First Journal of Rev. Verren (1827) – French

Du 6 Aout 1827

Ce matin j’ai été réveillé par le bruit que le capit. faisait sur le pont. Je suis descendu du lit, me suis habillé, &, parvenu sur le pont ai vu à q.q. pas de nous un navir Améric. nommé le Rover de Plymouth : il avait quitté Gibraltar 12 jours après nous ; mais avait tiré vers le sud où il a eu toujours bon vent. Il nous a stupéfait quand il nous a dit qu’il pensait être au 55° de longit. Il est vrai qu’il ne sait pas mieux prendre la longit. que notre stupide maître ; mais quand il ne faudrait prendre qu’une moyenne ce serait encore bp. plus que nous ne pensions puisque hier, à chaque minute nous espérions voir le cap Cod. Mais si ce capit. a raison nous devons bénir la provid. qui l’a conduit vers nous pour partager son pain avec des misérables qui en manquaient depuis deux jours. Il nous a remis environ un baril de biscuit, du café, des pommes de terre & de l’eau. Nous aimions à croire qu’il aurait aussi du Rum ; mais notre ladre n’aura peut-être pas voulu lui en demander, de peur d’être obligé de le lui payer. Nous lui avons remis une lettre pour la faire parvenir à Marseille, parce qu’il marche mieux que nous & qu’il est probable qu’il arrivera à Boston, où il va, avant que le Pacquet du Havre soit parti de New-York. Il faut donc prendre encore patience pendant peut-être 18 ou 20 jours. N’y a t-il pas de quoi faire frémir ? Aussi je n’ai pu, ce matin, me tenir de dire à nos stupides conducteurs ce que je pense d’une semblable manière de naviguer, sans prendre la longitude qu’à vue d’oeil. Ils ont été confus & le second a montré à quel point il était bête, me faisant la mine de ce que je leur avait parlé franchement. Je leur ai dit que si jamais je me rembarquais la 1ère chose que je demanderais au Capit. ce serait s’il sait son métier, et que selon sa réponse franche et loyale je me hazarderais sur l’Océan avec lui. Il y a juste un mois que nous avons vu Ste Marie, l’une des Acores : est-il possible que nous soyons restés tout ce temps pour faire environ 30°. Ce ne serait pas un degré par jour, & chaq. 24h nous comptions presque sans cesse 80, 90, 100 milles. Il est vrai que q.q. fois nous avons tiré de bordées ; mais quand ai fait 120 milles dans 24. supposer qu’on eu retranche 40, le chemin fait est toujours plus qu’un degré. Ah que l’ennui ! Qu’allai-je donc faire dans cette maudite galère !! Nous nous trouvais aussi au 45° de lattitude. Le vent, après avoir soufflé fait peu du côté du Nord, a repris avec assez de force du côté du Sud & nous conduit dans notre route : mais garre la peur ! notre homme, sans doute, va faire baisser les voiles ; il a toujours peur de rompre les mats. Nous venons d’apercevoir, (6 heures) un vaisseau qui fait voile de notre côté venant du Sud-Est. Sans doute, demain matin il nous aura passés ; car il a l’air de marcher très vite ; & ce qui est certain, c’est que nous voyons comme une pièce de bois où il n’y a point de courant. – J’espérais pouvoir commencer ce journal à Boston & même sur la pacquet qui conduit de là à N.Y. mais hélas ! Il faut se résoudre à attendre encore qui sait combien de jours.

(work in progress)