Sermon – Pentecost IV

Tutti Frutti Christi  – Le quatrième dimanche après la Pentecôte                                       le 28 juin 2020

Une des choses les plus difficiles quand on écrit un sermon et qu’on est un baby preacher comme moi, c’est de ne pas se laisser tenter par les fruits les plus accessibles. C’est plus facile à dire qu’à faire. Je vois des idées, beaucoup d’idées qui ont mûri ici et là. J’en prends une par ci, une par-là, deux par ci, trois par-là, et finalement je ne peux plus ramener mon gros panier à l’église !

C’est un défaut très humain d’aimer les fruits, nous sommes fascinés par eux : nous voulons les plus belles pommes, les plus belles actions, les meilleurs enfants, les meilleurs partenaires, les meilleurs productions et tutti quanti. Nous sommes juste au début de l’été et les arbres sont sur le point de porter des fruits. Que de tentations en vue ! D’ailleurs dans deux des textes sur lesquels nous méditons ce matin, la ligature d’Isaac (Aqedah dans la tradition juive), ainsi que la lettre de Paul aux Romains, il est aussi question de fruits. Souvent nous voulons aller « droit au fruit », sans nous soucier vraiment s’il est bien mûr, de quel arbre il vient, ou si le fruit que nous convoitons nous est défendu. L’eau à la bouche nous nous fichons pas mal du moment opportun, ou de contempler les raisons de notre désir pour ce fruit, ou encore de savoir si notre cueillette va léser quelqu’un d’autre, et parfois nous-mêmes. Nous voulons souvent des choses, des personnes, Dieu, en sautant par-dessus l’attente et le mystère.

 Beaucoup des problèmes d’interprétation qui surgissent du texte de la ligature d’Isaac vient du fait qu’on le cueille trop tôt. On veut le saisir tels que nous le voulons. On va droit au fruit, on se fiche de l’arbre, du soleil qui le mûrit. On cherche à le cueillir et l’attraper. Et, tout proche du fruit, on trouve bientôt le serpent qui nous dit toujours qu’on a le droit d’aller droit au but.

Les lectures modernes de l’histoire d’Isaac et Abraham sont de bons exemples de ces fruits faciles. On limite par exemple la lecture de ce texte à une approche historique, psychologique, ou politique.

On en fait un texte sur les sacrifices humains, sur le fanatisme religieux, ou sur la maltraitance des enfants. Ce sont des questions que le texte pose en effet, mais il ne s’arrête pas là. En réduisant ce texte dans ces lectures on peut refuser de le lire. Avez-vous remarqué que ces conclusions ont toutes quelque chose de commun ? Elles n’ont que faire du contexte, de l’arbre duquel ce texte nous parle. Alors qu’on entend ce contexte dans le texte lui-même, ces lectures modernes le taisent. Ce contexte, l’arbre sur lequel ce texte pousse, c’est la Parole de Dieu.

Comment lire ce texte, non en nos propres termes, mais selon notre Dieu qui se révèle dans le mystère de l’Incarnation ? Laisser le texte s’incarner dans son contexte y aide beaucoup. Depuis le début du livre de la Genèse il est question de graine et de fruit. Souvenez-vous du récit de la Création ou de l’histoire d’Adam et Ève. Dieu a choisi Abraham pour, à travers sa semence, bénir l’humanité tout entière. Il a promis qu’il ne l’abandonnerait jamais. Isaac, ce petit fruit inattendu, a la même saveur que les autres fruits que le lecteur a rencontré jusqu’à ce chapitre. Dieu préserve une semence qui est le fruit de sa parole créatrice continuelle. Dieu préserve cette semence qui est sa présence, son amour, son alliance, sa marque d’affection pour la Création. C’est la raison pour laquelle la ligature d’Isaac doit se lire comme plantée dans le texte de la chute d’Adam et Ève. Plein de petites similitudes y invitent les lecteurs. Abraham “étend son bras” comme Ève pour saisir le fruit défendu ; Isaac, le fruit de Dieu, est placé sur “le bois” ; le couteau enfin qu’Abraham saisit est littéralement en Hébreu, “le mangeur”.

