perdons et ce dessaisissement fait s’effondrer toutes nos manipulations du monde, nos petits arrangements, nos faux-semblants, tout ce que nous croyons contrôler. Mais dans cette dépossession, la parole de Dieu nous possède. L’amour de Dieu se joue en nous, même contre nous. Nous en faisons partie, gratuitement.

Les services de cette semaine suivront l’enfoncement de la Parole de Dieu toujours plus profondément dans notre violence. Ils vont nous inviter à suivre différents personnages qui autant de facettes de nous-mêmes. Ce mystère d’amour, celui de sa Passion, le Christ va nous le communiquer de manière sensible dans son repas, cette nuit « où il fut livré à la souffrance et à la mort ». À ce repas intime et cosmique, auquel nous sommes toujours déjà invités, il nous donne part à lui et sa Passion. Nous ne pouvons vivre la violence de nos vies qu’en prenant part à la manière dont Dieu, en Jésus, par amour, la traverse avec nous et pour nous. Sans la mort de Jésus, par amour, nos violences mènent au désespoir. Par sa mort, il nous conduit à travers elles dans une vie inouïe.

JFB