Je ne vais pas cueillir tous les fruits de ces comparaisons maintenant, vous y goûterez plus tard. Mais voyons maintenant ce que cette cueillette peut signifier pour nous ce matin. D’abord, je crois que faire attention au contexte de ce que nous faisons, pensons, sentons, ou disons est capital pour être proche de Dieu, pour que Christ s’incarne en nous. Nous ne pouvons pas venir à Dieu sans passer par quelque chose ou quelqu’un d’autre. Dieu ne vient pas à nous autrement. Vous ne pouvez pas lire un texte de la Bible sans en lire d’autres qui sont en rapport. Vous ne pouvez pas devenir qui vous êtes sans vous mettre à l’écoute de l’autre, en vous-même et autour de vous.

C’est une attitude très contre-intuitive et très frustrante pour nous autres modernes. Nous aimons aller droit au but. C’est dur de nous rendre compte que l’Évangile ne se révèle que dans nos relations et jamais dans nos identités. Nous croyons que nous pouvons contrôler nos identités, mais nos relations sont toujours surprenantes et transformantes. Nous faisons souvent de nos identités des fruits dont nous nous délectons égoïstement. L’Évangile au contraire nous apprend à produire des fruits pour les autres.

Si on se met à son écoute selon la promesse de Dieu, l’histoire de « l’épreuve » d’Abraham nous enseigne le juste rapport à aux fruits que nous produisons et aux fruits que nous recevons. Abraham a reçu un fruit de la part de Dieu, un fruit que Sarah a porté. C’est Isaac. Mais ce que Dieu lui apprend dans cette épreuve c’est à trouver la juste relation à ce qu’il a reçu et qu’il aime le plus. Isaac n’est pas donné à Abraham pour sa possession personnelle, il n’appartient pas à Abraham mais il est donné pour continuer la bénédiction de Dieu. Car Dieu n’a pas donné Isaac pour qu’il soit un « fils de ». Par cette « épreuve », Dieu apprend à Abraham à considérer sa relation à son fils, à ses proches, à Dieu, d’une manière différente, plus aérée, moins possessive. Cette épreuve nous pouvons tous la faire la nôtre : Quelle est ma relation à ce que j’aime ou ce que je désire ? Quelle place, quelle intercession, y a-t-il pour Dieu entre moi et ce que je désire ou aime ? Est-ce que je m’accapare ce que j’aime (mes proches, mon identité, mon église) ? ou bien suis-je prêt à laisser de la place pour que Christ m’apprenne à recevoir ce que je désire et j’aime ? Quand acceptons-nous de nous vivre non selon nous-mêmes mais selon les autres qui nous sont les plus différents ?

La juste distance aux fruits que nous aimons ou désirons, c’est Christ qui nous la donne et nous pouvons la lui demander dans la prière ou la méditation. Nous pouvons aussi la cultiver dans le service mutuel.

Christ a sur la Croix greffé l’arbre de Vie au vieux pied de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Sur la Croix et par sa Résurrection il nous fait goûter au plus doux des fruits, celui qui, en notre corps nous apprend à trouver l’ordre et le Plaisir d’un Éden nouveau, dès ici-bas. J’ai conscience que le fruit de la Croix que nous recevons dans la communion manque à beaucoup d’entre vous et j’aimerais pouvoir le partager avec vous. Mais ce que l’histoire d’Abraham et Isaac nous montre c’est que l’histoire de notre salut elle-même est ce fruit. Nous le recevons les uns des autres. D’un côté ou de l’autre de ce petit fruit rond et brillant qu’est l’objectif de la caméra, vos corps et vos paroles sont le fruit de la vie de Dieu. Je vous souhaite un très bel été, riche de fruits donnés et cueillis au jardin de Jésus-Christ.

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I would like to add something to what I wrote on Thursday before I heard the sad news of Marjorie’s death. It is no aggiornamento of what I have just said. I mean rather to invite you, dear brothers and sisters to grasp how the Gospel is sustaining us in these hard times. Just like Abraham with Isaac, we cannot cling to our dear ones who have been given to us… even if we feel to. But we can love. We can love her and give thanks for such a beautiful and fruitful life and presence amongst us. And when we will come together again in person, we will see all the fruits of convivialité she has just started to share with us. I assure you; the harvest will be plenty and served on golden Limoges plates !

I remember that last year when we would be deciding what to get from Costco for our parties, Marjorie always had her word to say. After Fred shared the list with her, she often repeated in a contented voice: “Eh bah comme ça c’est bien, c’est très bien.” We weren’t sure what was so “très bien” about the grocery list, but for sure your life with us has been, dear Marjorie.

J. F. A. B.

Tutti Frutti Christi
Pentecost IV
June 28th 2020
Genesis 22: 1-14, Romans 6:12-23, Matthew 10:40-42

One of the most difficult things about writing a sermon when one is a baby preacher like me, is avoiding the temptation to pick the lowest hanging fruit. That’s easier said than done. I have ideas. All sorts of ideas which ripen here and there. I take one from one place, one from another – two from here and three from there, and in the end I’m unable to carry my full basket back to the church!

It’s a very human thing to love fruit. We are fascinated by them: we want the very best apples, the very best of actions, the best children, the best partners, the best products et tutti quanti. Summer is just beginning, and the trees are on the point of bearing fruit. What temptations are in store! Incidentally, in two of the texts we are reflecting on this morning: the binding of Isaac (Aqedah in the Jewish tradition), just like in Paul’s letter to the Romans we hear fruit being mentioned. Often, we want to go “straight to the fruit” without really bothering to notice if it’s properly ripe, what tree it comes from, or if the fruit that we are plucking is forbidden to us. Our mouths watering, we really don’t care if it’s the right moment, or examine the reasons for our wanting that fruit, or if our picking it will harm someone else – or ourselves. We often want things, people and even God without the need for waiting or mystery.

Many problems of interpretation which arise from the story of the binding of Isaac come from the fact that we try to ‘pick’ it too soon. We want to read it according to our own understanding. We go straight to the fruit without bothering about the tree. We try to pick it and grab hold of it. And right next to the fruit we discover soon enough the serpent, who tells us that we have the right to go straight for the fruit. Modern readings of the story of Isaac and Abraham are often good examples of low-hanging fruit. The interpretation of the text is limited to a historical, psychological or political theme. It’s turned into a text about human sacrifice, religious fanaticism or the abuse of children. By reducing it to these interpretations, we are in fact refusing to really read the text. Have you noticed that all these ways of reading it have something in common? They never have anything to do with the context – with the tree on which this story has grown. We sense this context in the text, but these modern readings of it are silent about it. This context – the tree on which this story grows is the Word of God.

So how are we to read this text, not in our own way, but in God’s way who reveals himself through the mystery of the Incarnation? Letting this text become incarnate in its own context will help us a great deal. From the beginning of the Book of Genesis we have been hearing about seed and fruit. Do you remember the story of creation or the story of Adam and Eve? God chose Abraham so that; through his ‘seed’, all humanity would be blessed. He promised that he would never abandon him. Isaac – this little unexpected fruit – has the same flavor as the other fruits that the reader has heard about up to this story. God preserves a seed that is the fruit of his continual creative word. God preserves that seed which is his presence, his love, his covenant, the seal of his affection for all creation. Here is the reason why we have to read the story of the binding of Isaac as if it is planted in the story of Adam and Eve. Many little similarities between the two occur to the reader. Abraham ‘reaches out his arm’, just like Eve does to take the forbidden fruit. Isaac – God’s fruit – is placed ‘on the wood’. The knife that Abraham wields is literally called in Hebrew “The Eater”. I could go on making these comparisons, but I’m going to leave you to chew on them yourselves later. In the meantime, I want to show you what this might mean for us this morning.

First of all, I think that paying attention to the context is key to what we do, think, feel and say when it comes to being close to God, so that Christ can become incarnate in us. We can’t come to God without going through something or someone else. God can’t come to us otherwise. You can’t read a Bible story without reading other Bible stories that relate to it. You can’t discover who you are without making yourself available to listen to the ‘other’ in yourself – or a person other than yourself. This is a very counter-intuitive and frustrating idea for us moderns. We want to get straight to the point. It’s hard for us to realize that the Gospel reveals itself only through our relationships and not through our identities, because we believe that if we can actually control the latter, but our relationships are always surprising and transforming. We often turn our identities into luscious fruits that we can savor egotistically. The Gospel teaches us how to produce fruit for others.

If you begin to hear it according to God’s promise, the story of the ‘testing’ of Abraham teaches us the proper relationship to our own fruits and to the fruits that we receive. Abraham has received a fruit from God, a fruit that Sarah carried in her womb. His name is Isaac. But in this test, God teaches Abraham how to find the right relationship to what he has received as a gift and to that which he loves the most in the world. Isaac wasn’t given to Abraham as his own private possession. He doesn’t belong to Abraham, he has been given to continue the blessing that comes from God. God didn’t give Isaac to be “the son of…..”.  By this ‘test’, God teaches Abraham to reflect differently on his relationship with God, with his son, with those who are near to him: to reflect in a manner that is lighter and less possessive. It is a test that we can all make our own. What is my relationship with the things I love or long for? What place or intermediary role does God play between me and the things that I love or long for? Do I monopolize the things I love (those nearest to me, my identity, my church)? Or am I willing to allow Christ to offer me a truer relationship with what I love or long for? When will we learn to live in accordance with others, and not just in accordance with ourselves?

It is Christ who gives us this right relationship with what we love or long for, and we are able to ask for it through prayer or meditation. We can also cultivate it through service to each other. On the Cross, Christ grafted the Tree of Life onto the old stock of the Tree of the Knowledge of Good and Evil. On the Cross, and through his Resurrection, he enabled us to taste the sweetest of all fruit; that fruit which makes it possible to find on this earth and in our own bodies the order and the pleasure of a new Eden. I’m very aware that the fruit of the Cross that we receive in the Eucharist must be a sore loss to many at the moment, and I would love to be sharing it alongside you here in the church. But the story of Abraham and Isaac shows us that the real fruit is the story of our own salvation: that fruit which we harvest between us. In front or behind that little round and shiny fruit which is the camera lens, your bodies and your words are the fruit of the living God. I wish you a beautiful summer, rich with fruits given and gathered in the garden of Jesus Christ.

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I would like to add something to what I wrote on Thursday before I heard the sad news of Marjorie’s death. It is no aggiornamento of what I have just said. I mean rather to invite you, dear brothers and sisters to grasp how the Gospel is sustaining us in these hard times. Just like Abraham with Isaac, we cannot cling to our dear ones who have been given to us… even if we feel to. But we can love. We can love her and give thanks for such a beautiful and fruitful life and presence amongst us. And when we will come together again in person, we will see all the fruits of convivialité she has just started to share with us. I assure you; the harvest will be plenty and served on golden Limoges plates !

I remember that last year when we would be deciding what to get from Costco for our parties, Marjorie always had her word to say. After Fred shared the list with her, she often repeated in a contented voice: “Eh bah comme ça c’est bien, c’est très bien.” We weren’t sure what was so “très bien” about the grocery list, but for sure your life with us has been, dear Marjorie.

JFAB Trans. NJM

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